Envoyés-es comme des agneaux au milieu des loups

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

En juin nous avons eu deux rencontres pendant lesquelles nous avons discuté du livre Grains de sel, de James Woody, pasteur de l’Église protestante unie de France. (Pour ceux et celles qui n’ont pas pu se joindre à nous, le lien ci-dessus vous permettra d’écouter une entrevue d’une trentaine de minutes pendant laquelle l’auteur parle de son livre.) Le quatrième et dernier chapitre – qui porte sur le christianisme social, la responsabilité éthique, le dialogue interreligieux et le dialogue avec l’athéisme – a soulevé beaucoup de questions parmi nous, questions qui m’habitent encore une semaine plus tard. Nous nous demandions, entre autres, quel sens donner à la mission chrétienne aujourd’hui dans notre société pluraliste, hautement sécularisée, et souvent carrément hostile au religieux en général et au christianisme en particulier. Il semble qu’à chaque semaine il y a de nouvelles allégations contre des prêtres ou des pasteurs. Les gens entendent tellement de choses aux nouvelles qu’ils ne veulent plus rien savoir. Comme quelqu’un l’a dit l’autre soir, « Comment voulez-vous dialoguer dans un tel contexte ? »

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.

Et comme pour nous répondre, Jésus nous dit ce matin : « Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » (Luc 10, 3) Cette image évoque deux dimensions de la mission des disciples de Jésus. Oui, répondre à l’appel du Christ comporte des risques. Rien à voir ici avec une spiritualité qui nous promettrait la félicité, une vie personnelle épanouie et toute en douceur. Disciples du Christ, nous avons beau être des agneaux, nous ne vivons pas dans la ouate ! Le Christ ne nous appelle pas à rentrer et à rester bien en sécurité dans notre enclos avec nos semblables. Le Christ nous envoie en avant de lui, partout où on a besoin d’une parole d’espérance, d’une main qui guérit. Le Christ nous envoie là où le monde a le plus besoin de la paix que lui seul peut donner… parmi les loups… ceux qui sèment la terreur, qui ont la force et le pouvoir de déchirer et de dévorer les plus faibles et les vulnérables. Oui, suivre le Christ nous amènera parfois sur des chemins périlleux. Mieux vaut avancer avec précaution.

« Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » Cette image évoque une autre dimension de la vie du troupeau du Christ : notre mission en est une de paix et de réconciliation. Nous sommes envoyés vivre parmi nos contemporains comme témoins du Royaume de Dieu, cette terre nouvelle annoncée par Ésaïe et inaugurée en Jésus où le loup et l’agneau habiteront ensemble (Voir par exemple Ésaïe 11, 6 et 65, 25). Ici, le Christ ne nous envoie pas chercher d’autres agneaux. Il ne nous envoie pas essayer de convertir d’autres espèces en brebis. Il nous envoie apporter sa paix, la réconciliation et la guérison dans notre monde meurtri.

Si tant de gens autour de nous ne veulent rien savoir du christianisme, n’est-ce pas parce que les agneaux du Christ se sont souvent comportés comme des prédateurs, dévorant des plus vulnérables pour satisfaire leurs « faims de loup » : leur faim d’argent, de pouvoir, de gloire, de sexe, etc. ? N’est-il pas temps que les disciples du Christ se fassent un peu plus doux… doux comme des agneaux. Et si quelqu’un ne veut rien savoir ? Fini le temps de défoncer les portes fermées. Il y a un temps pour secouer la poussière de nos sandales… car, par la grâce de Dieu, de toute façon… le Règne de Dieu est là ! Nul besoin de prendre les grands moyens.

Cela me fait penser à une autre question qui a surgit lors de notre discussion sur le christianisme social et notre responsabilité face aux crises qui menacent le monde d’aujourd’hui. L’autre soir quelqu’un s’est exclamé : « Les Québécois et les québécoises sont si généreux. On pose tellement de gestes de solidarité. Mais souvent ça paraît si insignifiant devant tant de détresse. Qu’est-ce qu’on peut faire de plus ? »

Qu’en dites-vous ? Est-il réaliste de penser que nous, petits agneaux que nous sommes, nous pouvons vraiment changer le monde ?

Le récit de la guérison de Naamân nous offre, me semble-t-il, un peu d’encouragement pour la route. Naamân, chef de l’armée syrienne, est en quelque sorte un loup, un homme qui a du pouvoir sur la vie et la mort de gens moins puissants que lui. Mais le pouvoir n’est pas tout. Naamân est un homme malade… et là, on ne parle pas d’une grippe d’homme ! Il a la lèpre… une maladie qui fait de Naamân, malgré son statut et son succès, un marginal, l’un des indésirables de la société. Tant que durera son affliction, ce guerrier ne connaîtra jamais la paix véritable, le Shalom, une vie vécue en communion avec Dieu et les autres. Et malgré tout le pouvoir et la gloire que son statut lui accorde, il est complètement impuissant pour changer quoi que ce soit à sa situation. Ce grand loup a besoin de quelques agneaux pour connaître la paix et la guérison.

Il y a bien sur les serviteurs de Naamân. Ils poussent Naamâm à suivre les directives d’Élisée qui paraissent – aux yeux de ce guerrier valeureux – futiles et grotesques pour quelqu’un de sa stature. Sans ses serviteurs, Naamân serait fort probablement rentré dans son pays aussi lépreux qu’il en est sorti.

Mais il ne faut pas oublier la fillette. C’est elle, la vraie super-héroïne de du récit. Penses-y. Au terme d’un razzia au pays d’Israël, elle est devenue la servante de la femme de Naamân. Un beau jour elle dit à sa maitresse : « Ah, si mon maître pouvait se trouver auprès du prophète qui est à Samarie ! Il le délivrerait de sa lèpre. » Oui, même de petits agneaux peuvent changer le monde en agissant tout en douceur en faveur de la paix et de la réconciliation. La vie de Naamân est transformée à tout jamais parce que cette fillette – qui n’a aucun statut ni pouvoir… elle n’a même pas de nom – elle choisit non pas la vengeance mais la réconciliation. Elle annonce la paix, le Shalom de Dieu, à son ravisseur ! Faut le faire !

Il faut le faire… car c’est à nous que Jésus dit ce matin : « Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » Ainsi soit-il. Amen.

LECTURES BIBLIQUES

2 Rois 5, 1-14

Luc 10, 1-11

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