Pourquoi avez-vous si peur ?

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

Aaaah… de l’eau ! Elle recouvre 72 % de notre maison commune, la Terre. Notre être prend forme dans les eaux maternelles et à l’âge adulte, l’eau représente environ 60 % de notre masse corporelle. Il n’y a rien de mieux quand on a soif. L’eau est si inspirante n’est-ce pas ? Tant de monde rêve d’avoir une résidence au bord du Fleuve ou d’un lac. Oui, l’eau est si vivifiante à tant de niveaux. Mais elle peut aussi être si terrifiante… pour qui a déjà vécu une inondation, par exemple. Et aujourd’hui, comment ne pas être saisi de compassion pour ce petit garçon de l’École Filteau qui s’est noyé cette semaine ? Comment ne pas être saisi de compassion pour sa famille ainsi que pour ses enseignants et ses compagnons et compagnes de classe ? Et comment ne pas s’indigner quand on sait qu’il y a 38 communautés autochtones du Canada qui, en 2021, n’ont toujours pas accès à l’eau potable ? L’eau… une immense bénédiction qui peut se transformer rapidement en un danger imminent.

Ça, les premiers disciples de Jésus le savaient pertinemment. Ils étaient habitués à pêcher sur le lac de Galilée, une étendue d’eau qui est basse (200 mètres au-dessous du niveau de la mer) et entourée de hautes collines. Cette configuration favoriserait les changements de temps. Alors, Jésus, pourquoi es-tu si pressé que demandes à tes disciples de quitter la sécurité de la rive pour s’aventurer sur ces eaux imprévisibles… et la nuit à part de ça ? Pourquoi Marc nous raconte-il cette histoire… de cette façon ?

La nuit, c’est le temps où sort les monstres, c’est le temps des cauchemars et des pires dangers. Mais la nuit, c’est aussi un moment propice à des révélations particulières, n’est-ce pas ? Dans la Bible, on en trouve plein d’exemples. Pour n’en citer que deux, il y a Jacob qui, de nuit, lutte avec Dieu et les hommes et en sort transformé. C’est à partir de ce moment qu’on l’appelle Israël (Genèse 32, 22-32). Et il y a Joseph, le papa de Jésus, qui est averti dans un rêve de ne pas avoir peur de prendre Marie comme épouse (Matthieu 1, 18-25). N’est-il pas vrai que c’est souvent dans les moments les plus sombres de nos existences que la présence de Dieu se manifeste de façon particulièrement personnelle et saisissante ? Oui, on peut louer Dieu spontanément devant un beau paysage… mais quand Dieu vient à notre secours au milieu de notre nuit, c’est souvent à ces moments-là qu’on prend conscience de qui Dieu est pour nous réellement et qu’on apprend peu à peu à mettre notre foi en lui.

« Qui donc est cet homme, pour que même le vent et les flots lui obéissent ? » (Marc 4, 41) Après la scène de la tempête apaisée, Marc invite ses lecteurs et lectrices à faire une confession de foi.  Cet homme, n’est pas simplement un guérisseur ou un sage. Il est nul autre que le Fils de Dieu, le Fils du Créateur dont le souffle planait sur les eaux au commencement de tout (Genèse 1, 1-2). C’est ce que Marc affirme au tout début de son Évangile « Commencement de la bonne nouvelle de Jésus, Christ, Fils de Dieu. » (Marc 1, 1).  Avec Jésus, c’est l’inauguration d’un temps nouveau, le commencement d’un ciel nouveau, d’une terre nouvelle (Apocalypse 21, 1).

Remarquez bien, ici nous ne sommes pas dans un monde sans tempêtes mais nous sommes avec un maître qui montre à ses disciples ce qu’il faut pour les affronter… la foi. La foi, ce n’est pas un ensemble de convictions auxquelles on doit adhérer ou qu’il faut croire « dure comme fer » et qui nous mettraient à l’abri de tout malheur. La foi, c’est la confiance en Dieu. C’est sa confiance en Dieu, son père, qui donne à Jésus de dormir paisiblement dans la barque. Les disciples se trompent. Le sommeil de Jésus n’est signe ni d’insouciance, ni de déni ou de fuite. Il ne dort pas comme ses disciples qui s’endormiront plutôt que de veiller avec Jésus dans les heures les plus sombres de sa vie. Jésus dort du sommeil des justes, Jésus dort du sommeil de ceux et celles qui, par la grâce seule, mettent leur confiance en Dieu qui est avec nous au cœur de la tempête.

C’est cette confiance qui permettra à Jésus d’affronter les tempêtes successives qui s’abattront sur lui : l’opposition grandissante de ses adversaires, l’incompréhension et l’abandon de tous ses proches, les accusations sans fondement, la condamnation, la torture, la mort. Non, avoir la foi ne garantit pas qu’il n’y aura pas de tempêtes ou que tout s’apaisera rapidement et comme par magie. Jésus n’est pas un magicien.

« Qui donc est cet homme, pour que même le vent et les flots lui obéissent ? » Il est nul autre que le Fils de Dieu qui est avec nous quand la vie est un long fleuve tranquille, quand les vagues nous engloutissent et quand nous en émergeons transformés à tout jamais. Il est Dieu qui est avec nous dans la vie, dans la mort et dans la vie au-delà de la mort. Que notre foi nous apaise quand la tempête fait rage.

« Pourquoi avez-vous si peur ? » (v. 40) Vendredi à La Parole sur le pouce, c’est ce « si peur » qui m’a sauté aux oreilles. Pourquoi avez-vous si peur ? Pourquoi avez-vous peur de cette façon ?

Il y a des situations où la peur est tout-à-fait appropriée comme réaction… des situations où la peur nous mobilise. Il y a des peurs qui nous font fuir des situations dangereuses, des relations toxiques, ou violentes, des environnements qui nous étouffent. Il y a des peurs qui nous font militer, manifester, lutter de toutes nos forces pour la justice, l’équité, la vie abondante pour la création tout entière. Il y a des peurs qui suscitent notre indignation, notre compassion, notre solidarité et toutes nos créativités, nous poussant à l’action. Or, il y a d’autres peurs, celles qui nous anesthésient, qui nous paralysent, qui nous empêchent d’agir, d’avancer. Ce sont des peurs qui rôdent souvent la nuit… les peurs et les angoisses qui surgissent quand tout nous semble perdu d’avance. Les scénarios catastrophes qui nous tiennent éveillés comme autant de films d’horreur. Je sais d’expérience que la foi peut être très efficace contre ce genre de peur… comme Jésus est efficace contre la tempête qui fait rage ce matin. Il dit seulement une parole et rabroue le vent et la mer : « Tais-toi! » C’est exactement le mot qui est utilisé lorsque Jésus délivre un homme tourmenté par un esprit impur (Marc 1, 25). N’est-il pas vrai que souvent nos tempêtes s’apaisent quand nous réduisons au silence les peurs qui font rage en nous ?

Quand j’ai peur, je me pose la question : c’est quoi la pire chose qui pourrait arriver ? » Et quand je poursuis ma réflexion jusqu’au bout de ce que je peux imaginer… j’arrive presque toujours à me dire « Et même la mort ne serait pas la fin ! » C’est la promesse de notre foi. Ma foi aide à apaiser mes tempêtes. Ce n’est pas instantané, ni toujours efficace à cent pourcent. Ma foi n’a pas fini de grandir mais même petite, elle fait une énorme différence dans ma vie.

Qui est ce Jésus ? Il est celui qui a le pouvoir d’exorciser la mer comme il chasse les démons – dont les peurs paralysantes – de quiconque met sa foi en lui.

« Pourquoi avez-vous si peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (v. 40) Et si on entendait la deuxième question de ce verset non pas comme un reproche mais plutôt une question rhétorique ? N’avez-vous pas encore la foi ? Disciples de Jésus, nous avons déjà tout ce qu’il nous faut. Même si notre foi est petite comme une graine de moutarde, par la grâce de Dieu, nous pouvons apprendre à la cultiver, à favoriser sa croissance afin que fleurisse en nous et parmi nous le ciel nouveau et la terre nouvelle que Jésus a inaugurés. Amen.

 

LECTURES BIBLIQUES

Psaume 63

2 Corinthiens 5, 14-19

Marc 4, 35-41

 

 

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