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La foi, le doute et l’espérance d’Abram

LEECTURES BIBLIQUES Genèse 12,1-10 ; Romains 4,13-25

« Abram avait soixante-quinze ans quand il quitta Harrân. » À qui doute de l’avenir du peuple de Dieu en raison de l’âge moyen de nos assemblées, je vous dis, je nous dis, ne succombez pas au doute. Ne laissons pas le doute barrer notre route. Avançons dans la foi comme notre père Abram. Puisse notre foi nous fortifier dans notre marche avec le Seigneur nous donnant force et courage pour surmonter le doute et tous les autres obstacles que nous rencontrerons chemin faisant. Abram avait soixante-quinze ans quand il quittta Harrân. Pas de retraite obligatoire pour Abram et sa descendance. Nous sommes sur appel toute notre vie.

« Le Seigneur dit à Abram : pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir…’ » On peut aussi traduire « Va pour toi-même » ou « Va vers toi hors de ton pays » Tout au long de notre vie, en avançant dans la foi, le Seigneur se révèle à nous et nous nous découvrons nous-mêmes. « Va vers toi. Quitte ton pays, ta famille, la maison de ton père. » Individuellement et collectivement, à différents moments de notre vie, le Seigneur nous appelle à quitter ce qui est familier… ce qui est peut-être devenu trop familier… pour découvrir des terres inexplorées. Un avenir à espérer. « Va vers toi. Va vers qui tu seras par moi, avec moi et en moi. Va vers le pays que je te ferai voir. » La destination n’est pas connue d’avance. Ce qui importe c’est de se mettre en marche. Ne laissons ni notre vision actuelle de l’avenir, ni les objectifs que nous nous fixons (aussi stratégiques soient-ils) nous empêcher de voir ce que le Seigneur veut nous montrer sur le chemin. Le Seigneur n’est pas un Dieu qui attend son peuple à l’arrivée. Il est Celui qui se dévoile et accompagne les fidèles qui, espérant contre tout espérance, embarquent dans l’aventure de la foi.

« Abram avait soixante-quinze ans quand il quitta Harrân. 5Il prit sa femme Saraï, son neveu Loth, tous les biens qu’ils avaient acquis et les êtres qu’ils entretenaient à Harrân. » (v. 4-5) La pauvreté, la précarité n’est pas une condition sine quoi non pour qui veut marcher dans les voies du Seigneur. Abram ne part pas sans bagage. Il part riche de son passé. C’est peut-être pour cela que Dieu attend qu’Abram atteigne ses 75 ans avant de l’appeler. Individuellement et collectivement Dieu appelle son peuple à se mettre en route fort de son expérience et riche de son passé. L’avenir ne se construit pas à partir de rien.

Et qu’est-ce qu’Abram construit pour l’avenir ? Bien avant de fonder une famille, à Sichem, à Bethel, il établit des lieux de culte. Où que la vie nous mène, notre identité ne se trouve ni en notre pays ou notre famille d’origine, ni dans les traditions de chez nous mais bien en Dieu. Notre avenir est dans le Seigneur à qui nous rendons un culte. Est-ce ainsi qu’Abraham devient une bénédiction ? En s’arrêtant pour célébrer la présence de Dieu qui l’accompagne et se révèle à lui étape par étape, Abram laisse des traces et surtout un exemple à suivre pour les générations futures.

Abram écoute la voix du Seigneur. Abram marche dans la foi. Il arrive en Canaan… et il y a une famine dans le pays. Abram doit partir pour l’Égypte pour y séjourner en immigré… en réfugié. Tout ça pour ça ? Il n’est pas difficile d’imaginer qu’Abram, l’homme de foi, a dû avoir des doutes. Le Seigneur n’avait-il pas promis qu’Abram et sa descendance vivraient au pays de Canaan ? Abram s’était-il trompé ? Pourquoi ce départ forcé en Égypte ?

Il y a des détours qui sont des avancées. Abram ne pouvait pas le savoir mais la vie en Égypte sera une expérience fondatrice pour sa descendance. Elle représente le choix devant chaque génération : entre l’esclavage et la liberté, entre la mort et la vie. Oui, l’Égypte sera un jour une terre de servitude mais elle est aussi une terre nourricière pour Abram, comme elle le sera pour Jacob et sa famille (Genèse 46, 26). Elle sera aussi un asile pour Marie, Joseph et l’enfant Jésus (Matthieu 2, 14). Dans la loi qui sera un jour attribué à Moïse il est écrit « Quand un immigré viendra s’installer dans ton pays, ne l’exploitez pas ; au contraire, traitez-le comme s’il était un membre de votre peuple : tu l’aimeras comme toi-même. Rappelez-vous que vous avez aussi été immigrés en Égypte. Je suis le Seigneur votre Dieu. » (Lévitique 19, 33-34) Rappelez-vous que vous avez aussi été immigré en Égypte. Ce devoir de mémoire, reformulé de différentes manières, revient des dizaines de fois dans les Écritures – comme un mantra – pour façonner de l’intérieur la descendance d’Abram. Elle sera un peuple fondé sur la compassion, l’hospitalité et la justice. Elle sera une bénédiction pour l’autre en l’accueillant comme un membre de la famille. Ce devoir de mémoire est un remède à l’indifférence. L’Égypte est le lieu de la vulnérabilité (ne pas avoir de racines, ne pas connaître les codes, dépendre de la bonté d’autrui) mais elle est aussi le lieu de la construction d’une identité commune. La loi ne dit pas, « aidez les autres parce que c’est la chose charitable à faire » mais plutôt « aidez-les parce que vous êtes eux et ils sont vous. L’expérience de la migration devient le point commun qui efface la distinction entre « nous » et « eux ».

C’est le message que Paul apportera des générations plus tard. À l’époque où des non-juifs se joignaient à la communauté chrétienne, à majorité juive, on se posait beaucoup de questions sur la préservation de l’identité du peuple et le vivre ensemble. (Qui dit que les écrits de Paul ne sont pas d’actualité ?) Et la réponse de Paul hier, pour aujourd’hui et pour demain ? Peu importe notre pays, notre famille d’origine ou les traditions de chez nous, nous qui nous réclamons de la foi d’Abraham, nous formons un seul peuple hérité de la promesse d’autrefois. À travers nous seront bénies toutes les familles de la terre. Nous serons une bénédiction par notre capacité de faire preuve de compassion, d’hospitalité et de justice envers ceux et celles qui vivront à nos côtés. C’est cela notre avenir. Et il n’y a pas d’âge pour ça.

Frères et sœurs, descendants d’Abraham en ce lieu et pour notre époque, nous sommes toujours sur appel. Ne succombons pas au doute. Espérant contre toute espérance, soyons fortifiés dans la foi et rendons gloire à Dieu. Lui qui fait vivre les morts et appelle à l’existence ce qui n’existe pas a la puissance d’accomplir ce qu’il a promis. Amen.

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