Jour du Souvenir

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

Le choix de célébrer le jour de Souvenir nous laisse face à une situation ou deux des plusieurs cultures fondatrices du Canada ne sont pas d’accord. C’est un sujet difficile qui comporte des risques inhérents de mauvaises interprétations. Les francophones et les anglophones se sont opposés sur la question de la conscription, notamment… 

Ce matin, je vais poser 5 questions que j’espère vont nous guider.

Notre lecture selon Michée fait partie d’un oracle de salut. Mais c’est encadré dans un livre qui fait alterner les perspectives de jugement et les liturgies d’espérance. C’est une coloration nettement eschatologique, qui veut dire que ça parle de la fin de notre monde.

Est-ce que nous nous trouvons dans une situation semblable? Il y avait probablement des situations au cours des derniers mois où vous avez pensé à la fin du monde!

Michée était un contemporain du prophète Ésaïe, il a écrit entre 740 et 687 avant l’ère commune. Il a dû vivre pendant deux événements douloureux et décisifs : la chute de Samarie, la ruine définitive du royaume du nord en 722 et, à peu près de 20 ans, plus tard, l’invasion du royaume du sud par le roi assyrien Sennachérib en 701. Désastre!

Mais, Michée nous dit que, même avec tout ce qui se passe, la maison de Dieu sera fondée sur la montagne. Même s’il y a eu une élection au sud de nous, qui semble impossible à croire, même s’il y a les conflits mondiaux; même si on se trouve au plein milieu d’une pandémie mondiale, même si nous ne comprenons pas comment ça va se régler, Michée nous dit qu’on n’apprendra plus la guerre… Que nous habiterons chacun sous sa vigne et sous son figuier, qu’il n’y aura personne pour nous troubler; car la bouche de l’Éternel a parlé.

Première question : Est-ce que vous croyez ce que le prophète de Dieu, Michée a dit, qu’un jour, il n’y aura plus de guerre? Est-ce que vous le croyez?

Étant donné que c’est moi, l’Anglo, vous m’excuserez si je prends l’opportunité de vous pousser un peu. Mais, je ne vais pas parler sans un certain avis de la part de mes collègues :

J’ai écrit à Darla et à Stéphane : « Est-ce que je devrais prêcher sur le jour du Souvenir? »

Darla m’a répondu :  « La question est complexe. À Saint-Pierre, nous ne faisons jamais les « Words of Remembrance », mots que je vous ai fait dire. Elle m’a expliqué que, quand même, il y a des membres et sympathisants, français d’origine, qui participent toujours aux cérémonies au cénotaphe à Québec.

La question de comment faire souvenir des guerres mondiales a déjà été source de tension entre Saint-Pierre et la paroisse dont le culte a lieu tout de suite après celui de Saint-Pierre. L’une des paroisses avait une tradition de faire une commémoration avec drapeaux canadiens dans l’église. L’autre, non. Dans plusieurs Églises, il y a des gens qui sont plus du côté pacifiste, pour qui l’idée de commémorer les actions violentes est inacceptable. »

Et aussi, selon Stéphane : « C’est un sujet difficile. À part la question de conscription, les francophones ont eu l’impression de servir de force, à certaines occasions, à tort ou à raison, de chair à canon sous les ordres des autorités anglaises. »

Donc, avec tout cela, Question 2 : nous revenons à la question où nous avons commencé : selon vous, est-il important de se rappeler les horreurs du passé, comme les grandes guerres ? Pourquoi ? Pourquoi pas ?

Stéphane a continué. (en passant, c’est aidant pour une prédicatrice d’avoir les autres qui écrivent…) « Quand on voit l’intransigeance des extrêmes, des négationnistes au niveau de la COVID et des complotistes, la défense de la vérité, de la paix et de la liberté fait partie, pour moi, du plan de Dieu pour l’humanité.

« Nous sommes toujours appelés à construire ce monde sur la paix, l’éducation et la vérité, et ce, comme la meilleure réponse à la haine, à la peur et à l’ignorance. Le jour du Souvenir sert aussi à cela. Quand on met de côté l’aspect du nationalisme canadien de cette journée, il faut reconnaître que de nombreuses personnes ont servi pour le bien, …. Des hommes et des femmes ont fait de leur mieux pour servir et sauver l’humanité du fascisme et des fake news sur les juifs, les LGBT, les roms, les handicapés, etc., qui servaient aux nazis de boucs émissaires ou qui nuisaient, à leurs yeux, à la pureté de la race. »

Question 3 : Y a-t-il des moments, des circonstances où nous devons lutter contre le mal? Ou, est-ce qu’en toute circonstance, il faut trouver une manière d’agir en paix? Nous avons lu : de leurs glaives ils forgeront des hoyaux, et de leurs lances des serpes; une nation ne tirera plus l’épée contre une autre,

Voici la réponse de Stéphane :

« Pour moi, il peut arriver qu’il soit nécessaire de lutter jusqu’à la mort pour sauver l’humanité, même si ces luttes sont imparfaites, qu’elles font des victimes innocentes, que la récupération politique de ces luttes existe. Mais il dit aussi que les individus peuvent être justifiés de s’opposer au service militaire pour des raisons individuelles ou collectives. »

Question 4. Si nous sommes d’accord qu’il y il peut arriver qu’il soit nécessaire de lutter pour sauver l’humanité, pour quoi est-ce qu’il y a parmi nous des sentiments forts contre la guerre?

Peut-être c’est parce que ce sont toujours les gouvernements qui entrent dans les guerres et ce sont toujours nos proches qui sont impliqués, nos enfants, nos partenaires, nos parents. Ce sont nos proches qui vont mourir.

Je ne veux pas essayer de vous apaiser avec les platitudes; le fait d’endurer le mort d’un.e proche fait souffrir les gens.

J’ai commencé avec l’oracle de Michée, un oracle du salut. Et, c’est de cela que Paul a écrit aux Thessaloniciens :

1Th 4,13  Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance au sujet de ceux qui dorment, afin que vous ne vous affligiez pas comme les autres qui n’ont point d’espérance. Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui.

Nous avons peur de perdre nos proches. Ça va nous faire de la peine.

Question 5 : Est-ce que nous croyons ce que Paul nous a écrit, que Dieu ramènera avec lui ceux et celles qui sont morts?

Ce n’est pas obligatoire de croire aux archanges avec des trompettes, c’est une métaphore. Mais est-ce que nous croyons que Dieu nous embrasse quand nous décédons.

Selon moi, si on croit les 5 questions, nous trouverons une piste ensemble :

1) Croyez-vous que : un jour, il n’y aura plus de guerre?

2 ) Est-il important de se rappeler les horreurs du passé pour qu’elles ne se reproduisent plus ?

3) Est-ce qu’il y a les circonstances où il faut lutter contre le mal?

4) Il y a parmi nous les sentiments forts contre la guerre parce que nous allons perdre nos proches, et peut-être il reste encore une meilleure piste à suivre.

5) Est-ce que si nous croyons que Jésus est ressuscité, nous pouvons croire aussi que Dieu ramènera avec lui, ceux et celles qui sont morts. 

En anglais le mot « remember » est souvent divisé en deux morceaux. « Re »- veut dire « faire à nouveau » ou « refaire quelque chose ». Le mot « member » a plusieurs sens. Nous parlons d’un « member » d’une communauté de foi, on en fait partie. En anglais nous parlons aussi d’un member d’un corps humain. Un bras est un member. Une jambe, peut-être pas un nez… mais vous comprenez ; tous les members d’un corps humain. Donc si on parle de « re »- remettre ensemble, et « member » partie d’un corps, l’idée est que par nos souvenirs, nous remettons ensemble les partis d’une personne.

Nous pensons à la métaphore que par Jésus, même après notre décès, nous allons être remis ensemble, nous allons être ressuscités. Le travail de résurrection est en partie le travail de nos souvenirs, le travail de redire les histoires des personnes qui ont donné leurs vies pour combattre le mal.

Quand nous nous trouvons en face du mal, nous sommes appelés à essayer de tout notre être de trouver un moyen non-violent d’agir pour la vérité. Nous sommes appelés comme disciples de Christ à prononcer la bonne nouvelle aux pauvres, à proclamer aux captifs la libération, et aux aveugles le retour à la vue. Et nous sommes appelés à lutter si vraiment il le faut.

La salle du souvenir du Musée canadien de la guerre a été conçue de sorte que chaque année à 11 h le 11 novembre, si la météo le permet, un rayon de soleil brille à travers la seule fenêtre de la salle et illumine la pierre tombale du Soldat inconnu du Canada. Vous pouvez en voir une image sur l’écran. Pour moi c’est une manière de me faire souvenir que c’est en partie à moi de redire les histoires. C’est en partie à moi de les remettre ensemble. « remember ».

Moi, je rends grâces au plusieurs hommes et femmes qui ont donné leurs vies pour lutter contre le mal, et je crois qu’un jour il n’y aura plus de la guerre. Je crois aux figuiers et aux vignes. Grâces soient rendues à Dieu.

https://www.museedelaguerre.ca/jour-du-souvenir/#/

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