Tout virer à l’endroit

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

Une image vaut mille mots. Donc, j’ai téléchargé deux images ce matin. Voici la première : 

Une image de Jésus comme on les aime… ou comme on les aimait autrefois. Des reproductions comme celle-ci, on en trouvait dans presque tous les sous-sols de toutes les Églises Unie à une certaine époque. Humble et doux Jésus qui prend des enfants – hyper-sages et archi-propres – sur ses genoux. Les enfants, eux, ne grouillent point. Ils sont attentifs, silencieux et admirateurs. Jésus, lui, les regarde avec tendresse. Tout est calme… paisible.

La deuxième image, un tableau du seizième siècle intitulé La purification du temple – que je n’ai jamais vue dans utilisée à l’école du dimanche – vaut, elle aussi mille mots, mais des mots très différents.

Par Jacopo Bassano and workshop, Google Cultural Institute. Domaine publique

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.

Jésus est déchainé. Hommes, femmes, enfants, bétail se tassent, se poussent pour éviter d’être frappés de plein fouet. Image renversante ! Jésus vire tout à l’envers… même notre image de lui ! Il est où notre humble et doux Jésus, notre ami fidèle et tendre, notre compagnon compréhensif et plein de compassion ? On aurait peut-être envie de se dire que Jésus n’est pas lui-même. Ça marcherait peut-être dans les versions de ce récit dans Matthieu, Marc, ou Luc, là où cette histoire se trouve vers la fin de l’évangile, là où on voit bien que les foules ne le lâchent pas deux minutes et que les autorités religieuses sont après lui, pour le prendre au piège, pour le faire mourir. Mais dans l’évangile de Jean, il s’agit du deuxième « signe » du ministère public de Jésus. Dans l’évangile de Jean, les signes révèlent l’identité de Jésus et le sens de sa mission. Et pour quiconque a les yeux pour les voir et le discernement pour les interpréter, les signes amènent à la foi en Jésus. Donc pour Jean, ce récit fait plus qu’expliquer pourquoi les autorités religieuses voulaient faire mourir Jésus. Alors regardons ce signe de près. Que nous révèle-t-il ? Le côté très humain du Fils de Dieu ? Même Jésus pouvait « sauter sa coche » de temps en temps. Il y a là de quoi me rassurer, moi qui peux être soupe au lait ! Ou ont-ils raison, les gens qui utilisent ce récit pour interdire les activités de financement dans leurs paroisses ? Mais c’est tout ? Jésus serait-il venu pour nous montrer que la colère est une émotion bien humaine et qu’on devrait proscrire les bingos ?

Et la colère, elle, n’est-elle pas à proscrire (Éphésiens 4, 31) ? Se laisser emporter par la colère, n’est-ce pas laisser le diable (celui qui divise) ou Satan (l’accusateur) avoir emprise sur nous ? N’est-ce pas « péché » ça ?

Le péché, c’est ce qui nous éloigne de la volonté de Dieu. C’est quoi, la volonté de Dieu ? Pour moi, en un mot, c’est la relation. Ce que Jésus nous révèle, c’est que notre Dieu est relation. La notion de père et de fils en est d’abord une de relation. Comme expression de la volonté de Dieu, les dix commandements (notre prière de confession de ce matin) ont pour but de préserver, de protéger, de sanctifier la relation entre Dieu et son peuple, cette relation qui est garante de la vie en abondance. Nous devons aimer Dieu plus que tout (la visée des premiers commandements) et l’expression concrète et quotidienne de cette relation intime avec Dieu, c’est notre relation aux autres (la portée des autres commandements). La colère est donc un péché lorsqu’elle détruit des relations, lorsqu’elle érige des barrières entre Dieu et ses enfants, plutôt que de bâtir la communauté et contribuer au bien commun.

La colère que nous voyons chez Jésus ce matin est un autre type de colère. Ce matin, Jésus est à Jérusalem à l’approche de la fête de Pâques un moment où, selon la tradition, les Juifs devaient venir offrir un sacrifice à Dieu. La racine du mot « sacrifice » veut dire « s’approcher » et selon la tradition, on ne s’approchait pas de Dieu – on n’entrait pas chez lui – sans apporter un petit quelque chose ! Si on apporte une bouteille de vin, un dessert, ou un petit présent chez nos voisins, c’est juste normal d’apporter un p’tit quelque chose chez Dieu, n’est-ce pas ? Certains raisonnaient que, comme Dieu est parfait, il serait logique de ne se présenter au temple qu’avec une offrande parfaite, un animal sans tache (pas de patte cassée, pas de plumes retroussées). Il fallait donc des vendeurs sur place – pour fournir, à des prix souvent prohibitifs, des offrandes acceptables aux gens qui n’en avaient pas. (Un peu comme le popcorn et les boissons gazeuses rendus à 30 piasses aujourd’hui au cinéma). Et comme la monnaie romaine n’était pas acceptée au temple, (pas de face de César là où Dieu interdit des images de faux dieux). Il fallait aussi des changeurs – et le taux de change n’avantage généralement pas les touristes, c’est bien connu !

Les vendeurs et les changeurs dans le temple exploitaient les autres. Le profit était devenu leur idole. De plus, plutôt que de favoriser la proximité et l’intimité du plus grand nombre avec leur Dieu, ces escrocs avaient érigé des barrières entre Dieu et ses enfants, des barrières que seuls les plus fortunés pouvaient espérer franchir.

Et si vous pensez que c’est uniquement de l’histoire ancienne ça, n’oubliez pas qu’il n’y a pas si longtemps, et même dans l’Église Unie, les plus riches payaient pour réserver les meilleurs bancs au temple. Et on n’arrivait pas habillé n’importe comment. Il y a une vingtaine d’années, j’étais en réunion à Toronto avec un groupe d’étudiants en théologie. Nous étions réunion au sous-sol de l’une des plus grandes et plus prestigieuses paroisses de notre Église supposément inclusive et accueillante. Mais quand nous nous sommes présentés, habillés pour la plupart en jeans et en coton ouaté, on nous a dirigés dans le fin fond… loin du « beau monde ». Le message était claire, nous n’étions pas acceptables tels que nous étions. Je pense que les placeurs nous auraient vendus vestons, cravates et robes s’ils y avaient pensé. Et chez nous, dans notre façon de rendre un culte à Dieu, y aurait-il des barrières qui empêcheraient certaines personnes de s’approcher, de se sentir « acceptables » telles qu’elles sont ? Quelles barrières Jésus ferait-il éclater chez nous ? Quelles « tables » renverserait-il ?

Dans l’évangile de ce matin, nous avons l’image de Jésus qui vire tout à l’envers… pour tout virer à l’endroit, pour tout remettre à sa place. Il « claire le traffic » pour ouvrir le chemin. Un autre monde est possible. Et ce monde nouveau commence avec lui. « Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai. » Ce que les autorités religieuses ne comprenait pas, les disciples ont compris longtemps après : le monde nouveau commence avec la mort et la résurrection de Jésus. Plus besoin du temple avec ses vendeurs de pigeons et ses changeurs pour s’approcher de Dieu qui est présent en Christ ressuscité. En Jésus, nous voyons toute l’énergie et la violence de la colère canalisée vers une transformation vivifiante, salvifique même. Oui, la colère peut nous sauver la vie… quand elle nous tient debout dans le refus de se laisser abattre, quand elle nous sort du repli sur nous-mêmes pour nous renvoyer vers les autres… et surtout, surtout vers le Tout-Autre.

Saint-Augustin disait « L’espérance a deux enfants très beaux : ils s’appellent la colère et le courage…la colère devant l’état actuel du monde…et le courage de faire tout en son pouvoir pour s’assurer que les choses ne demeurent pas telles quelles sont. C’est ce qu’on voit à l’œuvre chez Jésus ce matin…la colère et le courage. Qu’il en soit ainsi chez tous les disciples de Jésus…chez tous ceux et celles qui participent de part leur baptême à cette même puissance transformatrice. Par la grâce de Dieu, que notre colère et notre courage virent tout à l’endroit…pour la gloire de Dieu et le salut du monde ! Amen.

Par Darla Sloan

Le 4 mars 2018 – 3 Carême B18 – Église unie St-Pierre

 

LECTURES BIBLIQUES

Exode 20, 1-17

Éphésiens 4, 23-31

Jean 2, 13-22

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