LECTURES BIBLIQUES : Psaume 23 ; Jean 10, 1-10
Aujourd’hui, j’aimerais commencer par vous relater un souvenir, un très vieux souvenir, en fait. Je n’avais pas vingt ans. Cela s’est passé tout près d’ici, dans le bas de la rue Sainte-Ursule. Jusqu’à l’an dernier, il y avait là un magasin de la Société biblique canadienne. J’y suis entré pour fouiner, comme on dit. En bouquinant, je suis tombé sur un livre dont le titre était L’intimité avec Dieu. Moi qui n’était pas croyant – ou si peu – cela m’a fait grande impression. Je me suis demandé : « comment est-ce possible de vivre une intimité avec Dieu? ». Je pense bien que ce jour-là, une graine d’Évangile a été semée dans mon esprit.
Si je vous raconte cela aujourd’hui, c’est que je trouve que l’image du berger qu’on retrouve dans les textes que nous venons de lire traduit bien cette intimité avec Dieu qui nous vient par Jésus-Christ.
Je me propose ce matin de simplement vous décrire le métier de berger à l’époque biblique comme l’a décrit l’auteur baptiste Fred Wighti dans son livre Manners and Customs of Bible Lands, titre qu’on pourrait traduire par Us et coutumes des pays de la Bible. Cet exercice donnera du relief aux textes d’aujourd’hui, auxquels nous sommes si habitués et il permettra d’illustrer comment se développe notre vie intime avec le Seigneur. Pour reprendre les verbes que Paul-André nous a partagés la semaine dernière, je souhaite expliquer notre situation d’aujourd’hui à l’aide de textes bibliques, pour que ceux-ci puissent guider notre lecture et nous inspirer.
Nous avons devant nous deux textes capitaux de la Bible. Mais avant de les aborder, il faut d’abord savoir que tout au long de l’histoire d’Israël, d’Abraham à aujourd’hui, les moutons ont abondé en Terre Sainte. Comme on sait, le mot mouton est utilisé comme terme générique pour désigner la brebis, le bélier et l’agneau.
David fut lui-même berger. Quand il a écrit le psaume 23, il parlait d’expérience! C’était généralement au plus jeune fils de la famille que revenait cette tâche. Rappelons-nous la scène où Samuel va voir Jessé pour oindre un de ses fils comme roi. Après avoir vu ses sept frères, c’est en voyant le cadet David, laissé derière le troupeau, que « Samuel prit la corne d’huile et il lui donna l’onction au milieu de ses frères, et l’esprit du SEIGNEUR fondit sur David à partir de ce jour »ii.
Maintenant, examinons ce fameux psaume 23. Exceptionnellement, j’utilise ici la version Louis Segond dont je commenterai certains versets.
« L’Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien. Il me fait reposer dans de verts pâturages ». Une des grandes préoccupations du berger est de nourrir son troupeau. Au printemps, c’est facile de trouver du pâturage autour du village, mais après la récolte et que les pauvres eurent glané, il faut conduire le troupeau, souvent jusque dans la vallée du Jourdain. À l’automne et en hiver, ça se complique encore; le berger doit parfois trouver lui-même de quoi nourrir son troupeau.
« Il me dirige près des eaux paisibles ». Il faut savoir que les cours d’eau où il y a le moindrement de courant font fuir le troupeau. C’est d’ailleurs toute une tâche pour le berger de lui faire traverser un ruisseau ou une rivière. Il doit souvent prendre ses brebis dans ses bras pour les faire traverser une à une. Impossible, donc, pour le troupeau, de s’abreuver sans eaux paisibles.
Comme le berger sait alimenter et abreuver le troupeau, Dieu connaît nos besoins. C’est ce qui fait dire au psalmiste : « Je ne manquerai de rien ». Voilà un premier signe d’intimité.
« Il restaure mon âme ». Une brebis égarée devient vite désorientée et vulnérable. Le berger doit veiller sur elle et la soigner, comme le Seigneur le fait avec nous.
« Il me conduit dans les sentiers de la justice ». Personnellement, comprendre l’image utilisée ici par David m’a édifié. Il faut savoir que les champs de céréales étaient rarement clôturés en Palestine, et que le berger devait guider ses ovins à la queue leu leu entre ces champs tout en veillant à ce qu’aucun ne soit tenté de grappiller à droite ou à gauche, ceci afin qu’il n’ait pas à dédommager le propriétaire de ces récoltes. Comme il connaît nos besoins, notre divin berger connaît aussi nos tentations. Mais il veut nous mener sur le sentier étroit de la la justice.
« Ta houlette et ton bâton me rassurent ». La houlette sert d’outil pour protéger les animaux des bêtes sauvages. Le berger y voyait un outil de protection, d’autorité et de puissance. On dit que le sceptre des rois (et, dans l’Église catholique du pape et des évêques) tire son origine symbolique de la houlette du berger. Un peu de la même manière, le bâton du berger servait à diriger le troupeau. Sans entrer dans les détails, le berger pouvait aussi se servir de sa fronde ou de chiens pour l’aider dans cette tâche. On peut croire que, comme le berger, le Seigneur a plus d’une façon de nous guider! Ça peut être dans la prière, par une discussion, par une lecture, une prédication.
« Tu oins d’huile ma tête ». Le berger doit prendre un soin particulier des brebis sur le point de mettre bas et de celles qui ont des agneaux. Les membres du troupeau qui sont blessés ont aussi besoin de soins. Le berger les soigne la plupart du temps avec de l’huile d’olive.
Voilà pour quelques considérations sur l’expérience de David.
Lorsqu’on entre dans l’extrait de l’évangile de Jean de ce matin, nous découvrons une intimité encore plus grande entre le berger et ses brebis.
« Celui qui n’entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par un autre chemin, celui-là est un voleur et un brigand. Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. Le portier lui ouvre »iii. C’était pratique courante que plusieurs troupeaux soient gardés dans un même enclos, appelé bercail. Les murs de ces enclos font entre un mètre vingt et un mètre quatre-vingts de haut. Des buissons épineux sont placés au sommet des murs pour protéger les moutons des animaux sauvages et des brigands. Il y a une porte gardée par un veilleur. Le but des brigands était de déjouer l’attention du veilleur pour enjamber le mur du bercail, égorger des bêtes et les passer à leurs complices de l’autre côté du mur, tout cela pour tirer profit de la vente de leur viande et de leur peau. Face aux brigands, le bon berger peut avoir à se dessaisir de sa vie pour ses brebis.
Outre les brigands, il y a les mercenaires qui peuvent menacer le troupeau. Ceux-ci sont des employés que le berger propriétaire engage lorsque le nombre de bêtes augmente. N’ayant pas à cœur la survie du troupeau, « le mercenaire, qui n’est pas vraiment un berger et à qui les brebis n’appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et prend la fuite »iv.
Pour séparer les troupeaux au moment du départ, chaque berger lance un cri qui fait que ses brebis reconnaissent sa voix et le suivent. « Celui qui garde la porte lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix ; les brebis qui lui appartiennent, il les appelle, chacune par son nom, et ils les emmène dehors. Lorsqu’il les a toutes fait sortir, il marche à leur tête, et elles le suivent parce qu’elles connaissent sa voix »v.
« Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent »vi, dit Jésus. Cela reflète une pratique courante chez les bergers, pour autant que le troupeau ne soit pas trop nombreux : celle de donner des noms à leurs brebis comme par exemple, « la Blanche » ou « la Tachetée ». Voilà une marque de trendre affection pour chacune.
Tout cela m’amène à vous redire, chères sœurs, chers frères, ce que nous chantions tout à l’heure : « Quel ami fidèle et tendre nous avons en Jésus-Christ ».
Amen
Photo : Pixabay
i Presque tout le contenu sur le métier de berger est tiré du livre Manners and Customs of Bible Lands du théologien baptiste Fred Wight. Le PDF du livre se trouve à l’adresse suivante https://ia800401.us.archive.org/17/items/MannersAndCustomsOfBiblicalLandsByFredWightJanuary281953/Manners%20and%20Customs%20of%20Biblical%20Lands%20%28By%2C%20Fred%20Wight%29%20%28January%2028%2C%201953%29.pdf
ii 1 Samuel 16, 13
iii Jean 10, 1-3
iv Jean 10, 12
v Jean 10, 3-4
vi Jean 10, 14

2 commentaires
Je crois que c’est le fondement de ma foi. Jai demandé de lire ce psaume 23 lors de mon décès
aujourd’hui lorsque je l’entend chanter j’ai les larmes aux yeux tellement je le trouve beau.
merci de ce beau texte Richard,
Merci pour ton beau commentaire, cher André!