Toutes et tous sur un pied d’égalité !

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Les béatitudes… l’un des extraits bibliques les plus connus… même des gens qui n’ont jamais mis les pieds à l’église savent probablement que Jésus a dit quelque chose du genre, « Heureux, les pauvres ». Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien de neuf à découvrir dans ce passage qu’on pense bien connaître. Il y a une dizaine d’années, j’ai découvert la Bible de Chouraqui. J’aime beaucoup sa traduction des béatitudes… et particulièrement sa traduction des mots grecs makarioi et ouai. Là où on trouve « heureux » et « malheureux » dans la TOB, Chouraqui préfère « En marche ! » et « oïe » respectivement. Toute traduction est en fait une interprétation et la traduction de Chouraqui m’a dévoilé une toute nouvelle interprétation de l’Évangile d’aujourd’hui.

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.

Dans une prédication en 2017, j’ai parlé longuement de cette expression « En marche ! » dans la Bible de Chouraqui. Je ne répéterai pas tout ici mais je vous rappellerai que, d’après certains, le mot grec traduit en français par heureux ne serait pas un adjectif décrivant l’état d’âme des pauvres etc. Ce serait d’abord et avant tout une salutation, un mot d’accueil, de bienvenue. N’oubliez pas, ici nous sommes au début du ministère « grand public » de Jésus. Dans un sens, Jésus dit : « Bienvenue, vous les pauvres, les affamés ! Bienvenue, vous qui pleurez ! Embarquez avec moi ! Mettez-vous à ma suite ! En marche ! ». La foi en Jésus, ce n’est pas une affaire de sentiments… c’est un élan qui nous pousse en avant… même… et peut-être surtout… quand on croit ne pas avoir la force et le courage de faire un pas de plus.

Cette année, ma découverte a été le mot « ouai » en grec. En fait, la dernière fois que le lectionnaire a proposé les béatitudes et les malheurs selon Luc, c’était en 2007. Cette année-là, je n’avais pas regardé la Bible de Chouraqui. J’étais dans une paroisse anglophone en Gaspésie à l’époque. Alors que dire de ce mot ouai que la TOB traduit par malheureux et Chouraqui par oïe (un mot que je ne trouvais même pas dans mon dictionnaire étymologique) ? Selon ma concordance, il s’agit d’une interjection, d’une exclamation de chagrin…. pas de jugement, pas d’avertissement du style, « Attendez que votre père revienne ! ». C’est une exclamation de chagrin. Ici on dirait peut-être : « Pauvres, vous autres ! » Vous les riches, pauvres vous-autres ! C’est autre chose, n’est-ce pas ? Surtout quand on se rappelle qu’à l’époque de Jésus, beaucoup de gens voyez la prospérité était un signe de la bénédiction divine… et la pauvreté, une malédiction, une punition. Bon… je le sais. C’est encore le cas chez certains, aujourd’hui. Ne venons-nous pas d’entendre que « Dieu rétribue chacun d’après sa conduite » (Jérémie 17, 10). Pourtant, la traduction de Chouraqui met vraiment autre chose en lumière. Alors si vous me le permettez, à la lumière de mes découvertes, j’aimerais partager ma propre traduction et interprétation libres de l’Évangile de ce matin :

Jésus passe une nuit à l’écart, en haut de la montagne, pour prier. Le jour venu, parmi ses disciples, il choisit 12 apôtres et il descend de la montagne avec eux. Une foule l’attend. Tout le monde veut l’entendre, veut se laisser toucher par lui dans l’espoir de voir sa vie transformée à tout jamais. Sa Parole et ses gestes sont si puissants. Jésus s’arrête sur un endroit plat – tout le monde est sur un pied d’égalité : juifs, non-juifs, gens du coin ou de passage. Tout le monde est sur un pied d’égalité. Alors, Jésus lève les yeux sur tous ces disciples et il dit : « En marche, vous les pauvres ! Vous n’avez besoin de rien d’autre que l’envie d’avancer vers une vie nouvelle pour vous mettre à ma suite. Vous qui avez faim ou soif de quelque chose… peut-être même sans pouvoir le nommer explicitement… En marche ! Tout ce que vous avez pu goûter de bon jusqu’à présent n’est qu’un avant-goût de tout ce que je veux vous offrir. Et vous qui pleurez, en marche ! Prenez votre courage et votre foi en moi à deux mains. Non, la foi n’est pas une voie de contournement. C’est un chemin à travers la souffrance. Appuyez-vous sur moi. Un pas à la foi… vous allez voir, votre peine, votre angoisse, votre anxiété, votre souffrance, votre deuil, n’auront pas le dernier mot. Dieu se tiendra près de vous dans toutes vos souffrances et essuiera vos larmes. Encore un peu de temps et je vais vous en faire la démonstration moi-même. Et vous, même si on se moque de vous, qu’on vous intimide ou qu’on vous persécute parce que vous croyez en moi, ne pensez pas que vous avez eu tort de mettre votre foi en moi. En marche ! Persévérez ! Chaque fois que vous vous tenez debout, les bras grands-ouverts en solidarité avec les plus petits et les plus vulnérables de vos frères et sœurs comme moi je vais vous montrer à le faire, vous faites un pas de plus vers le Royaume de Dieu, un monde de paix, de justice et de vie abondante pour la création tout entière.

Mais vous les riches, pauvres vous-autres! Vous êtes tellement encombrés par vos bébelles et vos cossins que vous ne voyez mêmes pas que vous n’avancez à rien. Vous vous accrochez tellement à ce que vous avez… mais la « sécurité » que ça vous donne, ce n’est qu’une illusion. De grâce, lâcher donc prise. Ouvrez les mains. Partagez vos richesses, vos ressources et là vous pourrez avancer vers plus de vie, plus de liberté. Et vous les repus, pauvres vous autres! Vous croyez n’avoir besoin ni de rien ni de personne. Ce ne sera pas long, vous aurez à nouveau faim. Ce que j’ai à vous offrir, vous sustenterait éternellement, si vous aviez encore de la place pour un peu de pain et de vin. Pauvres vous-autres, vous qui riez maintenant et pensez que c’est un signe que Dieu vous bénit. Vous serez encore plus triste quand un malheur arrivera parce que vous vous croirez abandonnés de tous… même de Dieu. Et vous qui vous épuisez à courir après la performance, la perfection, la reconnaissance, la renommée, pauvres vous autres! Ne le savez-vous pas? Le vrai bonheur ne se trouve pas dans l’accomplissement aux yeux du monde mais dans la fidélité à Dieu. Ce que la grâce de Dieu fait fructifier, c’est la capacité d’aimer et de servir les autres en toutes circonstances. Bientôt vous le verrez : que vous soyez couronnés de succès… ou d’épines… Dieu est avec vous! Sa bénédiction est sur vous beau temps, mauvais temps, pour sa plus grande gloire et la transformation du monde.

Écoutez-moi bien… toutes et tous sont sur un pied d’égalité… que vous soyez aujourd’hui riches ou pauvres, comblés ou affamés, dans la joie ou dans la tristesse. Par la grâce de Dieu et dans la puissance de l’Esprit, tout le monde peut faire un pas de plus vers le Royaume de Dieu. Et ça commence dès maintenant pour vous qui entendez cette Parole. Awaye ! En marche ! Amen! »

LECTURES BIBLIQUES

Jérémie 17, 5-10

Psaume 1

Luc 6, 17-26

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