Pâques, une leçon de vie

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Pâques est une leçon de vie, une leçon, oui, à propos de la vie après la vie, mais en même temps et surtout une leçon, un enseignement pour notre vie maintenant. Dans un commentaire biblique que j’ai lu récemment, l’auteur résumait bien, en deux phrases, le propos que je voudrais partager avec vous.

Première phrase : La première communauté chrétienne a compris « la résurrection de Jésus comme un geste d’approbation, posé par Dieu, à l’ensemble de la vie de son Serviteur. »1 Cette phrase établit un lien entre la manière dont Jésus a vécu sa vie et la manifestation de sa vie au-delà de la mort. Celle-ci a été communiquée aux disciples par des signes sensibles comme le tombeau vide, les apparitions et surtout la conviction intérieure qui a accompagné ces phénomènes exceptionnels. Comme nous venons de le lire, les disciples d’Emmaüs diront, après l’avoir reconnu, « notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Écritures? » (Lc 24, 32).

Le message de Pâques est que le ministère public de Jésus a été un parcours exemplaire qui a la capacité de faire brûler en nous notre cœur, quand les évangiles par grâce se mettent à nous en parler et que s’ouvrent pour nous les Écritures. Le passage du livre d’Ésaïe que nous venons de lire parle d’un mystérieux Serviteur qui semble avoir vécu une épreuve semblable à celle traversée par Jésus. Le texte dit qu’ « ayant payé de sa personne, il verra une descendance… » (És 53,11). En étant réunis ici aujourd’hui pour célébrer le Christ Jésus, nous témoignons qu’il est pour nous toujours vivant, que sa vie terrestre est pour nous une source d’inspiration pour la conduite de nos propres vies, que nous sommes sa « descendance ».

Le sceau d’approbation suprême que Dieu a posé sur le ministère public de Jésus en lui permettant de se manifester à ses disciples comme toujours vivant est le fondement ultime de notre foi, c’est-à-dire de la confiance que nous pouvons donner à sa personne, à son enseignement et à son exemple pour orienter nos vies. « …si Christ n’est pas ressuscité, dira l’apôtre Paul, notre prédication est vide, et vide aussi votre foi. » (1 Co 15, 14). Or, c’est une grande grâce que de pouvoir s’ouvrir, même avec des doutes, sur le message de Pâques des évangiles. Cela ne va pas de soi, dans un monde où la foi chrétienne n’est plus reçue comme un héritage indiscutable.

Beaucoup de non-pratiquants et non pratiquantes dans notre Québec d’aujourd’hui, et d’autres qui n’ont eu aucune éducation chrétienne, auraient la même réaction que les Athéniens de notre deuxième lecture, si seulement on avait l’occasion de leur rappeler que Pâques n’est pas, d’abord, une fête du chocolat partagé en famille, mais la célébration de Jésus vivant au delà de la mort, de Jésus ressuscité. Paul dit, nous l’avons lu, que Dieu a « fixé un jour où il doit juger le monde avec justice par l’homme qu’il a désigné, comme il en a donné la garantie à tous en le ressuscitant d’entre les morts. » (Ac 17, 31). C’est ce qui est résumé dans notre confession de foi par les mots « Jésus crucifié et ressuscité, notre juge et notre espérance ». Devant cette affirmation de Paul, son auditoire a réagi comme le feraient beaucoup de gens d’ici, et peut-être nous-mêmes, à certains moments, dans notre Thomas intérieur (Jn 20, 24-29). « Au mot de ‘résurrection des morts’, nous dit le texte, les uns se moquaient, d’autres déclarèrent : ‘Nous t’entendrons là-dessus une autre fois. » (Ac 17, 32). En effet, les Grecs qui croyaient en une vie au-delà de la mort ne la voyaient pas comme une résurrection du corps physique, mais comme une survie de l’ « âme », le principe spirituel qui habite le corps et le fait vivre. Ce n’était pas le cas des Juifs et des Juives qui allaient être appelés à être témoins que la vie de Jésus était l’objet d’une reconnaissance divine, unique dans l’histoire de l’humanité.

Dieu, en effet, a révélé son approbation de la vie humaine telle que vécue par Jésus, en faisant en sorte qu’il se manifeste comme toujours vivant d’une manière qui soit crédible pour ses apôtres et le cercle élargi de ses disciples. Sous l’influence du courant pharisien du judaïsme de leur temps, ceux-ci croyaient en une vie au delà de la mort sous la forme d’une réanimation définitive du corps physique. Jésus leur apparaît donc dans son corps rendu absent du tombeau, mais doué de propriétés surnaturelles. Il n’est pas reconnaissable, puis reconnaissable en temps voulu (Lc 24, 13-35). Il est visible, puis invisible (Lc 24, 31). Il apparaît dans un lieu dont tous les portes sont verrouillées (Jn 20, 26). À la fin de l’évangile de Luc, il est vu comme « étant emporté au ciel » (Lc 24, 51), parce que, dans la croyance du temps, on s’imaginait que Dieu résidait vraiment au-dessus des nuages et de la voûte bleutée du firmament.

Nous ne sommes plus tout à fait dans le même système de croyances. Sachant ce que la science nous dit du monde physique, en particulier ce qui arrive au corps quand quelqu’un meurt, il nous est difficile de croire que celui de Jésus ait pu être réanimé et exalté en Dieu pour l’éternité, tout en admettant qu’à Dieu rien n’est impossible. Nous n’avons pas, pour éliminer nos doutes, si nous en avons, les signes sensibles dont ont bénéficié les apôtres et disciples. Nous avons, par ailleurs, le rayonnement de leur expérience tangible du Christ vivant au-delà de la mort. Nous avons les témoignages qu’ils nous en ont laissés dans le Nouveau Testament. Plus de deux mille ans après les faits, ils peuvent encore, sous l’impulsion de l’Esprit saint, nous ébranler et retourner nos doutes et notre scepticisme en une inébranlable espérance. Oui, si nous prenons Jésus comme modèle, en nous inspirant de sa vie pour modeler les nôtres, dans nos circonstances d’aujourd’hui, Dieu nous fera juger par lui à partir de son exemple et par lui, nous reconnaîtra au delà de la mort.

L’auteur du commentaire biblique dont j’ai parlé en début de prédication résume cette pensée dans une deuxième phrase. Il écrit : « Si Dieu a authentifié le style d’action de Jésus en le ressuscitant d’entre les morts, et s’il a jugé bon de révéler cette résurrection aux chrétiens, c’est donc qu’il attend de ceux-ci un comportement identique à celui de Jésus. »1 Le terme identique est un terme fort. Il ne peut pas indiquer un objectif qu’on peut atteindre, mais plutôt un élan vers un idéal à placer au cœur de nos vies. Au seuil de la trentaine, Jésus est allé se recueillir au désert pour discerner ce que Dieu attendait de lui. Il a compris que Dieu lui confiait une mission exceptionnelle, il l’a menée jusqu’au bout et Dieu a confirmé par sa résurrection qu’il faisait de son exemple une leçon de vie pour nous. Jésus nous sauve par l’exemplarité de sa vie. À toutes les étapes de nos vies, y compris les plus avancées en âge et apparemment les moins actives aux yeux du monde, il nous revient de discerner avec Jésus le chemin de vie que Dieu nous trace et de le vivre dans l’espérance de ce que Pâques nous annonce. En nous parlant du ministère public de Jésus, les évangile ne sont pas un livre de recettes qui nous dit exactement quoi faire. Les circonstances et les défis de vie sont particuliers à chacun et chacune d’entre nous. Ils sont différents de ceux dans lesquels s’est trouvé Jésus. Quand on fréquente assidûment les évangiles, on finit par comprendre quelque chose de la leçon de vie que Jésus nous y donne et que Dieu a approuvée de manière spectaculaire en donnant à Jésus le pouvoir de se manifester comme toujours vivant et de devenir ainsi notre critère de jugement sur nos vies et notre espérance.  Jésus crucifié et ressuscité, notre leçon de vie et notre espérance.

Amen et Joyeuses Pâques!

1 André Myre, « Heureux les pauvres histoire passée et future d’une parole », dans Paul-André Giguère, Jean Martucci et André Myre. Cri de Dieu espoir des pauvres. Montréal, Éditions Paulines, 1980, p. 114.

1 Dans le même livre, à la page 88.

Par Gérald Doré, pasteur desservant

Église Unie Pinguet

Culte avec communion du dimanche de Pâques 5 avril 2015

Lectures bibliques (TOB)

Ésaïe 53, 11-12

Actes 17, 24-34

Luc 24, 13-35

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