«Je vous donnerai un cœur de chair» (Éz.36, 26)

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La nuit, tous les chats sont gris… Ils sont tous semblables en quelque sorte…, sans différence notable… La nuit, tous les chats sont gris, si bien qu’on ne les différencie pas l’un de l’autre… La nuit, c’est donc le bon moment choisi par Nicodème pour aller rejoindre Jésus sans soulever des questions ou des reproches chez ses frères pharisiens.

Mais qui est Nicodème ? D’abord précisons que Nicodème est nommé seulement dans le quatrième évangile et il apparaît dans trois épisodes répartis entre le début et la fin de l’ouvrage aux chapitres 3, 7 et 19. Ces trois interventions espacées dans le temps nous permettent de voir son cheminement de foi vis-à-vis Jésus à partir de sa visite nocturne jusqu’à la réclamation de sa dépouille et son ensevelissement en passant par la prise de sa défense au conseil des pharisiens.

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.

Nicodème était un pharisien membre du Sanhédrin, l’un des 71 sages experts en Loi Juive. Un personnage important. L’évangéliste le nomme d’ailleurs «chef des Juifs» (3, 1) et Jésus «enseignant ou docteur d’Israël» (3, 10). Nicodème occupe donc une place de choix dans la société juive de son époque, c’est un savant qui, de par son savoir et de sa capacité à enseigner, se situe au-dessus des autres. Mais ici, il semble lâche alors qu’il cherche à se dissimuler et démuni devant le discours de Jésus.

La rencontre avec Jésus, c’est la première apparition de Nicodème dans l’évangile de Jean. L’échange est amorcé par Nicodème lui-même : «Maître, nous savons que tu es un enseignant envoyé par Dieu, car personne ne peut faire ces signes miraculeux que tu fais si Dieu n’est pas avec lui.» Nicodème en est aux premiers balbutiements dans sa recherche spirituelle. «Nous savons, dit-il, que tu es envoyé par Dieu». Nicodème ne croit pas en Jésus, il sait. Jean avait déclaré dans le chapitre précédent «Pendant que Jésus était à Jérusalem, plusieurs crurent en son nom, à la vue des miracles qu’il faisait.» (2,23)

Effectivement, dans la pensée de Jean, les miracles ne déclenchent pas la connaissance mais plutôt la foi. Dans le cadre d’un cheminement spirituel avec Jésus, le prétendu savoir de Nicodème cache en fait une grande ignorance. La foi, en effet, est d’abord et avant tout une question de relation de confiance avec Dieu et non une démarche purement intellectuelle.

Nicodème est décontenancé quand Jésus lui annonce que «si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu». Vraiment il ne comprend plus : «Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? » Nicodème ne comprend pas de quoi parle Jésus. Il reçoit son affirmation au premier degré, dirions-mous. Mais Jésus ne veut pas dire que l’homme doit sortir deux fois du ventre de sa mère. La seconde naissance vient d’en-haut par la puissance de l’Esprit-Saint. Le souffle de l’Esprit agit en l’homme, le transforme et le renouvelle. Mais Nicodème est habitué, en bon pharisien qu’il est, à la lettre plutôt qu’à l’esprit.

Pourtant il lui suffirait seulement et simplement d’ouvrir son cœur au Souffle divin. Le reste du chapitre nous indique qu’effectivement Nicodème a commencé à cheminer. Il s’est ouvert à la grâce qui lui était offerte. Au chapitre 7, nous le verrons au grand jour parmi les siens en train de défendre Jésus : «Notre loi juge-t-elle un homme avant qu’on l’ait entendu et qu’on sache ce qu’il a fait ?» Malgré le rejet de ses collègues, il n’hésite pas à prendre son parti. Après la crucifixion et la mort de Jésus au chapitre 19, Nicodème est aux côtés de Joseph d’Arimathée pour réclamer le corps du crucifié pour l’embaumer et l’ensevelir. Avec cent livres de myrrhe et d’aloès, comme s’il s’agissait de l’embaumement d’un roi !

Le cheminement spirituel de Nicodème tel que relaté dans l’évangile de Jean nous montre comment notre Dieu nous accueille tels que nous sommes, même avec notre lenteur à le suivre. Avec patience, il nous reçoit à bras ouverts et nous offre son Esprit-Saint comme une eau vive pour nous donner la guérison.

À bien des égards, nous ressemblons à Nicodème. Nous nous replions trop facilement sur nos propres vérités intouchables qui nous enferment dans un climat de rigidité et d’intolérance. Mais heureusement si, comme lui. nous nous laissons envahir par le Souffle vivant et vivifiant de l’Esprit-Saint, nous serons baignés dans les eaux vives qui ouvrent sur la vie, comme l’annonce le prophète Ézéchiel :

«Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair.» (Éz. 36, 25-26)

Un cœur de chair c’est-à-dire un cœur sensible à l’Autre parce que Dieu a imprimé en lui, en elle, des sentiments de bienveillance. Profitons de ce temps de Carême pour examiner notre cœur. Y a-t-il de la place pour l’Autre (mon conjoint, mon parent, mon enfant, mon voisin, mon collègue) ? Suis-je prêt à donner toute la place à Dieu, le Tout-Autre ? Amen.

PRÉDICATION POUR LE 2E DIMANCHE DE CARÊME A – 8 mars 2020

LECTURES BIBLIQUES

Genèse 12, 1-4a

Romains 4, 1-5 et 13-17

Jean 3, 1-17

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