La porte du ciel ouverte à tous

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

Image: Courtoisie NASA/JPL-Caltech.

Il y presque 75 ans de cela, tout près d’ici, dans la salle de classe d’une école primaire mal chauffée où, à ce qu’on m’a rapporté, même l’encre gelait parfois dans les encriers, il y avait une petite fille plutôt rêveuse qui écoutait sagement la leçon quotidienne de catéchisme. À cette époque au Québec, il allait de soi qu’on nous instruise avec autorité sur la façon de concevoir le monde, la société, la morale et avant tout la religion, ce que nous devons croire, faire et avoir pour aller au ciel. À chaque question il y avait une, et une seule, bonne réponse qui assurait l’harmonie et le consensus. Et pour les situations litigieuses et compliquées, il y avait des experts qui trouveraient la réponse pour tout le monde, la plupart du temps des ecclésiastiques de haut niveau accrédités par le fait même de leur statut clérical qui leur octroyait un accès privilégié aux desseins du Père éternel. Du moins, le croyait-on, et les clercs ne le démentaient en aucune façon. Toujours est-il que la petite fille de mon propos qui se réchauffait en rêve a tout à coup entendu son nom retentir dans la classe frigorifiée suivi d’une question qui commandait une réponse immédiate : Où est Dieu? La petite abasourdie a réfléchi quelques secondes puis a répondu avec candeur autant qu’honnêteté : Je ne sais pas. Si tant la chose soit possible, une chape glaciale est tombée sur toute la classe. Il y a sûrement eu réprimande, peut-être même punition (sinon châtiment corporel alors considéré pédagogique). Quoiqu’il en soit l’évènement s’est gravé à jamais dans la mémoire de la fautive qui a poursuivi sa vie… agnostique!

Difficile de se représenter un tel enfermement dans notre société pluraliste, de plus en plus multiculturelle et inclusive, n’est-ce pas? La religion a mauvaise presse chez nous et on peut difficilement blâmer nos contemporains de considérer que la spiritualité chrétienne se réduit à suivre des instructions discréditées si souvent par le comportement même de ceux qui les professent. Alors qu’en ce dimanche le calendrier liturgique invite à la méditation de la Trinité, je sens la nécessité de beaucoup de réserve et d’humilité, laissant au mystère son insondabilité. Les passages des Écritures que nous venons d’entendre n’ont d’ailleurs rien de descriptif ni de prescriptif; ces textes suggèrent plutôt, au moyen de comparaisons et d’images symboliques, une orientation du regard et de la réflexion, un climat affectif, telle une invitation à une rencontre intime qui donne à participer joyeusement à une réalité qui rassemble tout, partout, tout à la fois pour reprendre le titre d’un film récent.

C’est dans un état de rêve, un peu comme notre petite fille rêveuse du début, que Jacob fait une rencontre sacrée. Voici qu’était dressée sur terre une échelle dont le sommet touchait le ciel ; des anges y montaient et y descendaient… « Je suis le SEIGNEUR, Dieu d’Abraham ton père et Dieu d’Isaac en toi et en ta descendance seront bénies toutes les familles de la terre… » « Vraiment, le SEIGNEUR est ici et je ne le savais pas…c’est la porte du ciel. »[1] Dieu survient dans une rencontre dont il a toute l’initiative; une rencontre personnelle, de la lignée biologique de l’histoire de Jacob (et aussi bien de la nôtre) mais qui concerne toutes les familles de la terre. Dieu survenant qui donne accès à une dimension autre de l’existence, la porte du ciel. Cette image est reprise et en quelque sorte expliquée des siècles plus tard dans l’évangile de Jean, alors que Jésus déclare : Je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, il ira et viendra et trouvera de quoi se nourrir; moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance.[2]

Plus tard, ce même Jean dans des propos visionnaires inspirés décrira avec la même image le cœur de l’expérience spirituelle de l’humanité, une rencontre sacrée : Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai la cène avec lui et lui avec moi.[3] Cette invitation du livre de l’Apocalypse c’est le Christ ressuscité dans la gloire du Père qui la lance à tous les humains, et à travers eux à tous les vivants et à toute la création. Porte à ouvrir, seuil à franchir, aller ailleurs pour arriver enfin chez soi, accéder à la vie en abondance. Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi aussi j’ai remporté la victoire et suis allé siéger avec mon Père sur son trône.[4]

Tout à l’opposé d’une conception monolithique de la religion forgée au fil des siècles, le 21e siècle, avec toute ses langueurs et malgré toutes ses horreurs, nous amène à comprendre la participation de tous et toutes à une même condition de vivants, inter-reliés avec atomes et galaxies, partageant la maison commune de notre Terre, une vision planétaire et même cosmique. Dans cette perspective, le Père auquel conduit le Christ n’est en aucun cas le Dieu des seuls chrétiens : jamais cela ne l’a été; seule l’étroitesse de nos préjugés et la mesquinerie de nos cœurs ont pu le croire et l’enseigner. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises.[5]

Le 7 mai dernier, le rover Curiosity explorant la planète Mars depuis bientôt 10 ans transmettait une photo intrigante à l’image d’une porte sculptée dans le roc! Coïncidence significative en résonnance avec les quelques réflexions de ce matin : l’univers est d’une complexité insondable. Et Dieu alors?

Le mystère de la Trinité le demeure. Le Père fondement transcendant de tout est en soi inaccessible; l’Esprit qui agit dans la profondeur de la matière comme des consciences est insaisissable semblable au vent; Jésus, Parole faite chair, est révélation, dévoilement du salut voulu pour tous et chacune; en lui la tendresse aimante et l’infini projet de vie abondante de Dieu nous sont annoncés et offerts gratuitement. Où est Dieu? Je ne sais pas mais…  Après cela je vis : Une porte était ouverte dans le ciel…[6] une porte ouverte que nul ne peut fermer.[7] J’entends mon bien-aimé qui frappe à la porte.[8] Amen.

 

LECTURES BIBLIQUES

Genèse 28,13-14, 16-17

Apocalypse 3,7-8. 20 – 4,1a

Jean 10, 2-4, 9.10b

 

[1] Genèse 28,12.13a.14b.16.17c

[2] Jean 10,9.10b

[3] Apocalypse 3,20

[4] Apocalypse 3,21

[5] Apocalypse 3,22

[6] Apocalypse 4,1

[7] Apocalypse 3,8

[8] Cantique des cantiques 5,2b

 

 

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