LECTURES BIBLIQUES: Exode 3,1-12 ; Psaumes 40
Vous savez, il peut être difficile de garder la tête haute face aux épreuves que traverse notre monde. Les mauvaises nouvelles semblent nous poursuivre et, dans certains cas, nous inciter à nous réfugier – si ce n’est pas pour dire nous exiler loin des problèmes.
Une manière de se réfugier peut consister, par exemple, en cette habitude de rester derrière nos écrans protecteurs, là où défilent les mauvaises nouvelles. Voilà une habitude bien facile à développer, les fils de nouvelles sur Facebook étant programmés d’une manière à retenir notre attention et nous gaver d’informations souvent malencontreuses.
Plus le temps passe, plus on s’aperçoit des effets négatifs d’une telle habitude vacillant entre l’addiction et le retrait du monde. Pour s’en convaincre, nous n’avons qu’à penser à cette habitude de s’attrister des maux de ce monde, mais d’aussitôt passer à autres choses en swipant son écran de téléphone pour laisser le fil de nouvelles défiler malgré nous. À trop cultiver cette habitude qui finit par nous désensibiliser, on court le risque de se désolidariser et, même, d’en perdre le sens de qui nous sommes : des êtres humains qui, au-delà des écrans, ont besoin d’émancipation face aux puissances de ce monde.
Vous savez, du temps des Hébreux, il n’y avait aucun écran qui permettait une relative séparation entre l’individu et le reste du monde. Toutefois, on se tromperait à croire que notre relation problématique avec la réalité soit nouvelle. Dans les premiers chapitres du Livre de l’exode, on nous raconte le récit d’un homme en fuite. Moïse, un des patriarches les plus importants, a souvent été enclin à fuir les problèmes, à se mettre la tête dans le sable vis-à-vis de l’exploitation d’autrui… qui était aussi, en quelque sorte, la sienne.
Vous souvenez-vous de son histoire complexe et de sa solidarité vacillante? Enfant d’Hébreux adopté par Pharaon et donc élevé parmi les puissants, Moïse, prend conscience un jour de son appartenance aux enfants d’Israël qui vivaient alors dans la servitude. Après un élan de colère qui le poussa à tuer un maître de corvée, Moïse craint alors pour sa propre vie. Il fuit la cour de Pharaon, son père adoptif, et abandonne au même instant le peuple du Seigneur. C’est dans cette distance le plaçant hors du monde que Moïse devient berger pour celui qui deviendra son beau-père, Jéthro. Déjà, vous saisissez peut-être que nous sommes devant un récit mettant non seulement de l’avant une prise de conscience vis-à-vis de notre condition humaine, mais aussi de notre solidarité.
Qui sommes-nous comme individus faisant partie d’une collectivité? Comment faire face à la dure réalité de l’oppression et des systèmes dans lesquels nous sommes pris malgré nous? Ces questions-là que Moïse a caché sous le sable s’imposent d’elles-mêmes alors que, un beau jour, il est témoin d’un phénomène aussi étrange que bouleversant.
Sur le mont Horeb, loin des lieux civilisés, voici que l’ange du Seigneur apparut à Moïse au milieu d’un buisson ardent. Un peu comme une notification sur un fil de nouvelles Facebook, cette étrange flamme saisit aussitôt l’attention du berger qui décide de faire un détour. Moïse, lui qui s’est exilé et qui laissa le peuple derrière lui, fait un premier pas surprenant compte tenu de sa personnalité. Il se décide à effectuer un détour pour examiner cette flamme. Celle-ci, contrairement au feu naturel et la colère des puissants, ne consomme pas le buisson, mais semble plutôt l’habiter paisiblement.
Au moment où il s’en approche, voici que la Parole du Seigneur parvient à Moïse et le place devant la réalité : Dieu a entendu la complainte de son peuple et il a vu les fardeaux que les puissants lui impose. C’est pourquoi il a choisi de descendre vers lui afin de l’émanciper, et ce, par l’entremise de Moïse, son serviteur.
Vous vous en doutez, mais Moïse ne l’entend pas ainsi. Devant une tâche aussi grande que de libérer un peuple qu’il laissa derrière lui, il ne se sent pas à sa place. Face à Pharaon, Moïse se sent insignifiant si ce n’est pas pour dire aussi, peut-être, coupable d’avoir collaboré malgré-lui à la servitude de son prochain. Qui est-il pour descendre vers les enfants d’Israël et les libérer de l’exploitation de Pharaon? Cette question de Moïse à de quoi nous faire réfléchir sur notre propre condition. En effet, qui sommes-nous, nous qui sommes à la fois exploités et exploiteurs à nos heures? Quels gestes pouvons-nous poser plutôt que de fuir en regardant le monde brûler à distance, scotchés aux mauvaises nouvelles défilant derrière notre écran protecteur?
Malgré toutes les chances qui sont contre Moïse, le Seigneur appelle son serviteur à redescendre vers le peuple. Aux doutes de Moïse – et aux nôtres qui savons que nos œuvres sont incapables d’enrayer complètement les puissances de la mort – Dieu affirme qu’il n’est pas seul dans cette descente pour le moins risquée. « JE SUIS avec toi », affirme le Seigneur. Toi et moi sommes unis face aux maux de ce monde qui n’auront jamais le dernier mot. Ma grâce donne du sens à ta vie et t’émancipe ; tu la proclameras au peuple dont tu fais partie.
Frères et sœurs dans la foi, il est de notre devoir sacré de disciples de faire un détour et de lâcher un tant soit peu nos écrans de protection. Redescendons, si ce n’est pas déjà fait, tout comme Moïse le fit, pour mieux nous ancrer dans la réalité et être solidaires de notre prochain dont les soucis sont aussi les nôtres. Nous sommes inconstants, petits comme Moïse, mais nous ne sommes pas seuls pour autant. Dans le secret de nos coeurs brûle une flamme qui nous incite à choisir la liberté plutôt que la servitude. C’est le Seigneur, voyez-vous, qui lutte en nous et parmi nous afin que nous prenions le risque de la vie et que nous résistions au piège de la distance.
Qu’il en soi ainsi selon notre foi.
Amen

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