Les fruits de l’alliance

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

Alerte à tous les croyants ; changements climatiques à prévoir au Québec. Chute vertigineuse des taux de baptêmes ; les fonts baptismaux sont asséchés, les vocations au plus bas. Sans un sou, l’Église rend maintenant son dernier souffle… Elle repose déjà en paix.

Inquiétante situation que celle-ci. Bien qu’un peu romancé et dramatique, cet état de fait est assez discuté de nos jours pour nous y aillons réfléchie de long en large. Nous le retrouvons même de temps à autre dans nos conseils d’administration et nos synodes. Toutefois, n’en déplaise aux prophètes de malheurs et de la décroissance, je persiste à croire qu’il n’est pas convenable de parler ainsi de l’Église au Québec. La réalité n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire de prime abord. Suffit de se déranger un peu et d’aller au-delà des apparences.

Il y a moins de monde dans nos bons vieux bancs d’Église. C’est un fait que personne ne va remettre en question. L’assiduité au culte, pour toutes sortes de raisons, n’est plus au rendez-vous. Une page se tourne dans l’histoire de l’Église. Toutefois, ces bancs peu remplis ne prouvent en rien que la foi est périmée. Comme plusieurs études universitaires le démontrent si bien, les Québécois sont encore à la recherche de réponses par rapport aux questions existentielles.

Notre rapport à la spiritualité persiste. Ces gens dont je parle gravitent pourtant tout autour de nous, transparents selon nos yeux qui cherchent parfois des signes visibles. Ils font silence, icognito à nos oreilles qui veulent peut-être trop entendre des confessions de foi. Contrairement aux générations qui les ont précédés, ces jeunes et moins jeunes transitent d’un cercle à un autre selon les saisons de vie. Les disciples d’aujourd’hui seraient-ils des vagabonds ?

S’il y a un vagabond dans les Écritures, quelqu’un dont la vie a été une transition continuelle d’un état à un autre, c’est bel et bien Abram. Souvenez-vous un instant de comment celui-ci quitta sa famille, son pays natal et même sa culture pour suivre la voix d’un Dieu inconnu. Il faut être fou pour s’embarquer dans une telle aventure. Un peu désespéré, même, lorsque l’on considère que quitter son clan et son pays revient bien souvent à cette époque à un exil menant à la mort.

Malgré ce risque, Abram écoute la voix qui se communique à lui. Il apprend à connaître ce Dieu dans une relation intime qui se dévoile peu à peu. Un Dieu qui, peu importe les erreurs de parcours, n’abandonne jamais le disciple qui s’en remet à lui.

Un jour, Dieu fait une promesse : notre patriarche en devenir ne mourra pas sans enfant. Il aura une descendance plus nombreuse que les étoiles dans le Ciel. Cela à de quoi nous étonner ; c’est impossible ! Abram a déjà quatre-vingt-dix-neuf ans. Que pourrait-il bien sortir de lui et de Saraï, sa femme ? Rien ne laisserait présager une « croissance ». Rien du tout. Entre vous et moi, il aurait mieux fait de vendre les bancs, de mettre le cadenas dans la porte !

Pourtant Abram garde confiance. Il s’obstine à suivre la Parole de Dieu qui, un jour, lui fait la grande annonce : « Je suis Dieu, Shaddaï. Marche en ma présence et sois intègre. Je veux te faire don de mon alliance entre toi et moi, je te ferai proliférer à l’extrême. »

Je te ferai proliférer à l’extrême… L’histoire du judaïsme et du Christianisme confirme ce don de la grâce. D’Abraham naîtront de nombreux enfants tels que Isaac et Ismaël ainsi que de nombreux peuples. Ce qui était stérile devient fécond, ce qui semblait sans avenir laisse place à un horizon ouvert à toutes possibilités.À ceux qui sont impuissants, Dieu promet les jours à venir et, ainsi, accomplit ses promesses envers eux.

Abraham ne connaîtra jamais ses arrières arrière-petits-fils, les prochaines générations de disciples ni les croyants que nous sommes aujourd’hui. Comme pour nous qui sommes le fruit de cette alliance, il y avait dans celle-ci des zones d’ombres. J’aime y voir ici une leçon pour nous, gens du 21e siècle, l’Esprit nous rappelant que les promesses de renouveau et de fécondité s’accomplissent dans le présent comme dans l’avenir. Vous et moi, finalement, ne savons pas ce qui adviendra… à l’exception de la réalisation des promesses du Seigneur.

Sommes-nous, malgré notre vieillesse, sans descendance que ce soit ? Voici quelques faits qui concernent notre communauté. Je nous rappelle que nous avons plus de 130 abonnés à notre infolettre, que nous avons jusqu’à cent auditeurs qui accèdent chaque semaine à nos prédications. Voulez-vous mieux encore ? Malgré son jeune âge, notre communauté à permis à sept personnes d’accéder au ministère ordonné. C’est sans compter d’ailleurs tous les autres ministères qui surgirent parmi nous. Notre pasteur, Darla, à même prêché à la basilique catholique, audace impensable dans bien des milieux ! Évoquons aussi ce qu’on dit à notre propos d’un continent à l’autre. Pour vous donner un exemple frappant, même Carolina Costa, une théologienne suisse tout de même bien connue, a déjà confessé dans une de ses vidéos que si elle était Canadienne, qu’elle serait très certainement pasteur de l’Église Unie du Canada tant nous sommes des communautés qui assument la voie chrétienne et vivent de la foi.

Cela dit… De grâce, ne nous ne concentrons pas sur nos vieux os, mais les fruits que nous portons. Bien qu’ils soient parfois invisibles, ces mêmes fruits sont présents et prêts, même, à tomber dans la terre pour germer à nouveau.

Nous sommes peut-être plus âgés que la moyenne, c’est vrai. Nous sommes de petites communautés parfois plus fragiles financièrement que bien d’autres. Toutefois, à la lumière de l’Évangile, j’ai l’intime conviction que ce que nous nous n’avons pas, dans ce qui nous manque, Dieu nous comble selon notre foi et notre espérance. Dans notre pauvreté apparente, la foi a délimité un espace inoccupé pour que se révèlent les promesses de l’alliance. Dieu appellera à la vie ce qui semblait aux yeux du monde être stérile et perdu.

Pour certains d’entre nous, cet impératif de l’espérance demandera de changer de perspectives. Pour d’autres encore, comme le jeune homme riche de l’Évangile, ce sera de laisser des habitudes qui nous retiennent dans un statu quo. À ceux-ci, le Seigneur Jésus dit simplement « délaisse-toi de tes fardeaux et, au nom des promesses de Dieu, suis-moi ». Suis-moi avec le peu que tu as maintenant. Ce que tu manques aux yeux du monde, je te l’accorderai en richesses spirituelles. Tu obtiendras des trésors dans les cieux et je t’inspirerai des enfants à travers l’espace et le temps.

Prenons courage, frères et sœurs, Jésus a vaincu le monde. Il a vaincu, oui, le régime des apparences qui laisseraient croire que c’en est fini de nous. Plutôt que de nous fier à notre vieillesse et notre pauvreté, plaçons plutôt notre confiance dans les promesses, un espace mystérieux accordé à Dieu en lequel il se révèle. Au nom du Seigneur Jésus, que tout advienne pour nous selon notre foi et le temps qui n’appartient qu’à Dieu seul.

Amen

LECTURES BIBLIQUES

Genèse 17, 1-8

Psaume 22, 23-31

Romains 4, 13-25

Luc 18, 18-27

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