Seigneur, il est mieux que tu nous emmènes plus loin

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

Il est bon que nous soyons ici. Venir à l’écart pour prier en ce lieu éclatant de lumière en haut de la rue Saint-Ursule est l’occasion voir plus clair. Oui, Dieu est partout. Pourtant, ici, généralement les conditions sont réunies pour nous permettre d’avoir une autre perspective sur Dieu et sur notre place dans le monde que Dieu nous a confié… et ce, même si nous arrivons encore alourdis par le sommeil. Nous sommes probablement plusieurs à être tentés de dire comme Pierre : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! »

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.

Mais… n’est-ce pas là, un exemple éclatant de la tentation à laquelle personne n’échappe, tentation évoquée dimanche dernier par Paul-André : « celle de la médiocrité…. [celle de] nous accommoder d’un certain niveau d’ouverture et de don de soi. Juste assez. Juste suffisant. » C’est tentant de vouloir rester ici… de faire de notre démarche spirituelle la recherche d’illumination personnelle… de paix intérieure, de communion fraternelle rassurante et réconfortante… C’est bien tout ça. Et pourtant, ce temps à l’écart avec Jésus en haut de la rue Sainte-Ursule n’est qu’une halte sur notre chemin. Jésus nous appelle à aller plus loin. Seigneur, nous t’en prions, ne nous laisse pas entrer en tentation. Donne-nous d’écouter ton Fils.

Pas toujours facile d’écouter la voix de Jésus… surtout quand il commence à nous parler de souffrance, de rejet, de mort ! On peut être tentés de nous boucher les oreilles.

Seigneur, nous t’en prions, ne nous laisse pas entrer en tentation. Donne-nous d’écouter ton Fils. Confiants qu’il veuille nous emmener vers plus de vie, plus de paix, plus d’équilibre pour la création tout entière, donne-nous de l’écouter jusqu’au bout… même quand ce qu’il nous dit nous parait au-dessus de nos forces : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive. En effet, qui veut sauver sa vie, la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi, la sauvera. Et quel avantage l’homme a-t-il à gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? » (Luc 9, 23-25).

Perdre sa vie pour la sauver. Voilà où nous sommes rendus. Vendredi après-midi j’ai assisté à la conférence d’Alain Deneault qui avait pour titre « Changements climatiques et pauvreté : Où trouver espoir ? » Dans les pistes de réflexion proposées pour nous ouvrir un chemin d’espérance, j’ai entendu l’écho de ces parole de Jésus : pour sauver la vie sur la Terre, il faut perdre la vie que nous avons actuellement, notre style vie dans le monde occidental : individualiste, capitaliste. Nous courrons à notre perte en essayant de trouver des « trucs », des solutions miracles pour sauver notre vie actuelle. La crise écologique n’est pas une éventualité. Nous sommes en pleine dedans. Ce qui reste à déterminer, c’est comment nous la traverserons.

Toute crise – qu’elle soit écologique, économique, sociale, familiale, psychologique, existentielle ou spirituelle – présente à la fois un danger réel et une occasion à saisir, donc une espérance. Pour emprunter le chemin de l’espérance, il faut résister à la tentation de nier la crise… comme s’il s’agissait de « faits alternatifs », fake news. « Non, Non, Seigneur, cela n’arrivera pas ! » dit Pierre dans l’Évangile de Matthieu quand Jésus annonce à ses disciples la crise qu’il s’apprête à traverser. (Matthieu 16, 22). Le chemin de l’espérance s’ouvre devant nous lorsque nous accueillons la crise, non pas comme une fatalité  – « mangeons et buvons car demain nous mourrons » (1 Corinthiens, 15, 32). Le chemin de l’espérance s’ouvre devant nous quand nous accueillons la crise comme l’occasion de saisir à pleines mains une vie radicalement différente.

Le temps du carême débute mercredi prochain. C’est l’occasion de faire la lumière sur notre vie spirituelle. À Saint-Pierre nos cultes nous emmèneront, entre autres, à faire le point sur la place de la Parole, de la prière et de la communauté et de la célébration dans notre vie de foi. Nous examinerons le lien que nous faisons entre notre spiritualité et l’actualité. Nous ferons aussi la lumière sur notre générosité envers les autres – et particulièrement envers ceux et celles que nous avons de la difficulté à voir comme des frères et des sœurs. Le but de l’exercice n’est pas d’écraser qui que ce soit sous le poids de la honte ou de la culpabilité mais plutôt de nous mobiliser. À la lumière de nos prises de conscience, par la grâce de Dieu, nous serons capables de regarder la réalité en pleine face et de faire ensuite quelques pas de plus vers cette vie radicalement différente… pour nous et pour le monde que Dieu aime tant.

Et si, par amour pour ce monde, nous faisions un carême vert, comme le Pape François invite les chrétiens et chrétiennes à le faire ? Je sais que nous sommes plusieurs ici à avoir signé « Le pacte pour la transition ». Et si nous nous engagions à amorcer un changement en profondeur dans nos rapports à la terre, notre maison commune ? Ce serait, me semble-t-il, un pas dans la bonne direction, vers cette vie radicalement différente. Il ne faut pas se leurrer : il y aura nécessairement de grands sacrifices à faire. Mais comme disciples de Jésus, nous ne devrions pas avoir peur des sacrifices.

Nous, nous avons de la chance… ou une grâce particulière, si vous voulez. À la différence des premiers disciples de Jésus, nos vies sont déjà illuminées par l’éclat de la résurrection. Cette lumière nous permet de voir le monde actuel sous un autre jour – une perspective qui échappe à nos contemporains qui ont délaissé le phare de l’Évangile. Que cet éclat divin nous sorte de notre torpeur afin que, pleinement conscients, nous marchions avec le Christ sur le chemin de l’espérance. Et qu’il en soit ainsi, non seulement dans le cas la crise écologique, mais pour toute crise à laquelle nous devons faire face dans nos vies personnelles, familiales et collectives.

Oui, en suivant le Christ, nous devrons passer par des sacrifices, des souffrances et même la mort à notre vie actuelle… mais notre Dieu est le Dieu de la vie. Frères et sœurs, il est humainement possible de vivre selon la volonté de Dieu. La vie, la mort et la résurrection du Christ en sont l’exemple éclatant. Et par la grâce de Dieu, nous sommes capables d’emprunter les voies du Christ.

Seigneur, donne-nous d’écouter ton Fils. Et que nos bottines suivent ses babines ! Car, par sa Parole, il veut nous emmener plus loin… plus proche de notre vérité d’hommes et de femmes, enfants du Dieu de la Vie toujours nouvelle et éternelle. Seigneur, il est bon que nous soyons ici. Mais il est mieux que tu nous emmènes plus loin. Ainsi-soit-il. Amen.

 

LECTURES BIBLIQUES

Exode 34, 27-35

Luc 9, 20-36

 

 

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