LECTURES BIBLIQUES: 1 Pierre 2, 2-10
Connaissez-vous le magazine intitulé « Time » ?
Si vous prenez le temps d’aller dans une boutique de revues, vous apercevrez certainement cette série phare dont les publications hebdomadaires portent souvent comme titre un mot clef ou une expression captant aussitôt l’attention.
« Albert Einstein »
« Trump, le triomphe »
« Jésus, personnalité de l’année »
Chaque tirage étant vendu à plus de 3 millions d’exemplaires, il faut dire que le magazine a le don de captiver en s’inspirant des signes des temps, ces mouvements de société dont nous faisons partie. Si la recette à succès du magasize américain n’est plus à démontrer, ses titres un peu tape-à-l’oeil semblent inspirer à tout va. L’Église Unie du Canada, depuis quelque temps, sort elle aussi ses grands mots accrocheurs en vue d’attirer l’attention.
Si vous suivez l’actualité de l’Église nationale, vous n’êtes pas sans savoir qu’un terme spécifique revient constamment dans les titres de ses publications. Vous le connaissez, vous êtes probablement écoeuré d’en entendre parler.
Et oui, difficile de parler de l’actualité de l’Église sans parler de…
« Croissance »
Il fait déjà quelques années qu’on en entend parler à gauche et à droite. Que voulez-vous, nous sommes dans un temps de réforme et de réorientation en vue de l’avenir, et ce, toutes communautés confondues.
« Croissance… »
C’est un mot fort et qui peut agacer parce qu’il pourrait sous-entendre que l’avenir dépendrait de chiffres. On peut comprendre l’irritation, le Seigneur étant, ultimement, maître de notre devenir. Néanmoins, il faut dire que le terme de « croissance » constitue aussi une thématique bien intéressante à aborder avec le peuple des consacrés, preuve en est qu’elle se trouve évoquée par l’auteur de l’épître qui nous a été acheminée.
L’avez-vous remarqué? Dans la 1e Épître de Pierre, on retrouve tout un vocabulaire lié à la croissance et au changement. Pierre évoque le lait maternel, l’importance de se laisser bâtir, de passer de l’obscurité à la lumière, devenir les pierres vivantes de l’Église…
Il y a 2000 ans, Pierre a aussi élaboré et partagé son plan stratégique aux disciples qu’il fréquentait, et ce, en vue de l’avenir.
« Croissance… »
Mais croissance de quoi au juste? J’entends parfois dire que la croissance serait une question de nombre de gens dans les bancs le dimanche. Cela se reflète parfois dans la réception du plan stratégique dans nos communautés, inspirant l’irritation, la peur et même parfois un complexe de performance. Il nous faudrait absolument avoir du nouveau monde et gonfler les chiffres! Ça aussi, on l’entend, parfois… Or, la croissance ce n’est pas une question de chiffres ou, du moins, ce n’est pas seulement ça.
En m’inspirant de l’épître de Pierre, je ne peux pas m’empêcher de croire que la croissance de l’Église passe avant tout par celle des disciples qui se transforment dans un monde en changement. Il semble, à en lire Pierre, que le secret de notre croissance se trouverait peut-être dans la… nourriture que nous consommons comme disciples et communautés.
Notre auteur, au début de l’extrait que nous avons entendu, insiste sur l’importance de la diète. Pierre invite les premiers disciples, nouveau-nés dans l’esprit, à se nourrir du « lait pur de la Parole de Dieu » afin de croître jusqu’au salut.
On connaît bien les vertus du lait et de son importance pour les nouveau-nées. On trouve dans cette diète adaptée des protéines fort précieuses qui permettent à l’enfant de prendre des forces et de grandir. Il en va de même des consacrés que nous sommes, recevant de Dieu une nourriture spirituelle. Toutefois, sans remettre en question le génie de Pierre, on peut reconnaître rapidement les limites de l’analogie. Le lait, c’est bon et pertinent… mais est-ce que ça l’est en tout temps? De même, n’y aurait-il pas dans cette analogie une conception quelque peu infantilisante du discipulat?
Tout récemment, j’ai appris quelque chose qui est en apparence complètement banal, mais qui a transformé ma perception du lait. J’ai appris que… la consommation de lait chez les adultes était une diète décriée dans certaines cultures.
En tant que personne occidentale qui a été habituée aux vertus d’une bonne tasse de lait le matin, disons que cette information-là m’a pas mal surpris.
Voyez-vous, dans certaines cultures, le fait qu’un adulte consomme du lait est considéré comme innapoprié. Pour les tenants de cette posture alimentaire, le lait serait strictement réservé pour les nouveau-nées qui n’arrivent pas à s’alimenter eux mêmes. Je m’en confesse : depuis que j’ai appris que le lait ne faisait pas unanimité, je ne vois plus les boîtes de Québon et Lanctancia de la même manière.
Loin de moi l’idée de partir dans un débat alimentaire et anthropologique. Néanmoins, cette réflexion-là m’a inspiré quelques questions pas piquées des hannetons quant à la consommation de lait spirituel pour favoriser la croissance des disciples et, par extension, de l’Église.
1. Est-ce que les disciples doivent en rester au lait maternel toute leur vie durant ou aspirer à une autre alimentation?
2. Se pourrait-il qu’une diète purement composée de lait puisse impacter notre croissance?
Voilà des questions de fond qui démontrent la richesse et les limites de l’analogie de Pierre, mais qui pourraient aussi nous inspirer, nous qui avons été appelés à contempler le Seigneur, mais aussi à oeuvrer dans le monde.
Vous savez, il fait déjà quelques années que l’Église Unie du Canada travaille à son plan stratégique. Un des points abordés dans le document concerne la relative difficulté qu’ont les disciples à témoigner de leur foi et prendre parole dans la citée. Il semble que l’habileté à la parole soit parfois limitée dans nos communautés si ce n’est pas dire qu’il se trouve une difficulté quant au développement de ce champ spécifique du discipulat.
Alors là, cette mention d’une difficulté à prendre la parole dans la société me fascine parce qu’elle est non seulement une évidence, mais qu’elle m’apparaît aussi faire écho à l’enjeu de la nourriture et de la croissance dont parle Pierre. Du point de vue du développement d’un jeune enfant, le lait maternel est requis pour la croissance. Toutefois, si l’enfant ne dispose que de cette diète-là, il peut finir par développer des carences dans certains aspects de son développement.
Je ne suis pas un pédiatre, mais mon expérience d’éducateur spécialisé me laisse croire que le lait, outre la croissance du corps, permet une unité et une cohésion entre le parent qui donne et l’enfant qui reçoit. Spirituellement parlant, cette diète favoriserait la contemplation, l’union, la compréhension et la confiance du disciple en son Seigneur.
Voilà de bonnes dispositions à développer, de bons nutriments pour tous disciples que ce soit. Néanmoins, il me semble aussi qu’une diète purement constituée de lait stimule peu la parole et risque même, si on en abuse, de restreindre l’expression de la foi du disciple et, dans certains cas, la cantonner au domaine du privé. Vous voyez donc qu’il y a du bon et du nécessaire à la consommation du « petit lait ». Néanmoins, cette diète-là peut aussi mener à certains défis physiologiques, mais aussi spirituels si elle n’est pas équilibrée.
Cela dit, notre choix d’alimentation – autant physiologique que spirituel – dépend quelque part de notre arrière-fond culturel, mais aussi à quelle tradition de foi nous appartenons. Notre milieu favorise certains types de diètes et la croissance de certaines habiletés… au risque d’en négliger d’autres!
Vous savez, à toutes les fois que je vais à Montréal, je me retrouve émerveillé de voir avec quelle ingéniosité certaines disciples oeuvrent dans la citée selon les habiletés qu’ils ont développées au cours de leur vie. On aura beau dire qu’on se sent parfois seuls comme disciples et que la société ne s’intéresse plus à la foi, il reste toutefois qu’il est possible de témoigner de la présence agissante des baptisés tout autour de nous.
Avez-vous déjà rencontré les témoins de Jéhovah qui, dans un silence étonnant et quasiment militaire, offre des cours de Bible aux curieux dans les rues et dans les parcs de Montréal?
Peut-être, dans un autre cas, avez-vous croisé ces jeunes adventistes en chemises blanches qui, voyageant en groupe dans le métro, laissent s’immiscer les curieux dans leurs conversations théologiques?
Quand je suis de passage à Babylone, je perçois la présence et la parole des disciples tout autour de moi. Mon expérience me démontre à chaque fois que la diète spirituelle et la croissance dépend en partie des traditions, mais aussi et surtout des orientations que choisissent les communautés qui répondent aux signes des temps.
Dernièrement, j’ai été moi-même surpris par une rencontre complètement inattendue. Imaginez-vous que je me rends dans un salon de thé plutôt réservé aux connaisseurs de la chose. Alors que je commence à déguster l’infusion, voici que j’entends une parole…
« Moi, quand j’ai rencontré le Seigneur… »
Là, je relève la tête et je vois un groupe d’universitaires qui me semblent être dans la vingtaine, jonglant avec les concepts de « grâce », de « pardon » et de « dons ». Dès lors, j’ai exercé mon habileté à la parole et je me suis, discrètement et stratégiquement, glissé dans la conversation. Nous avons alors passé une trentaine de minutes ensemble à discuter, à ouvrir les Écritures, mais aussi nous nourrir les uns et les uns par notre témoignage de foi. Leur difficulté à interpréter les Écritures démontrent qu’ils avaient besoin d’être nourris au lait du Seigneur. Or, leur facilité à prendre la parole et à exprimer leur foi démontre aussi, paradoxalement, une diète en place permettant de développer ces habiletés-là.
De toute évidence, un ou une disciple ne doit pas se nourrir seulement de lait, mais aussi de pain. Il ou elle se rassasie et poursuit une bonne croissance grâce à une nourriture équilibrée et adaptée, sorte de communion aux deux espèces.
Il y a un temps pour le lait, un temps pour le pain. La vie de disciple, avec ses avancées et ses régressions, amène dans le meilleur des mondes à intégrer les deux diètes ou à alterner entre les deux. Il y a un temps pour favoriser certaines perspectives théologiques, un temps pour cultiver et, ultimement, transiter vers de nouvelles.
Frères et sœurs dans la foi, ne nous décourageons pas devant les défis qui sont les nôtres. Restons ouverts à d’autres aliments que ceux auxquels nous sommes habitués et prenons l’audace de nous renouveler et développer de nouvelles compétences afin de croître, et ce, dans la joie du Seigneur.
Ouvrons nos oreilles et nos yeux pour être attentifs et attentives aux signes que le Seigneur envoie tout autour de nous et qui ont pour objectif de nous inciter à choisir la croissance, choisir la vie. Nous sommes dans un temps de transition qui, en quelque sorte, nous incite à croître et ouvrir nos perspectives pour embrasser un monde changeant, mais dans lequel la foi n’a pas disparu pour autant. Dieu nous soutient; il nous raffermit de son lait maternel, mais aussi du pain de la Parole. Chacun y mange à sa faim et peut grandir dans la foi, l’Église étant en croissance continuelle, et ce, par la grâce de Dieu.
Amen
Photo : Skalekar1992 (Pixabay)

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