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Doux Jésus!

LECTURES BIBLIQUES : 1 Rois 19, 9-18 et Psaume 103, 1-9

Tous, nous connaissons cette expression, et peut-être l’avons-nous nous-mêmes déjà employée. J’ai donné ce titre à ma prédication parce que la douceur de notre Dieu est ce qui est mis en relief dans le passage qui vient d’être lu. Parlant de douceur, Jésus ne se dit-il pas lui-même «doux et humble de cœur»i ?

Commentaire du texte

Le texte d’aujourd’hui est un de mes préférés de tout le Premier Testament. Il nous met en présence d’Élie, bien sûr, mais surtout en présence de Dieu qu’il rencontre. Cet Élie n’est pas n’importe qui. Bien qu’il n’ait pas laissé de livre à son nom, comme Jérémie par exemple, il est LE prophète par excellence si l’on en juge par la scène de la transfiguration de Jésus où il personnifie la prophétie et Moïse la loi.

Élie « a profondément marqué son époque et influencé la pensée d’Israël pour les siècles suivants»ii. Il a inspiré des prophètes ultérieurs, comme Amos et Osée, qui ont repris les grands thèmes de ses interventionsiii. Voilà donc le plus grand des prophètes. Un grand réformateur aussi, comme en fait foi l’extrait d’aujourd’hui : «Je suis passionné pour le SEIGNEUR, le Dieu des puissances : les fils d’Israël ont abandonné ton alliance, ils ont démoli tes autels et tué tes prophètes par l’épée ; je suis resté moi seul, et l’on cherche à m’enlever la vie».

En vérité, si Élie se croit si seul, c’est qu’il est découragé, voire dépressif. Quelques lignes avant le passage qui nous occupe, nous le voyons assis sous un genêt disant: «Je n’en peux plus! Maintenant, SEIGNEUR, prends ma vie, car je ne vaux pas mieux que mes pères» (v.4). Mais, comme dit notre confession de foi : «Nous ne sommes pas seuls», pas plus qu’Élie l’était. «Il se sent bien seul, alors que cent autres prophètes ont été cachés dans des grottes par Abdias (18,4). De plus, 7000 hommes n’ont pas fléchi les genoux devant Baal (19, 18)»iv, apprend-on à la fin de notre lecture.

Cette situation illustre bien que l’exercice d’un ministère et la vie de disciple peuvent parfois être difficiles, comme en fait foi cette question de Jean-Claude Ravet, de la revue Relations : «Qui a dit que la voie de Jésus était une promenade du dimanche?»v. En tout cas, notre Élie a goûté aux difficultés du service, comme bien d’autres. Dans le passage qui nous occupe, il est au Mont Horeb, mais il a dû marcher quarante jours et quarante nuits à partir du Mont Carmel pour y arriver. Avant d’examiner ce qui est arrivé sur chacun de ces monts, rappelons-nous les propos de la semaine dernière du pasteur Jean-Philippe.

Il relatait l’expérience de Moïse devant le buisson ardent sur le Mont Horeb, expérience qui n’avait rien du souffle léger qu’a connue Élie. Mais nous verrons plus loin que Moïse ne fut pas en reste…

Revenons au Carmel. C’est le lieu de la confrontation entre Élie et 400 prophètes de Baal. C’est le lieu de la violence que ces prophètes s’infligèrent en se tailladant «selon leur coutume» (18,28) afin que leur idole mette le feu au taureau qu’ils voulaient lui offrir. «La théophanie du Carmel s’inscrit dans les catégories du Dieu Baal, qui se révèle dans la puissance et le feu… L’humain est souvent dans la quête du dieu du Carmel, il désire un dieu spectaculaire, qui se révèle de façon incontestable et qui s’impose comme une évidence. Le Dieu de la Bible nous libère de cette représentation, il est un Dieu que nous sommes invités à retrouver dans l’intime de notre histoire»vi.

Ce Dieu, doux et discret, Élie le rencontre dans l’intimité au Mont Horeb. «Il arriva là, à la caverne» (v.9). La tradition dit que cette caverne est le creux du rocher dans lequel Moïse a été protégé lorsque Dieu est passé et qu’il n’a pu être vu que par derrière (Ex 33, 22-23)»vii. C’est au Mont Horeb que YAHVÉ a révélé son nom à Moïse, là aussi qu’il s’est révélé à Élie, pas dans le vent violent, le feu ou le tremblement de terre, mais dans le «bruissement d’un souffle ténu» (19, 12). Le « bruissement d’un souffle ténu », quelle belle image pour évoquer la douceur de Dieu! Antoine Nouis note que Chouraqui traduit par «une voix, un subtil silence», et la Bible Bayard par «un bruit de fin silence». C’est cette présence silencieuse qui va permettre à Élie de sortir de sa nuit. «Une voix de silence», une contradiction dans les termes. Et si cette expression paradoxale était la plus juste pour évoquer la présence de Dieu et inspirer l’action des prophètes. Et la nôtre.

ACTUALISATION

Maintenant que j’ai commenté le texte, la question surgit : Qu’est-ce que tout cela veut dire pour nous aujourd’hui?

Notre frère Gérald nous fournit à cet égard des pistes. Il affirme dans son livre que Jésus tient son adhésion au «courant prophétique du judaïsme»viii, dont Élie est la figure de proue. Ailleurs, il cite André Gounelle: «Le christianisme n’est pas tant une doctrine explicative, qu’une éthique, qu’une action, qu’inspire et anime une mystique, c’est-à-dire le sentiment d’une présence, celle de Dieu, qui met en marche et au travail, qui insuffle engagement, ardeur et persévérance»ix.

Mes ami.e.s suivre Jésus n’est pas «une marche du dimanche»! Nous avons à imiter le Christ dans sa douceur, mais aussi dans son engagement, son ardeur et sa persévérance. Je crois bien que concilier douceur et ardeur dans le même engagement demande d’agir en s’inspirant du Christ qui nous invite à «opposer l’amour à la force des violences»x., comme il est dit dans la brochure Notre foi chante de l’Église Unie.

«La non-violence évangélique est une autre manière de dire la force de l’amour… Elle indique avant tout une façon de lutter contre les injustices…… Elle oblige à prendre conscience de la violence masquée par la « normalité » de l’ordre social, qui l’autorise en toute « justice » à humilier et à exploiter….. Jésus ne donne pas de recettes, mais des principes d’action fondés sur la dignité humaine»xi. Son enseignement nous demande d’être à sa manière auprès des humiliés et des exploités de notre monde, de servir et de militer pour eux et auprès d’eux.

J’aimerais ici citer deux courts extraits de la récente encyclique du pape Léon XIV : «Pour un chrétien, en effet, sortir du petit monde de ses propres intérêts et s’engager, dans la mesure de ses possibilités, pour le bien commun est une valeur non négociable ». Deuxième citation : «La manière dont nous nous approchons des plus démunis et entrons en relation avec eux devient, concrètement, la mesure de notre rapport avec Dieu et avec nos frères».

N’est-ce pas témoigner de la douceur et de l’humilité de Jésus, dont le joug est léger, que de chercher à alléger le joug des humiliés et des exploités de notre monde? Sont-ils affamés? Nous devons les nourrir. Sans-abri? Les accueillir. Sans habit? Les vêtir. Enfants soldats ou au travail? Protester. Torturés? Écrire aux autorités. Vous comprenez bien que cette liste noire qui anime une multitude de militants pourrait s’allonger. Ce sera l’occasion de la compléter ensemble dans la prière…

Bien évidemment, nous ne sommes rarement en lien immédiat avec celles et ceux qui vivent ces situations, mais chacune et chacun, dans notre milieu, nous sommes appelés à témoigner de la douceur de notre Dieu en mettant «davantage de conscience et de bienveillance dans nos interactions quotidiennes»xii.

Chères sœurs, chers frères, il me semble que mes propos traduisent une excellente façon d’incarner le psaume 103. En conclusion, je vous propose de lire ensemble l’adaptation que vous avez reçue à l’entrée.

ADAPTATION DU PSAUME 103

Aime le Seigneur de tout ton être,

ô mon âme!

N’oublie ni son amour, ni son pardon.

Aime le Seigneur.

Aime-le dans le soutien que tu porcures à l’exploité.

Aime le Seigneur.

Aime-le dans l’attention que tu portes à l’humilié.

Aime le Seigneur.

Aime-le dans l’accueil que tu fais

à l’étranger.

Aime le Seigneur.

Aime-le dans l’écoute que tu accordes à celui qui réclame ton attention.

Loué soit le Seigneur

qui accomplit des actes de justice et fait droit à tous les exploités.

Loué soit le Seigneur

qui est miséricordieux, et bienveillant.

Loué soit le Seigneur

pour sa grande fidélité.

Que toute l’assemblée le dise:

Aime le Seigneur de tout ton être,

ô mon âme!

AMEN!

i Mt 11, 29

ii FF Bruce, New Illustrated Bible Dictionnary, article « Elijah »

iii ibidem

iv Antoine Nouis, commentaire sur 1 Rois 19,10

v Jean-Claude Ravet, La non-violence de l’Évangile, Revue Relations, février 2020. p. 28

vi Antoine Nouis, commentaire sur 1 Rois 19, 9-18

vii TOB intégral, note r sur 1 R 19, 9

viii p. 179

ix p. 93

x Notre foi chante, p. 34

xi Jean-Claude Ravet, op. Cit.

xii Anne-Marie Claret, Relations 806 , p. 23

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