L’hymne à l’amour : de la romance à la résolution de conflits

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L’amour est patient, l’amour rend service, il ne jalouse pas, ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, ne fait rien de laid, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne disparaît jamais. (1 Corinthien 13, 4-8)

Qu’ils sont beaux, qu’ils sont romantiques ces versets bibliques que nous avons chantés il y a quelques minutes. On peut comprendre pourquoi, dans certaines éditions de la Bible, on donne un sous-titre à ce chapitre de la Première lettre aux Corinthiens : L’hymne à l’amour. On peut aussi comprendre pourquoi ces versets parmi les plus lus lors de mariages chrétiens. Mais ce que l’on oublie parfois quand on lit ces versets hors contexte, c’est que cet écrit de Paul est moins un poème d’amour et plus un manuel de résolution de conflits. En fait sa lettre s’adresse non pas à un couple le jour le plus beau et le plus harmonieux de leur vie mais plutôt à une communauté divisée sur toutes sortes de questions. Qui sont les meilleurs Chrétiens, la gang de Paul ou la gang d’Apollos ? Les gens qui deviennent chrétiens devraient-ils divorcer leurs partenaires qui ne se convertissent pas ? Est-ce correct de manger de la viande sacrifiée aux idoles ou pas ? Quels sont les dons de l’Esprit les plus importants ? Comment doit-on se comporter lorsqu’on se retrouve pour partager le repas du Seigneur ? Les Corinthiens étaient aussi divisés sur ces questions que nous pouvons l’être sur la question de la vaccination obligatoire, des mesures sanitaires, de la notion de racisme systémique… et j’en passe. Peu importe l’époque, peu importe la question, il y aura toujours des différences d’opinion et des conflits. Et oui, même dans l’Église. Le Nouveau Testament est plein d’exemples où Jésus, Paul et bien d’autres sont au cœur de conflits… la plupart du temps avec d’autres croyants de leur époque. Il me semble que la marque d’une communauté chrétienne n’est pas l’absence de conflits mais plutôt la manière de gérer et de résoudre les conflits.

Que faire ? Comment venir à bout de ces divisions ? Par l’amour. L’amour n’escamote pas les différences et les différends. L’amour les désamorce en nous permettant de les voir sous un jour nouveau… le jour du Seigneur… quand tout sera accompli.

Selon l’Évangile de Jean (19, 30), la dernière chose que Jésus dit sur la croix c’est « Tout est accompli ». Le but, l’objectif éternel de Dieu est atteint. En Jésus Dieu est avec nous dans la vie, dans la mort et dans la vie au-delà de la mort. L’accomplissement est la communion avec Dieu… le jour où nous verrons Dieu face à face et le connaîtrons comme nous sommes connus. (1 Corinthiens 13, 12).

Mais à présent, nous voyons Dieu comme dans un miroir. Nous voyons des reflets de Dieu, des représentations de Dieu. À présent, notre connaissance est limitée. Et tant mieux ! Pour aller plus loin, n’avons-nous pas besoin d’un Dieu plus grand que nous, qui nous dépasse, qui élargit nos horizons en nous faisant lever la tête ?

Heureusement que Dieu nous dépasse ! Autrement, Dieu cesserait d’être Dieu. Dieu serait une idole faite à notre image, selon nos goûts et nos préférences, notre vision des choses et du monde. À présent, nous voyons partiellement. Notre connaissance est limitée.

Et l’Évangile de ce matin illustre bien ce qui peut arriver quand nous sommes confrontés à quelqu’un qui a une autre vision de Dieu et de sa volonté pour le monde. Jésus revient à Nazareth où il a grandi. Il va à la synagogue, lit à peine quelques versets du livre du prophète Ésaïe et sa prédication est sans doute la plus courte de toute l’histoire, une dizaine de mots en français : « Aujourd’hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez ». Hourrah ! Dieu montrera sa faveur à nous, à notre peuple. « Attendez un ti’peu », leur dit Jésus. « Votre vision de Dieu est confuse. Dieu manifestera sa faveur – son amour, sa délivrance – mais pas pour vous seulement. Vous souvenez-vous de l’histoire d’Élie et de la veuve de Serapta ? Ou l’histoire de Naaman le lépreux d’origine syrienne ? Vous rendez-vous compte ? Une femme et un lépreux syrien ! (C’est pire qu’un covidien, ça) !  Ces deux païens ont été les bénéficiaires privilégiés de la faveur, de la délivrance de Dieu alors qu’à l’époque, il y avait bien des veuves et des lépreux en Israël. » Pour un peuple qui n’accorde aucune autorité aux femmes, qui a une vision nationaliste de Dieu et qui voit la lèpre comme une punition de Dieu… cela en a été trop. La foule se lève jette Jésus en dehors de la ville et cherche à le faire mourir. Pas facile de nous faire dire en pleine face que nous ne savons pas… du moins pas complètement… de quoi nous parlons. Pourtant, le monde serait si différent si tout le monde se rappelait qu’à présent, notre connaissance est limitée. Ce que nous croyons voir clairement, n’est qu’un reflet partiel, confus, de la réalité. La vraie réalité d’une personne ou d’une situation est ce qu’elle est sous le regard de l’amour de Dieu.

L’amour dont on parle ici, c’est plus qu’une affaire d’affection, de sentiments. Aimer, c’est une décision, un choix qu’on fait… et qu’on refait… au jour le jour. Aimer c’est choisir la confiance. C’est choisir le bien commun avant son intérêt propre. C’est perdre sa vie actuelle et choisir une vie nouvelle. Aimer, c’est reconnaitre la part de vérité chez celui ou celle qui voit Dieu et le monde différemment. Aimer, c’est savoir écouter… moins pour convaincre les autres de notre point de vue que pour se remettre en question, pour se rappeler que notre connaissance est limitée.

Ce matin, je me pose beaucoup de questions. Si on avait reconnu plus tôt la part de vérité des peuples autochtones, que de drames qu’on aurait peut-être pu éviter ! Et si on les écoutait vraiment aujourd’hui, est-ce que cela nous aiderait à repenser notre rapport à la Terre-Mère ? Cinq ans après l’attentat à la grande mosquée de Québec, qu’est-ce qui m’échappe parce que je ne connais pas très bien mes voisins musulmans ? Est-ce que j’ai vraiment écouté les gens qui ne partagent pas mon point de vue sur la vaccination ou les mesures sanitaires ? Honnêtement, plus souvent qu’autrement, je les évite… quand je ne les fuis pas carrément. Ce n’est pas l’attitude la plus aimante… du moins si on prend Jésus comme exemple à suivre.

Jésus ne fuit pas. C’est l’amour qui le fait passer au milieu de tous ces gens qui lui sont hostiles… sans les narguer, sans leur crier des bêtises. Il ne tourne pas le dos aux foules qui voient les choses différemment. Dans ce face-à-face, le Royaume est proche. Il est au milieu d’eux… présent et visible pour qui lève les yeux plutôt que le poing. Regardez bien Jésus. Une autre façon de faire, d’être, de vivre dans le monde est humainement possible et accessible à qui choisit l’amour. L’amour change tout. Par la grâce de Dieu, il viendra à bout des plus violents conflits ainsi que des pires divisions. Et tout sera accompli. Amen.

LECTURES BIBLIQUES

Luc 4, 22-30

1 Corinthiens 13, 8-13

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