Plutôt être qu’avoir

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La veuve qui ouvre la main pour déposer quelques pièces de monnaie destinées à plus pauvre qu’elle est un tableau bien émouvant. Elle ne remet pas seulement son superflu, elle donne son « essentiel », ce qui lui est nécessaire même pour vivre.

Une femme humble sans doute, avec un cœur aux dimensions du monde. Cette femme, comme d’autres personnes qui nous entourent, ne possédait rien en propre; le peu qu’elle possédait, elle était prête à l’offrir ou à le partager.

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.

C’est un pur bonheur que de rencontrer de telles personnes sur le chemin de nos vies. Quelle inspiration chaque fois pour chacun-e d’entre nous! Et je crois vraiment que nous n’avons qu’à ouvrir les yeux et qu’à regarder autour de nous pour en trouver. Pas seulement de grands mécènes. Des petites gens au grand cœur, il y en a partout. Comme la veuve de l’évangile de Marc…

Et ce que (Marc) veut mettre en relief ici, écrit le théologien montréalais Pierre Bougie, c’est la différence entre les scribes vaniteux, cupides et hypocrites, tout en haut de l’échelle sociale, et la veuve croyante, humble, détachée de ses faibles ressources et donnant en toute simplicité. Elle a une intention droite dans son offrande pour Dieu.

Cette femme est un peu comme Ruth qui refuse de quitter Noémi, sa belle-mère, et qui est prête à lui offrir plus que sa bonté envers elle, qui est prête à lui dévouer aussi sa propre vie. N’insiste pas, lui avait-elle dit tout juste avant l’épisode que nous venons de lire, pour que je t’abandonne et que je retourne chez moi. Là où tu iras, j’irai; là où tu t’installeras, je m’installerai. Ton peuple sera mon peuple; ton Dieu sera mon Dieu. (Ruth 1, 16)

Cette veuve donc représente aussi, en quelque sorte, symboliquement Jésus lui-même. Ce Jésus, en effet, dont l’auteur de la lettre aux Hébreux parle avec tant d’admiration. Ce Jésus qui est le grand-prêtre parfait. C’est un contraste avec l’opinion du peuple sur les grands-prêtres et leur famille qui étaient stigmatisés comme souillant la Maison de Dieu. De la même façon que la veuve se démarque des scribes qui dévorent justement le bien des veuves et affectent de prier longuement, (idem) Jésus se démarque des prêtres, des scribes et des docteurs de la Loi de son époque.

Par une mort d’homme, le Christ a été aussi loin qu’on peut dans le sacrifice pour Dieu et pour les hommes, ses frères. Il a tout donné, pourrions-nous dire, en rapprochant son geste de celui de la veuve de l’évangile du jour. La mort, c’est le comble des souffrances. Le Christ ne peut pas faire plus, comme l’écrit aussi Bougie. Ses contemporains, eux, ont tout demandé au peuple plutôt que tout lui donner.

Par ce que Jésus a été pour son peuple, la foi chrétienne ne nous interpelle donc pas sur l’avoir, mais sur l’être. L’évangile de Jésus-Christ ne nous demande pas, non plus, de faire bien des choses. L’évangile est un appel pressant à être plus, à devenir ce que nous sommes vraiment : des icônes de la présence aimante, miséricordieuse et compatissante de Dieu dans le monde, dans le monde d’aujourd’hui, dans notre monde.

Notre entourage, notre voisinage, nos collègues, nos parents, nos amis devraient pouvoir ressentir à notre contact quelque chose de la tendresse de Dieu à leur égard. Ils devraient sentir que nous sommes et serons toujours là pour eux. Patients à les attendre. Stables malgré leurs débordements. Fidèles malgré leurs écarts. Comme le père qui scrutait l’horizon chaque jour en espérant le retour de l’enfant prodigue. Comme le bon pasteur parti à la recherche de la brebis égarée quelque part en montagne… pour la prendre dans ses bras et la soigner, si nécessaire.

Par l’histoire de Ruth si attachée à sa belle-mère Noémi, par la pauvre veuve si détachée de ses biens pour que d’autres puissent en profiter, les écrits bibliques offerts à notre réflexion aujourd’hui nous invitent à mettre de la vie dans notre propre vie, pour que la vie déborde auprès des autres et que l’espoir d’un monde nouveau puisse surgir, encore et toujours, dans notre monde en désarroi. Pour que les dépendances et les faux paradis, pour que le suicide et le cynisme, pour que les inégalités et l’injustice ne soient jamais les vainqueurs dans notre monde. Par ce que nous sommes, bien plus que par ce que nous avons ou par ce que nous faisons, le Royaume de Dieu annoncé dans l’évangile devrait prendre sa place dans le monde, dans notre monde transformé en Jérusalem céleste, toute resplendissante, où tous seront en Dieu et Dieu en tous. Amen.

Prédication du dimanche 11 novembre 2018 à St-Pierre

LECTURES BIBLIQUES

Ruth 3, 1-5 et 4, 13-17

Marc 12, 38-44

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