Photo : P.-A.G.

Les choses et les gens sans importance

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

Photo : P.-A.G.

C’est à cela, nous le savons, qu’on reconnaissait Jésus. Il avait l’art de dire l’extraordinaire avec les mots et les images de l’ordinaire. Il savait faire sentir l’éternel à partir du quotidien : la pincée de sel qui change tout1, la lampe à l’huile qu’une femme allume pour mieux chercher la pièce d’argent qu’elle a perdue2, la ville construite sur une colline qui permet de retrouver son chemin3.

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.

Quand il avait passé dans la vie d’une personne ou traversé les rues d’un village, il laissait derrière lui comme un parfum. Après l’avoir entendu, on ne regardait plus de la même manière les fleurs des champs et les oiseaux du ciel4, l’aide qu’on se rend entre voisins mal pris5, le geste de la préparation des repas6, ou du rapiéçage des vêtements7, ni le verre d’eau offert à l’étranger de passage8. Par son regard, pénétrant, sa parole, sobre, ses gestes, essentiels, il enchantait le quotidien. Son passage faisait du bien et laissait une trace. C’était comme si pour un moment, le Dieu exigeant de la loi se faisait tout proche9. Presque l’un de nous.

C’est dans l’ordinaire de la vie qu’il voyait la présence du divin. Qu’il la révélait. Il n’enseignait vraiment pas comme les scribes. Jamais il ne parlait de ce qui était pur et de ce qui était impur10, et il n’était pas très intéressé par ce qui était permis et ce qui était défendu11. Pas surprenant que les professionnels de la religion aient sourcillé, puis aient rapidement vu en lui un inquiétant perturbateur12. Il rendait Dieu accessible sans passer par les rites ou par les officiels institués de la religion13. C’est comme si, à ses yeux, Dieu se donnait moins à voir au temple et à la synagogue que dans les rencontres humaines, particulièrement celles qui sont colorées de bienveillance envers les personnes méprisées, celles que tout le monde évite14.

On lui demandera parfois de se justifier. De dire par quelle autorité il parlait et agissait comme il le faisait15. Mais modeste artisan du bois, sans diplôme, sans aucun statut particulier, il était de ces gens sans importance que chante Yves Duteil :

Ce sont des gens sans importance
Avec des gestes quotidiens
Qui font renaître l’espérance
Et le bonheur entre leurs mains.

Ce sont des gens sans artifices
Qui vous sourient quand ils sont bien
Et vont cacher leurs cicatrices
Parmi les fleurs de leurs jardins.

Ce sont des gens sans importance
Et qui parfois ne disent rien
Mais qui sont là par leur silence,
Quand ils sont loin.

C’est peut-être à ceux-là qu’on pense
Quand la mort vient rôder, pas loin,

En emportant notre insouciance
Un beau matin.

À tous ces gens sans importance
Avec lesquels on est si bien
Qui font renaître l’espérance
Et sans lesquels on n’est plus rien.

Nous aussi, n’est-ce pas, nous sommes des gens sans importance… Paul le rappelait dans une des lectures de dimanche dernier16 : pas de grandes vedettes parmi nous, pas de gens de pouvoir, personne qui fasse régulièrement les manchettes.

Mais les gens sans importance n’ont pas à être des gens insignifiants! Si nous cherchons à inscrire nos pas dans ceux de Jésus, nous aussi, nous nous découvrons capables d’être sel de la terre. Et lumière du monde. Car par grâce, sans mérite de notre part, vous et moi sommes porteurs de la trace qu’il a laissée derrière lui. Nous marchons en puisant une étonnante énergie dans l’empreinte qu’il imprime en nous quand nous gardons nos yeux fixés sur lui. Ce qu’il a vécu est tellement ordinaire, que c’est à la portée de tout le monde.

Voyez-vous comment ce dont il s’agit ce matin, c’est de notre qualité d’être? Cela concerne aussi bien nos vies personnelles que notre expérience communautaire. Comment moi, comme individu, et comment notre charge pastorale Saint-Pierre et Pinguet, donnons-nous de la saveur là où nous sommes, projetons-nous de la lumière et sommes-nous un repère dans notre environnement?

C’est la question notre témoignage qui est soulevée ici. Et la question se pose : comment témoigner de notre foi pour que notre témoignage soit crédible aujourd’hui? Il est tentant, dans le monde actuel, de chercher la visibilité. De jouer le jeu du vedettariat. De recourir aux techniques de la communication. De s’imaginer influenceur. De rêver d’une manière d’annoncer l’Évangile ou de célébrer notre foi à la manière d’un spectacle, en soignant la mise en scène et en misant sur les émotions.

C’est un piège. Car nous sommes les disciples d’un homme qui fuyait la popularité. Qui recommandait aux gens qu’il avait aidés de n’en parler à personne17. Qui se méfiait de l’enthousiasme des foules18. Lui-même avait compris que Dieu ne se rend présent aux humains ni dans le vent d’ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais dans « une voix de fin silence »19. Une discrétion qui honore notre liberté, au lieu d’une démonstration de force qui s’impose et cherche à l’emporter. Paul aussi avait compris cela : « ce n’est pas avec le prestige de la parole ou de la sagesse que je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu : j’ai été devant vous faible, craintif et tout tremblant afin que votre foi soit fondée non pas sur la puissance humaine, mais sur celle de Dieu20. ».

Pour Jésus, la vérité des relations humaines et la vérité de Dieu résident essentiellement dans le geste de partager son pain avec l’affamé, le geste d’héberger les pauvres sans abri, celui de couvrir ceux et celles qui sont nu-es, comme l’enseignait déjà le prophète Ésaïe21.

Alors concrètement, nous pouvons être sel de la terre et lumière du monde si nous agissons, par exemple, contre la malnutrition et la malbouffe. Ou si nous nous attaquons à la crise du logement. Ou si nous trouvons des vêtements d’hiver pour des réfugiés qui arrivent avec des vêtements qui conviennent au climat du Moyen-Orient ou de l’Afrique subsaharienne.

À chacun, chacune de trouver sa voie, selon les lieux où il ou elle se trouve, selon ses dons et ses dispositions. À nous aussi de nous raconter nos expériences, pour que nous trouvions auprès des uns et des autres idées nouvelles, solidarité et soutien, inspiration et encouragement. N’est-ce pas le témoignage tout simple, tout humble et pourtant encore si vivant que nous a donné notre sœur Françoise Haeberlé?

« Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. » En cuisine, le plaisir vient non de ce qu’on goûte le sel, mais des aliments rendus savoureux par lui. Dans la vie, le bonheur ne vient pas de voir une lumière brillante, mais de voir les visages et les choses que la lumière éclaire. Alors, dans le moment de recueillement qui vient, demandons à l’Esprit de Jésus de nous rendre simples, purs et transparents dans notre témoignage. Car c’est par nous, gens sans importance, que comme il l’a fait par Jésus, Dieu continue aujourd’hui de réenchanter le monde.

Amen.

TEXTES BIBLIQUES

Ésaïe 58, 7-10

1 Corinthiens 2, 1-5

Matthieu 5, 13-16

1Matthieu 5 13.

2Luc 15 8.

3Matthieu 5 14.

4Matthieu 7 26.28.

5Luc 11 5-8.

6Matthieu 13 33.

7Matthieu 9 17.

8Matthieu 10 42.

9Luc 7 16.

10Matthieu 15 10-20.

11Matthieu 12 1-8.

12Matthieu 12 14.

13Matthieu 9 1-8.

14Matthieu 9 9-13.

15Matthieu 21 23.

161 Corinthiens 1 26.

17Matthieu 8 4.

18Matthieu 14 22; Jean 6 15.

19 1 Rois 19 11-12.

20 1 Corinthiens 2 1-5

21Ésaïe 58 6-7.

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