Assez, c’est assez !

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

Le message de l’Évangile semble pas mal clair aujourd’hui, n’est-ce pas? Assez, c’est assez ! Les gens qui ont établi le lectionnaire œcuménique avaient de la suite dans les idées. La semaine dernière, Jésus a dit à ses disciples de prier pour leur pain quotidien. Et cette semaine il met en garde toute personne qui a plus… beaucoup plus… que son pain quotidien.

Cette parabole me fait penser à mes arrière-grands-parents qui ont quitté l’Europe à la fin du 19e siècle et qui se sont installés sur des terres offertes par le gouvernement canadien. Ils n’avaient pas grand-chose quand ils sont arrivés mais ils ont travaillé fort et, en faisant attention pour ne rien gaspiller. Avant que les mots « réduire, réutiliser, recycler » soient sur toutes les lèvres, mes grands-parents pratiquaient la consommation responsable. Leurs efforts ont porté fruit. Ils ont réussi non seulement à avoir leur pain quotidien… mais aussi à faire des économies, des réserves qui leur ont permis de traverser crises économiques, sécheresses, récoltes peu abondantes, revers de fortune. Pour mes grands-parents, les gens insensés étaient ceux qui ne mettaient rien de côté. C’était insensé de ne pas être prévoyant. Et j’ose croire que Jésus aurait été d’accord avec eux.

Dans la parabole de ce matin, ce n’est pas la prévoyance qui motive l’agriculteur. C’est la cupidité et l’égoïsme. Cet homme est déjà riche et ses terres apportent abondamment. Et il ne pense qu’à conserver toute cette richesse pour lui-même : « Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en bâtirai de plus grands et j’y rassemblerai tout mon blé et mes biens. »  Il ne pense pas une seconde ni aux moins fortunés, ni à Dieu, lui qui vit dans un monde où on voyait des récoltes abondantes comme un signe de la bénédiction de Dieu. Et Jésus poursuit : « Attention ! Gardez-vous de toute avidité ». On trouve le même mot grec dans la l’extrait de la lettre aux Colossiens : « cette cupidité… est une idolâtrie » (Colossiens 3, 5). Une idolâtrie nous détourne du Seigneur, nous sépare de Dieu et de sa volonté pour nous. Ce matin, Jésus nous met en garde contre tout ce qui peut briser notre relation avec Dieu… et avec d’autres. Comme pour beaucoup de choses, l’argent n’est pas problématique en soi. C’est ce que nous en faisons qui fait toute la différence. Est-ce que nos ressources constituent des murs qui nous séparent de Dieu et des autres ou servent-elles à tisser des liens solidaires ? La parabole de ce matin sert à jeter une lumière sur notre rapport à l’argent, certes, mais aussi sur nos rapports avec les autres.

C’est un détail dont on parle peu dans les commentaires… du moins dans ceux que j’ai pu consulter. Jésus raconte cette parabole en réponse à quelqu’un qui lui demande : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. » (Luc 12, 13).  Rien comme un héritage pour envenimer des chicanes de famille. Comme si l’argent pouvait, à lui tout seul, cicatriser les blessures du passé et apporter une paix durable. Notre conception de la justice est rétributive. Lorsqu’un mal est commis, quelqu’un doit payer. « Dit à mon frère de payer ce qui me revient. » Mais Jésus n’est ni avocat, ni arbitre, ni médiateur… pas dans le sens juridique du terme en tout cas. « Qui m’a établi pour être votre juge ? » Rétorque-t-il et, en ce faisant, Jésus se distancie de la justice rétributive.

Jésus n’est pas un juge qui cherche à faire payer les gens.  S’il l’avait été, il aurait certainement était plus riche… Dans une chronique publiée le 18 juillet dernier, Yves Boisvert, met en lumière « L’obscène industrie de l’action collective » dans laquelle, « trop ce n’est pas encore assez » Quand le mal est commis, il y a des avocats s’en mettent plein les poches… sans pour autant que les victimes aient gain de cause… ou qu’il y ait une véritable réparation. Et comment ne pas penser aux revendications des peuples autochtones, victimes d’abus de toutes sortes, de génocide culturel, du vol de leurs terres ancestrales. Déjà en 1986, quand l’Église Unie a présenté ses excuses aux Premières nations pour sans rôle les torts causés par le système des pensionnats, on a répondu que les excuses n’étaient qu’un premier pas, qu’il y avait encore du chemin à faire pour rétablir la relation.

On pourrait dire la même chose à chaque fois que le mal fait son œuvre et que des vies et des relations sont brisées. Il faut plus que des excuses pour passer à une véritable réconciliation. Et si la réconciliation a un coût, signer un chèque ne suffit pas. Signer un chèque, c’est relativement facile… pour les plus favorisés. En soi, signer un chèque ne m’engage à rien, ne change pas grand-chose à mon quotidien… et probablement fort peu dans la vie des autres. Pour changer vraiment le monde, il faut chercher à s’enrichir auprès de Dieu. Il faut investir non seulement de l’argent mais aussi du temps et de l’énergie créatrice pour passer des excuses à la réconciliation, pour réparer les relations brisées, pour passer du « je » au « nous ».

« Assez, c’est assez. » nous dit Jésus ce matin. « Arrêtez de courir après ce qui ne pourra jamais vous satisfaire. Abondonnez vos idôles… tout ce qui vous éloigne de Dieu. Notre vrai trésor, notre vraie richesse, c’est Dieu, notre Créateur qui nous a confié un monde débordant de richesses, assez pour que tout et tous en aient leur pain quotidien… et même au-delà. Et pour y avoir accès, nous n’avons qu’à ouvrir nos mains et nos cœurs pour l’accueillir. Et cela c’est aussi simple que de prier… Comme je le disais la semaine dernière, peu importe la forme que cela prend… prier nous fait faire un pas vers la réconciliation car prier aide à démanteler les murs qui nous séparent de Dieu. Et comme chanter c’est prier deux fois… chantons 2 fois… j’aimerais terminer en vous invitant à chanter deux fois… « Ouvre nos cœurs » NVU # 142

 

LECTURES BIBLIQUES

Colossiens 3, 1-10

Luc 12, 13-21

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