Une vie bâtie sur le roc — Prédication pour les Funérailles de Cécile Daigle

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

La maison de Cécile a été bâtie sur le roc ! Là, vous vous en doutez bien, là, je ne parle pas de la terre rocailleuse sur laquelle cette église et toutes les maisons aux alentours ont été construites. Les parents de Cécile étaient solidement et fièrement enracinés dans le courant protestant du Christianisme. Ils ont élevé leurs enfants dans la foi, la foi nourrie par la lecture personnelle de la Parole. La Parole était très importante pour Cécile. Sa bible l’a accompagnée tout au long de sa vie. Il y a quelques années, l’âge faisant son œuvre, Cécile voyait moins bien. Elle pensait qu’avoir une Bible avec de gros caractères faciliterait la lecture. Gérald lui en a procuré une… mais Cécile ne l’aimait pas. Elle était plus grosse et trop lourde et donc pas du tout facile à manipuler. C’est sa nièce, Louise, qui a hérité de la Bible.

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.

Cécile avait la Parole gravée dans son cœur. J’ai la conviction que sa foi en Jésus, la Parole faite chair, a contribué à faire d’elle une femme forte, et déterminée (comme une maison bâtie sur le roc), aussi bien que reconnaissante et généreuse (comme les enfants auxquels appartient le royaume des cieux, selon Jésus).

Cécile était une femme forte. Comme l’illustre bien cette histoire de la Bible à gros caractères, Cécile savait ce qu’elle voulait… et ce qu’elle ne voulait pas… dans la vie. Et ce, jusqu’à la fin de sa vie. La veille de ses 94 ans, elle a dit à Annette et Louise : « Bon, je suis prête à mourir, moi là, là. Je ne sais pas pourquoi je suis encore ici. » Et à l’hôpital, elle a été très claire : elle ne voulait pas de soins extraordinaires. Les derniers jours, elle ne voulait même pas manger. Je suis allée visiter Cécile à l’hôpital le 19 mars dernier et quand une préposée est venue lui apporter un plateau, elle l’a renvoyée en disant, « Je ne veux pas manger. Je mangerai une fois rendue au ciel ». Elle avait confiance en l’Éternel et attendait avec impatience de s’asseoir au banquet céleste, à cette table dressée par l’Éternel son Dieu. Lors de cette ultime visite que j’ai eu avec elle, Cécile a récité par cœur les mots du psaume 23 que nous avons prié ensemble.

Oui, Cécile était une femme forte. Mais la Parole l’a aussi rendue reconnaissante et généreuse. En apprenant le décès de Cécile, Marie-Christine Lalande m’a écrit ceci :

C’est fou, je sais bien qu’elle avait 94 ans et qu’elle était malade depuis plusieurs années, mais cela m’attriste pourtant beaucoup… [Cécile] avait une présence et un regard sur la vie absolument extraordinaires. Quand je songe à l’accueil que la petite communauté de Pinguet nous a fait lorsque nous sommes arrivés dans la région en 2004, je repense toujours affectueusement à Cécile. C’était une drôle de dame. Elle était comme une enfant dans un corps de petite grand-mère. Son émerveillement et son enthousiasme débordaient largement son corps minuscule. Quand les enfants étaient bébés et que nous allions au culte, elle nous a accueillis plus d’une fois avec des cadeaux pour eux: des couches (!), des bibelots qu’elle avait trouvés lors d’une de ses tournées du mercredi chez Zellers et qui feraient plaisir, selon elle, aux enfants. » Fin de la citation

Cette présence et ce regard extraordinaire sur la vie ne l’ont jamais quittée. Ça aussi, j’en ai été témoin. Quand je suis arrivée dans sa chambre d’hôpital en mars dernier, Cécile dormait. J’ai hésité un moment avant de décider de la réveiller. Puis je me suis dit, « J’ai fait la route de Québec à Montmagny exprès pour la voir, je ne veux absolument pas partir sans lui parler. Elle aura l’éternité pour se reposer ». En m’approchant de son lit, je l’ai appelée. « Cécile ». Ouvrant les yeux, elle m’a accueillie avec un grand sourire, comme un enfant à qui on vient de faire une belle surprise. Je lui ai demandé comment elle allait et elle de répondre, « Bien, maintenant que vous êtes là! » On a parlé de sa mort imminente. Je lui ai demandé si elle avait peur. « Non, j’ai hâte! On va être bien. Je vais être une étoile! », m’a-t-elle dit, le regard plein d’émerveillement.

Oui, définitivement, Cécile avait la Parole inscrite sur son cœur ! La Parole qui incarne toutes les paroles, Jésus. Elle a bâti sa vie sur le roc. Et le témoignage de sa vie est aussi une fondation solide qui peut affermir notre foi, l’édifier. C’est le cas pour moi, et je suis convaincue qu’il en va de même pour beaucoup d’entre vous.

Remarquez bien, bâtir sa maison sur le roc, cela n’empêche ni la pluie de tomber, ni les vents contraires de souffler, ni les torrents de déferler sur nous. Cela nous aide à tenir bon quand la tempête fait rage. Cécile a traversé des tempêtes dans sa vie. Et bien qu’elle n’ait pas eu peur de mourir, devant l’inconnu de son passage, elle m’a dit de demander à sa communauté de foi de prier pour que cela se fasse rapidement et en douceur. Le cantique 278 que nous venons de chanter en est un que Cécile aimait particulièrement. Il est donc fort probable qu’il met des mots sur cette foi qui l’habitait. « Le temps qui s’avance ne m’attriste pas, Jésus est l’espérance qui soutient mes pas. », comme venons de chanter.

La foi Chrétienne n’escamote pas la douleur et l’angoisse qui peuvent nous habiter à différents moments dans la vie. Les Écritures qui ont accompagné Cécile tout au long de sa vie nous l’affirment encore et encore. Jésus lui-même, à l’heure de sa propre mort, a prié en ces termes : « Maintenant mon âme est troublée. Et que dirais-je?… Père, délivre-moi de cette heure?… Mais c’est pour cela que je suis venu jusqu’à cette heure. » (Jean 12, 27) Même une vie bâtie sur une foi solide traverse des eaux troubles. Jésus le savait d’expérience. Et Jésus savait aussi d’expérience que la mort laisse toujours un grand vide dans la vie de ceux et celles qui doivent poursuivre leur chemin privés de la présence physique d’un être cher.

C’est ce que Jésus semble vouloir nous dire dans les versets de l’Évangile de Jean que j’ai lus à l’ouverture de la célébration. Ces versets se trouvent un peu avant le récit de la passion et nous laisse un portrait de Jésus qui, face à sa propre souffrance et sa mort imminente, veut préparer ses disciples à son départ. Il sait que sa mort va faire basculer la vie de ses proches et, pour les aider à traverser la peine, la tristesse, l’incrédulité et le désarroi, il leur proclame un message d’espérance : « Que votre cœur ne se trouble point. Croyez en Dieu, et croyez en moi. Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Si cela n’était pas, je vous l’aurais dit. Je vais vous préparer une place. Et, lorsque je m’en serai allé, et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis vous y soyez aussi. » (Jean 14, 1-3).

Ces paroles de Jésus n’escamotent ni la mort, ni la peine et le vide que la mort laisse dans son sillage. Elles nous rappellent que, bien que la souffrance et la mort soient un chapitre dans la vie de tous les enfants de Dieu, elles n’ont pas le dernier mot.

La Bible nous dit que le Christ connait tous nos chemins. Rien de la condition humaine ne lui est étranger. De son vivant, Jésus a connu la joie de s’émerveiller devant la bonté du Seigneur. La tristesse et le deuil qu’on ressent au décès d’êtres chers lui étaient familiers. Il a affronté la souffrance physique et sa propre mort. Et parce que tous nos chemins lui sont familiers, nous avons l’assurance qu’il soutiendra nos pas partout où nous allions, jusque dans la vallée de l’ombre de la mort… et par delà : « Là, ou on va être bien ». De cela, Cécile en avait la ferme conviction… une conviction, solide comme le roc, on pourrait dire. Que le témoigne de sa vie continue de nous édifier, de nous rendre plus forts. Mettons notre confiance en la Parole de sorte que, tout en reconnaissant notre tristesse et notre deuil légitimes, nous puissions nous émerveiller devant la bonté divine et rendre grâce à Dieu pour la vie de Cécile ainsi que pour sa vie nouvelle à la place que le Christ lui avait préparée dans la maison de son père. Amen.

 

LECTURES BIBLIQUES

Psaume 23

Matthieu 7, 24-27

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