Plein de vent ou plein d’Esprit ?

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

Pentecôte était (et demeure) une fête juive, 50 jours après la Pâque, l’un des trois pèlerinages à Jérusalem, prescrits par la Bible. On y célèbre le début de la saison de la moisson du blé et, pour la tradition rabbinique, le don de la Torah sur le mont Sinaï. Le « récit » des Actes des Apôtres advient dans le contexte de cette fête qui rassemble des juifs pieux de la diaspora, des pays avoisinants.

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.

Dans l’extrait lu il y a quelques instants, il n’y a pas de mention explicite (pas encore) de Jésus ressuscité, le Christ. Ça viendra un peu plus loin dans le discours de Pierre. Pour l’instant, ce sont les merveilles de Dieu qui sont proclamées avec exubérance par les disciples remplis d’Esprit saint. Cette fête agraire de la récolte est donc une célébration consciente et reconnaissante de la fécondité puissante autant que mystérieuse de la nature, qui a son fondement dans le Dieu créateur (la Loi cosmique). Or pour le peuple juif (de même que pour les chrétiens) le Créateur de l’univers est aussi et pour toujours le Dieu de l’alliance (la Loi mosaïque). L’organisateur du cosmos a aussi le souci de la destinée des humains et établit une relation explicite avec eux. C’est alors qu’on célèbre ces deux dimensions de Dieu qu’une troisième apparaît ce matin, l’avènement, l’époque de l’Esprit divin (qui inaugure la Loi intérieure). Ici se réalise la parole du prophète Joël … d’affirmer Pierre à ses auditeurs.

Cet Esprit saint, est présenté dans l’évangile de Jean. Distinct comme une ‘personne’ il vient à la demande, suite à la demande explicite de Jésus qui prie le Père (Dieu créateur) pour le don d’un autre (comme lui) Paraclet (avocat, intercesseur, adjoint) qui restera pour toujours avec vous, qui demeure auprès de vous et en vous. L’Esprit en pratique c’est le Christ qui s’installe dans le croyant, la croyante, internalisé, incorporé dans les fibres psychiques, psychologiques voire corporelles de l’individu qui marche sur un sentier de foi. Esprit de vérité par rapport à nous-même, nos grandeurs et nos misères, notre besoin de salut et de délivrance; vérité par rapport à notre relation avec le cosmos, notre besoin de salut et de guérison écologique; vérité par rapport à nos interrelations avec nos sœurs et frères en humanité, notre besoin de salut et de libération dans la justice. L’Esprit (du Christ) agit en nous et effectue subtilement la métamorphose à laquelle nous sommes conviés, l’ajustement de nos facultés, la victoire sur nos travers et nos fautes, l’élargissement de notre cœur pour un amour de plus en plus inclusif et qui aspire à la justice intégrale du règne de Dieu ici-bas, dans le contexte de notre quotidien comme des mouvements sociaux de notre milieu et de notre époque.

Seul problème, l’Esprit, je ne peux le voir ni l’isoler à coup sûr de mes propres pensées et des mouvements intérieurs de mon psychisme. Il y a donc un travail continu de discernement des esprits, des influences, des complexes, du flux des vents intérieurs qui me mènent ici et là. Une bonne manière d’opérer le discernement, c’est de garder en tête la signification du mythe de Babel : une construction vaniteuse du ‘petit moi’, une construction qui ne compte que sur nos seuls moyens; en fait, une tentative orgueilleuse de se hausser au niveau du ciel par ses propres forces, de se faire l’absolu, de se prendre pour Dieu!  La même langue ici, l’unité, c’est celle de la démesure et de l’intoxication du pouvoir que tous les humains semblent partager si aisément. Babel prétend forcer l’union et la réalisation humaine par l’uniformité organisée d’une structure qui impose un chemin, une langue unique; chacun-e une pierre (un objet utilitaire) d’un édifice planifié en fonction de l’orgueil, la volonté de se faire un nom, de rejoindre le ciel, le panthéon des dieux. Cette vision mégalomane et décentrée, c’est du vent. C’est pourquoi « Dieu » la brise en confondant les langues nous dit le récit.

Par contraste avec cette prétention illusoire, l’œuvre du Christ, elle, se poursuit en chacun et chacune de nous, en respectant la spécificité de chacun. Esprit – pneuma – souffle – de Jésus, « le Moi » (l’identité de Jésus) est en fait le « Soi » du cosmos (la finalité divine qui imprègne tout).

Les langues descendent « du ciel » pour rejoindre l’humanité là où elle se trouve, dans sa diversité et ses distinctions, pour susciter une union des cœurs et des désirs qui émane de l’expérience du divin à l’intérieur de soi-même, jamais par la coercition d’une loi extérieure mais par l’adhésion confiante de notre volonté, notre choix. Jésus nous convie à demander « en mon nom » car ce nom il est dorénavant le nôtre, notre identité profonde, dans la participation par l’Esprit au corps du Christ.

C’est l’Esprit qui fait « chanter notre cœur » et monter sur nos lèvres des paroles de louange, de bienveillance, de sollicitude et de compassion.

C’est l’Esprit qui génère cet élan qui nous anime au plus profond de nous, mais qui n’estpas de nous, enfin pas de nous ‘seul’. Ce même élan de l’Esprit rejoint le cœur de nos vis-à-vis, de nos sœurs, de nos frères et si nous sommes attentifs, nous le retrouvons dans la résonance harmonieuse de la nature : tous et toutes, par l’Esprit, nous chantons à l’unisson, nous parlons la même langue.

Une note sur le langage extatique de Pentecôte que certains affirment toujours vivre. Ne serait-il pas semblable à l’envolée d’un cœur aimant, transporté de tendresse pour l’aimé ? Tels les amants qui se murmurent à l’oreille des mots-soupirs qui expriment leur affection et leur transport; tels les babilles des parents envers le poupon, échange au-delà du sens dont les mots inintelligibles à l’intellect sont porteurs de tendresse comme un baume, une huile qui enveloppe de sa délicatesse le cœur de l’être aimé. Tout ce qui ouvre nos cœurs à la bienveillance de l’Évangile, à la louange des beautés de la vie et à l’amour solidaire et tendrement engagé, tout peut devenir expression du mouvement de l’Esprit. Ne soyons pas timides, nous pouvons faire des choses semblables à celles de Jésus, et même de plus grandes… Élargir nos horizons à l’infini, à partir de notre cœur, guidés par la vérité, animés par la quête de justice… Regarder la société et les rapports entre humains avec l’Esprit de Jésus, dont l’amour va jusqu’à l’indignation, le refus et la confrontation des désordres établis en systèmes étanches et auto-légitimés, toutes les tours de Babel dans le monde.

Pentecôte n’est pas une théorie du divin mais bien son expérience intime : celle de se laisser emporter par l’Esprit de Jésus qui glorifie le Père, le Créateur, la Mère cosmique. Soyons pleins du souffle de Dieu dans l’aujourd’hui permanent du salut.

Église Unie Saint-Pierre – Pentecôte C – 9 juin 2019

LECTURES BIBLIQUES

Psaume 104

Genèse 11, 1-9

Actes des Apôtres 2, 1-21

Jean 14, 12-17

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