Que puis-je te donner ?

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

« Demande ! Que puis-je te donner? » dit le Seigneur. « Demande! » Il y en a qui hésitent à demander quoi que ce soit, particulièrement pour eux-mêmes. C’est égoïste, non? De toute façon, Dieu sait déjà ce qu’on va demander, n’est-ce pas ? (Psaume 139, 4) Comment comprendre ce « Que puis-je te donner? » Notre Père céleste, n’est quand même pas le Père Noël à qui on envoie une liste d’idées-cadeaux… parce qu’on a été très très sage cette année. Ça ne marche pas de même, la prière, on le sait.

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.

« Demande! Que puis-je te donner ? » Très bonne question. À plusieurs titres. Dans l’une de ses prédications, Marc Pernot, pasteur de l’Église protestante unie de France affirme que : « Cette question est essentielle car elle nous permet de mieux nous connaître nous-mêmes. Qu’est-ce que je cherche vraiment, en réalité, dans la vie ? Qu’est-ce qui est pour moi le plus grand bien ? Il est utile pour nous de chercher à répondre à cette question honnêtement, pour, peut-être, nous recentrer un peu sur quelque chose qui en vaille la peine. Cette question ‘Que demanderais-je à Dieu ?’ nous permet de savoir quel dieu nous adorons en réalité. » Peut-être que Dieu invite Solomon à formuler une demande afin de permettre à ce dernier de clarifier sa propre pensée, sa propre théologie, et de se positionner ainsi face à don Dieu.

Un jour, il y bien des années maintenant, je suis allée rendre visite à une paroissienne qui fréquentait occasionnellement ma paroisse et dont la sœur – un pillier de la communauté – venait de décéder. La dame m’a accueillie en me disant, « Et pis, toutes tes belles prières, ça donne quoi, ça? Moi, quand j’avais 5 ans, j’ai prié pour avoir un tricycle rouge… je ne l’ai jamais eu. Depuis ce temps-là [c’est-à-dire environ depuis environ 65 ans] je ne crois plus à la prière. » Histoire vraie… qui en dit long sur le dieu qu’elle n’adorait plus, le Dieu à qui elle ne demande plus rien… car elle a coupé la communication. Demander, c’est dialoguer. C’est entretenir une relation. « Demande! » dit le Seigneur.

Que demandrais-je à Dieu? Bonne question pour nous, individuellement et collectivement. (En passsant, avez-vous déjà remarqué le lien entre les prières personnelles et collectives – comme le psaume 130 que nous avons prié comme acte de repentance et annonce de la grâce tout à l’heure, par exemple ? Une prière à l’origine personnelle devient une célébration communautaire de la foi, de la confiance en Dieu, illustrant bien que si la prière est au départ individuelle, elle n’est pas censée rester privée. Combien de fois avons-nous loué le Seigneur d’avoir exaucé la prière d’une sœur, d’un frère? Combien de fois, lors d’un culte ou d’un moment de ressourcement, les prières spontanées nous ont-elles touchés, inspirés, édifiés?) Que demanderais-je à Dieu ? Bonne question pour nous individuellement et collectivement à l’aube d’une nouvelle année pastorale. Que demanderais-je, que demanderiez-vous pour nous comme communauté de foi au cours de la prochaine année. Et je n’ai pas oublié que l’un d’entre vous a déjà demandé qu’on ait un atelier biblique sur le thème : « Dieu est-il interventionniste ? » Il me semble que ce nos lectures bibliques de ce matin nous donnent une bonne entrée en matière en nous offrant plusieurs pistes de réflexion.

Selon l’extrait du premier livre des Rois que nous venons d’entendre, il ne semble pas y avoir de doute : Dieu entend nos prières. Pourtant, son action dans nos vies, l’intervention divine, n’est pas restrainte aux limites des prières que nous arrivons à formuler à haute voix ou dans le silence de nos cœurs. Dieu veut et peut faire « infiniment au-delà de ce que nous pouvons demander et imaginer » (Éphésiens 3, 20). C’est bien ce que Solomon découvre. Dieu lui donne ce qu’il a demandé et infiniment plus… parce qu’il plut à Dieu que Solomon demande infiniment plus qu’un tricycle rouge… c’est-à-dire ce qui lui aurait fait plaisir personnellement. La prière formulée par Solomon, c’est une prière pour le bien du plus grand nombre. L’un de mes mentors disait que quand on prie pour ce qu’il y a de mieux pour toutes les personnes concernées – et moi j’ajouterais aujourd’hui, ainsi que pour la création – Dieu nous exauce toujours… pas toujours selon les échéanciers qu’on se fixe ou sous la forme qu’on avait imaginé mais Dieu entend nos prières et nous répond, par sa grande fidélité envers son peuple.

Solomon reconnaît que c’est par la fidélilté du Seigneur, et non la force des armées ou l’efficacité des stratégies humaines, qu’il est devenu roi. Solomon a l’humilité de reonnaitre que d’autres ont marché dans les voies du Seigneur avant lui, qu’il poursuit ce que son père avait commencé. Solomon reconnaît qu’être roi est à la fois un don et une responsabilité. Dieu lui a confié son peuple… et Solomon a la responsabilité de gouverner en discernant entre le bien et le mal. Et finalement, Solomon a l’humilité de reconnaître qu’il n’est pas autosuffisant. Il est jeune, il manque d’expérience, de sagesse et sans l’aide de Dieu, qui pourrait accomplir cette tâche colossale ? Solomon demande à Dieu de lui donner un cœur qui a l’entendement pour gouverner et pour discerner le bien du mal… ce que Solomon demande en fait, c’est que Dieu habite son cœur, n’est-ce pas? Et Dieu exauce sa prière et fait infiniment plus que ce que Solomon a demandé.

Et même avant que nous l’ayons demandé, Dieu est venu combler ce désir de nos cœur, ce désir qui en vaille vraiment la peine parce qu’elle nous recentre sur l’essentiel, sur la Vie. Avant même que nous l’ayons demandé, Dieu est venu combler ce désir en s’offrant à nous en Jésus Christ; qui habite en nos cœurs par la foi afin que nous soyons comblés jusqu’à recevoir la vie de plénitude qui est la volonté de Dieu pour la création toute entière.

Voilà, me semble-t-il, le sens de l’extrait de l’Évangile de ce matin. « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle… . Car ma chair est vraie nourriture, et mon sang vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Et comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mangera vivra par moi. » (Jean 6, 54-57).

Impossible d’entendre ces versets sans penser à la célébration de la Sainte Cène. Et sans doute Jean le voulait-il ainsi. Mais dans ces versets, Jean nous parle-t-il uniquement des quelques minutes par mois que nous passons autour de la table de communion? Je crois que non. Dans les commentaires sur ce passage, il y en a un qui suggère que dans le grec ancien, lorsqu’on parlait de la chair de quelqu’un, on parlait de toute sa personne. Donc, manger la chair de Jésus signifierait incorporer en nous toute la personne du Christ. Aussi, faut-il faire beaucoup plus qu’admirer Jésus de loin. Il faut non seulement étudier son enseignement et contempler son exemple. Il faut aussi le laisser pénétrer au plus profond de nous afin que toutes nos cellules, tous nos neurones, chacun de nos gestes… toute notre vie quoi… en soit imbibés. C’est par le Christ qui habite en nous cœurs que Dieu peut faire infinement plus que nous pouvons demander ou même imaginer. C’est par le Christ qui habite en nous que Dieu exaucera nos prières personnnelles et collectives pour le plus grand bien… de la création toute entière. Demande !

Alors revenons à la case de départ. Que demandez-vous à l’aube d’une nouvelle année pastorale pour notre communauté de foi ? Qu’est-ce que je demande ? Je demande que, selon la richesse de sa gloire, Dieu fortifie notre être intérieur par la puissance de son Esprit, et que le Christ habite dans nos cœurs par la foi. Je demande que nous soyons enracinés et solidement établis dans l’amour, pour être capables de comprendre, avec l’ensemble du peuple de Dieu, combien l’amour du Christ est large et long, haut et profond. Oui, puissions-nous connaître son amour — bien qu’il surpasse toute connaissance — afin d’être comblés jusqu’à recevoir toute la plénitude de Dieu. Amen.

19 août 2018 – Le 13e dimanche après la Pentecôte – Église Unie Saint-Pierre

 

LECTURES BIBLIQUES

1 Rois 3, 3-14
Psaume 130
Éphésiens 3, 16-21
Jean 6, 51-58

 

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