LECTURES BIBLIQUES : Psaumes 99 ; Ésaïe 45, 1-8 ; Matthieu 22, 15-22
« Est-il permis, oui ou non, de payer le tribut à César ? »
Voilà une question qui, sur le coup, semble banale. Du moins, elle s’avère plutôt quelconque dans les milieux où la paix est assurée. Or, en ces temps de tensions économiques, au temps du pouvoir des princes de ce monde, peut-être que cette question a, en fait, quelque chose de plus provocateur qu’on ne le croirait de prime abord.
Entre vous et moi, qui accepterait de participer financièrement au règne de César, symbole représentant les puissances de ce monde, ces supposés dieux de chair et de sang en quête de toute puissance ? Ce règne de César, domination d’hier et d’aujourd’hui, oblige les disciples à réfléchir à leur relation au pouvoir.
« Est-il permis, oui ou non, de payer le tribut à César ? »
C’est une question douloureuse et qui nous rappelle peut-être le début de la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis. Les citoyens canadiens – vous vous en souvenez – furent invités par leurs responsables à exercer un boycottage des produits États-Uniens afin de résister aux ambitions de César. Certaines épiceries, par exemple, ont redoré de feuilles d’érable les étiquettes des produits canadiens pour ainsi les distinguer de ceux de nos voisins du sud marqué d’un point d’exclamation.
Ne voulant pas favoriser l’économie de l’adversaire politique, ces pratiques d’identification départagent le bon du mauvais et, avec peu de subtilité, créer des clans adversaires. Cette pratique m’amena cette semaine à percevoir une drôle de parenté avec celles du temps de Jésus où ce qui était pur et associé à la foi d’Israël devait être séparé de ce qui était impur et associé aux nations et donc aux princes de ce monde.
Est-il permis, oui ou non, disciples du Seigneur, de payer le tribut à ceux et celles qui nous dominent culturellement, économiquement et probablement, même, politiquement? Audacieuse question que voici. Question qui fut par ailleurs posée à Jésus qui vivait, lui-aussi, sous la domination des princes idolâtres.
Vous l’avez peut-être remarqué, mais le récit de la controverse à propos du tribut payé à César démarre d’une bien drôle de manière. Il est mention d’une sorte d’alliance inattendue entre deux clans adverses, c’est-à-dire celui des hérodiens et des pharisiens. Tous deux cherchaient faire à tomber Jésus à partir d’un guet-apens politique et religieux pour le moins redoutable.
On peut s’étonner, oui, de cette coopération puisque hérodiens et pharisiens avaient des positions bien différentes les uns des autres en ce qui concerne le rapport entre la religion et l’État romain. Si les premiers ne voyaient pas de soucis à collaborer ouvertement avec le pouvoir romain au risque même d’empiéter sur les principes de leur foi, les seconds, eux, aspiraient à une stricte séparation entre le pur et l’impur.
Je ne sais pas si c’est votre cas, vous aussi, mais je trouve que cet guet-apens est encore drôlement d’actualité, car on nous presse de choisir entre deux positions qui nous feront assurément du mal : soit collaborer avec César et devenir traitres aux yeux des pharisiens, soit s’en faire un adversaire et devenir la cible des hérodiens de ce monde.
On serait peut-être tenté de choisir le clan de ceux qui ne lésinent pas avec leurs principes. Toutefois, la réalité risque nous rattraper, car nous sommes, comme citoyens et citoyens, dépendants vis-à-vis de César. Voilà un triste constat. Cependant, celui-ci ne devrait pas nous abattre pour autant, car il existe peut-être une voie alternative. Une voie autre qu’une division radicale entre le pur et l’impur ou encore une résignation nous menant à collaborer aux plans des puissants. Cette alternative-là, à mon sens, s’incarne dans la réponse que Jésus adresse aux pharisiens et aux hérodiens.
« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Il est possible, voyez-vous, de servir le Seigneur tout en cohabitant avec César, et ce, sans pour autant sacrifier les principes de notre foi. Quoique Jésus donne peu de détails sur cette alternative, sa réponse me rappelle drôlement le rapport qu’entretenaient les prophètes d’antan avec l’État.
Élisée, Jérémie, Ésaïe – nos ancêtres dans la foi et dont nous avons reçu les dons prophétiques – n’ont pas mené de guerre en soi contre le pouvoir, contre les Jézabel et les Manassé de ce monde. Au contraire, ils et elles ont proclamé la Parole du Seigneur afin de rectifier leur trajectoire. Le ministère de nos ancêtres qui rendaient à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu a bel et bien transformé le monde une parole à la fois. Les puissances dominatrices n’ont pas disparu pour autant, mais il arriva que des rois comme Manassé se repentirent et changèrent de cap.
Cela me porte à croire aujourd’hui qu’il est urgent de redécouvrir leurs ministères pour mieux vivre le nôtre. Dieu nous a choisi comme disciples non pas pour devenir les adversaires de César, mais pour nous engager dans les affaires de la Cité. Nous engager tout en rappelant, cela dit, que seul Dieu et maître et Seigneur, conviction qui agit comme une forme de résistance à l’idolâtrie.
Peut-être, en ce sens, devrions-nous prendre la peine de retourner dans le Premier testament pour mieux réfléchir à notre relation avec le pouvoir qui ne peut pas être pensé sans l’apport de la souveraineté de Dieu. Par le don prophétique, nous sommes appelés à discerner les conséquences de nos actions et de celles des responsables pour mieux ensuite recalibrer leur trajectoire afin qu’elle soit enlignée avec les désirs de Dieu qui est seul maître et Seigneur. Advenant leur refus, advenant leur obstination, le Seigneur disposera de leur avenir comme bon lui semble.
Frères et sœurs dans la foi, soyons donc aux aguets. Veillons et prions pour ne pas tomber dans le piège qui est posé devant nous d’une part et d’autre. Soyons vigilants et vigilantes comme le Seigneur. Nous ne sommes pas appelés à la guerre, mais à résister par le témoignage de notre foi et de notre espérance. L’assemblée des prophètes et prophétesses consiste, hier comme aujourd’hui, en cet espace d’engagement où nous pensons et préparons le monde de demain. Monde dont l’avenir, ultimement, n’appartient qu’à Dieu, et ce, peu importe les illusions des puissants de ce monde.
Amen
Auteur de l’image : Olichel de Pixabay
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