LECTURES BIBLIQUES: Psaumes 139, 1-12 ; Amos 8, 4-8 ; Matthieu 13, 24-30
Enfin, le beau temps à fait son apparition à Québec! Après un mois de juin assez pluvieux, voici que le soleil est sorti de sa cachette en juillet pour nous réchauffer un tant soit peu. Ça n’exclut pas les moments de pluie, bien entendu, qui s’avèrent nécessaire au foisonnement des champs, mais avouons que le temps est quand même propice aux réjouissances. Je ne serais pas surpris de savoir que nombre d’entre vous en ont profité pour sortir, question de prendre l’air et de vous aventurer dans la faune. Toutefois, si vous êtes des amateurs de plage, de randonnées pédestres ou simplement d’horticulture, vous connaissez probablement l’importance de prendre garde à certaines espèces de plantes.
Et oui! Au travers des lys pousse la fameuse ortie dont les petites épines provoquent des crises d’urticaire aux malheureux et malheureuses qui s’y piquent. Cette plante envahissante pousse un peu partout et il ne faut qu’un seul moment d’inattention pour que le mal soit accomplit. C’est un fait : l’ortie, pas le choix de vivre avec. Il faut de tout, dit-on, pour faire un monde!
Mine de rien, tout au long de la semaine où j’ai réfléchi à la parabole de Jésus, je me suis sans cesse émerveillé de constater que notre existence – forcément collective – à ce petit quelque chose de la vie végétale dans les champs. Nous sommes enracinés ici et là dans le grand pâturage de la Création, un peu au soleil ou à l’ombre selon nos dispositions, nos besoins.
Pourtant, alors qu’on profite du beau temps et de la vie que le Seigneur nous accorda de vivre, il n’est pas possible de faire complètement abstraction de l’ivraie, cette plante nuisible et qui, dans les Écritures, évoquent une puissance maléfique qui est à l’œuvre. C’est la fameuse ortie qui pousse tout autour de nous et qui peut nous paraître, symboliquement parlant, de plus en plus évidente en ces temps troubles…
Cette puissance maléfique qui est à l’œuvre dans le champ que nous occupons s’impose d’elle-même. Quand on ouvre la télévision ou qu’une publicité s’affiche sur notre écran d’ordinateur, il est bien difficile de ne pas nous rappeler le triste état de ce grand collectif qu’est la Terre et l’humanité qu’elle abrite. Moi, ça me donne de l’urticaire! Même quand on va se promener dans les rues, les conséquences des mauvais choix individuels et collectifs nous sautent aux yeux : les difficultés financières, les états de santé précaire, la folie, l’ignorance volontaire de la misère et j’en passe et j’en passe… Dans le champ du Seigneur, il y a beaucoup d’ivraie parmi le bon grain!
Jésus, refusant de détourner les yeux des puissances de la mort, côtoyait lui-aussi la misère. Il constata les dégâts des mauvaises influences ainsi que les ravages d’une liberté mal employée. Pour non-seulement expliquer notre condition humaine, mais aussi fortifier notre espérance en Dieu, il proposa à ses disciples la parabole du bon grain. Le Royaume des cieux, dit Jésus, est semblable à une personne qui a ensemencé du bon grain dans la terre. Toutefois, pendant la nuit, dit-il, un ennemi du Royaume est apparu pour semer de l’ivraie. Les serviteurs, dégoûtés de l’apparition des plantes invasives risquant de compromettre le bon grain, proposent au maître de purifier le champ de l’ivraie. Or, le maître et semeur s’y oppose, stipulant le risque de cette opération qui pourrait endommager le bon grain. De plus, aux temps venu de la moisson, les moissonneurs s’en occuperont.
Je ne sais pas si vous avez la même impression que moi, mais cette parabole du bon grain me semble être souvent considérée comme une annonce du jugement de Dieu à la fin des temps. Le bon grain et l’ivraie représenteraient de manières respectives les fidèles étant sauvés ainsi que les infidèles étant voués au feu. Toutefois, j’ai quelques réticences avec cette interprétation un peu trop restrictive, et ce, pour deux raisons qui pourraient, par la bande, faire croître notre compréhension de l’œuvre du Seigneur dans notre vie.
Dans un premier temps, il faut dire que le Seigneur n’est pas à l’œuvre qu’à la fin des temps, mais qu’il l’a toujours été, et ce, depuis le début de la Création. L’Histoire sainte en est elle-même la preuve, relatant nombre de signes qui ont changé les orientations du peuple. Tout au long de l’histoire humaine, le Seigneur est intervenu pour soigner les pousses qui croissaient dans le grand champs de sa Création. Il s’est choisi des serviteurs et des servantes comme Amos et bien d’autres pour cultiver ses plants. Comme à bien d’autres moments de l’histoire sainte, la Parole du Seigneur s’est révélée par l’entremise de ses prophètes alors que le peuple étouffait sous l’esclavage des puissances de la mort, le bon grain étant envahi et dominé par l’ivraie.
Amos, pour ne citer que son exemple, a prêché, il s’est probablement mis à dos bien des puissants de son époque, mais la Parole que le Seigneur lui a transmise n’est certainement pas resté sans effet. Il a été de ceux et de celles qui, désirant soigner le champ et la bonne semence, ont marqué le cours de l’histoire sainte, incitant à la conversion et donc à limiter la propagation de ce qui est antagoniste à la vie.
Si cela pourrait nous exciter à monter aux barricades contre les puissants, gare à ceux et celles qui voudraient faire justice au semeur et au bon grain! Toutes révolutions amènent leur lot d’aberrations. Lors de cette purification du champ, nombre de bons plants sont perdus, étant, par la fougue du peuple, arrachés avec l’ivraie. Non seulement l’histoire de l’humanité résonne avec les avertissements du semeur dans la parabole, mais elle nous amène aussi à considérer un autre aspect de notre vie parmi le champ.
Si vous vous êtes déjà promenés dans un champ où se trouvaient de beaux plants de fleurs, vous avez peut-être déjà eu l’idée comme moi de ramener ledit plant pour le faire pousser ailleurs et le mettre en valeur. Si vous en avez fait l’expérience, vous vous êtes certainement aperçu qu’il est quasiment impossible de démêler les racines de la plante avec celles des autres sans la faire mourir. De plus, si, par miracle, vous avez réussi l’opération à terre ouverte, vous vous êtes probablement tristement aperçu que le plant, aussitôt remit en terre ailleurs, s’affaisse et en arrive parfois même à mourir.
Ma petite théorie toute personnelle consiste à croire que chaque plant, chaque individu que nous sommes dépend des autres à qui il s’adapte par la force des choses. Séparer le bon grain de l’ivraie le fragiliserait – parfois mortellement – un peu comme nous qui, dépendant de certaines technologies, risqueraient de perdre de la vigueur si on nous les enlevait.
Parlant de technologie… Je vous invite, prochainement, à prendre votre cellulaire et à examiner ne serait qu’une minute les différentes applications que vous utilisez et à prendre conscience, si vous n’êtes pas déjà au fait, que les données que vous utilisez sont employés de diverses manières, dont certaines qui ne sont pas très éthiques.
Connaissez-vous ça, par hasard, l’application Pokémon Go? Pour ceux et celles qui ne connaissez pas, Pokémon Go est un jeu sur téléphone intelligent pour les jeunes et moins jeunes qui les incitent à explorer les environs. Plus le joueur explore des lieux peu fréquentés que l’application cartographie d’ailleurs automatiquement, plus il a de chance de découvrir des Pokémon rares qui lui apporteront renommé. C’est un beau moyen de sortir de chez soi, de se promener et, même, de visiter les différents temples de la ville! Pourtant, encore une fois, le bon grain s’entremêle avec l’ivraie qui finit par pousser outre mesure.
Saviez-vous que, récemment, la compagnie du jeu, Niantic, est entré en partenariat avec Vantor, une firme se spécialisant dans l’efficacité des drôles en contexte d’interventions militaires? Jouer à Pokémon go permet à l’application de cartographier des lieux comme la rue Sainte-Ursule à Québec, les données étant ensuite vendus pour des visées militaires. Si l’armée américaine voulait nous faire sauter un jour, ils savent exactement où et quand nous trouver le dimanche matin.
Je ne dis pas ça pour vous faire peur, mais pour nous assurer de prendre conscience des enjeux de l’ivraie qui pousse partout, et ce, même dans ce qui est beau, bon, utile et auquel la modernité est redevable. On ne peut pas s’affranchir des puissances antagonistes aussi facilement qu’on le pense, mais on ne peut feindre l’ignorance non plus. Cet exemple du téléphone intelligent et de ses applications peut nous faire d’ailleurs réfléchir sur notre vie, sur nos habitudes, nous qui cohabitons avec l’ivraie et les puissances qu’il symbolise. Nous sommes, à bien y penser, dans une drôle de posture, car nous sommes parfois dépendants des bénéfices offerts par l’ivraie. Le bon grain manque d’espace dans la terre et peine à voir le ciel, certes, mais l’ivraie, au même instant, peut le protéger d’un soleil brûlant.
Notre situation nous impose donc des questions pas piquées des hannetons quant à notre devenir, mais aussi notre responsabilité en tant que disciples. Prendrons-nous le risque de refuser la protection de nos bourreaux et de brûler au contact d’un soleil de plomb ou resterons-nous dans nos habitudes quittes à exciter la pousse de l’ivraie? Dans quoi investissons-nous comme individus et collectivité? Ultimement, que devons-nous faire face à ces forces maléfiques et antagonistes à la vie qui envahissent l’espace, nous restreigne jusqu’à nous dominer?
Je ne peux pas répondre à ces questions-là à votre place, mais force est de reconnaitre que nous n’arriverons jamais à contenir ou éradiquer complètement l’ivraie et tout ce qui nous fait faire des crises d’urticaires. C’est peut-être dans ce lâcher-prise quant à cette prétention d’une possible purification du champ, d’ailleurs, que nous pouvons trouver un peu de paix. Notre maître et Seigneur connaît son champ et il a promis d’intervenir une fois que le temps sera bon. Nous serons alors entre ses mains, dans son grenier, à l’abri de l’ennemi et de ses forces maléfiques.
En sommes, l’Esprit nous invite aujourd’hui à œuvrer, à essayer de rendre le champ de notre monde plus plaisant à vivre et davantage prompte à faire émerger le bon grain. Toutefois, devant l’impossible combat à remporter contre les puissances de la mort, il importe aussi de s’en remettre au semeur qui connaît sa besogne.
Frères et sœurs dans la foi, il importe d’être audacieux dans notre réponse à la mauvaise herbe qui nous donne de l’urticaire, mais aussi de cultiver notre espérance dans les promesses de Dieu qui se réaliseront tôt ou tard. Notre maître et Seigneur, soyez-en assuré, prépare en ce moment même sa moisson qui nous libérera des influences néfastes. Dès lors, en ce jour gloire, nous serons dans la joie de notre maître à tout jamais!
Amen

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