Dessine-moi une bergère/mère

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

Aujourd’hui, nous célébrons à la fois la Fête des Mères et le Dimanche de la Famille chrétienne. Comme vous l’avez surement constaté, les textes qui nous sont proposés dans le lectionnaire parlent beaucoup de bergers, que ce soit le psaume 23 ou Jean 10.

Alors, me dessineriez-vous une bergère qui serait une mère également?

Pour vous y aider, remontons la machine du temps et revenons à 1870, à la genèse nord-américaine de la Fête des Mères.

Vous souvenez-vous, la Fête des Mères a commencé comme un cri de souffrance, une expression de protestation, un appel révolté et indigné qui rappelait au monde entier que les mères n’amenaient pas dans ce monde, après neuf mois de gestation, d’espoir et de rêves; elles n’amenaient donc pas des enfants dans ce monde juste pour les offrir en sacrifice aux dieux insatiables de la guerre et du sang. Le 2 juin 1870, placée entre le spectacle horrifique de la Guerre de Sécession et les bruits de bottes augurant de la guerre franco-prussienne, Julia Ward Howe s’exclamait :

Levez-vous, maintenant, femmes de ce jour ! Levez-vous, toutes celles qui ont des cœurs, que votre baptême soit celui de l’eau ou des larmes ! 

Dites fermement : « Nous ne voulons pas que les questions importantes soient tranchées par des organisations inadéquates. Nos maris ne devraient pas venir à nous, puant le carnage, pour solliciter des câlins et des éloges. Nos fils ne devraient pas nous être enlevés pour qu’on leur désapprenne tout ce que nous leur avons enseigné sur la charité, la clémence et la patience. Nous, femmes d’un pays, nous nous montrerons aussi tendres envers les femmes d’un autre pays, pour ne pas permettre à nos fils d’être entraînés à blesser les leurs. »

Du cœur de la terre dévastée, une voix monte avec la nôtre. Elle dit : « Désarmez ! Désarmez ! L’épée du meurtre n’est pas la balance de la justice. » Le sang n’efface pas plus le déshonneur que la violence n’indique la possession. Puisque les hommes ont souvent abandonné la charrue et l’enclume pour répondre aux injonctions de la guerre, que les femmes quittent désormais tout ce qui reste de leur foyer pour une grande et sincère journée de conseil.

Qu’elles se rencontrent d’abord en tant que femmes, pour pleurer et commémorer les morts.

Qu’elles s’entretiennent ensuite solennellement des moyens à mettre en place pour que la grande famille humaine puisse vivre en paix, chacune apportant en son temps l’empreinte sacrée, non de César, mais de Dieu.

Au nom des femmes et de l’humanité, je demande sérieusement qu’un congrès général de femmes de toutes nationalités puisse être nommé et se tenir à l’endroit jugé le plus opportun en fonction des objectifs et le plus tôt possible, pour promouvoir l’alliance des différentes nationalités, la résolution amicale des problèmes internationaux et les intérêts généraux et vitaux de la paix.

Nourries de ces principes, des femmes se sont interposées et ont pu imposer la paix, utilisant d’autres moyens que des armes de destruction. Cela a été le cas du Libéria. Une simple paroissienne engagée, Laymah Gbowee, puisant dans les ressources de sa foi chrétienne et dans la force de sa révolte, obtenait avec Ellen Johnson Sirleaf le prix Nobel de la paix 2011 pour avoir mobilisé et organisé les femmes au-delà des lignes de division ethniques et religieuses pour mettre fin à une longue guerre au Liberia et assurer la participation des femmes aux élections.

Elles ne sont pas toutes célèbres et elles n’ont toutes obtenues le prix Nobel de la Paix, mais des Ellen Johnson Sirleaf et des Leyman Gbowee existent partout dans le monde et par milliers. Elles sont au Congo et en Centre-Afrique, en Afghanistan et en Ukraine. Elles sont engagées dans les grandes actions comme dans les petits gestes de tous les jours. Nous les rencontrons tous les jours et nous en côtoyons, peut-être même, en ce moment, tout, tout près de nous.

Du cercle intime de votre entourage, me dessineriez-vous une bergère-mère? Ce serait une bergère-mère qui dégagerait de la puissance, de la compassion, de la tendresse et de l’amour, toutes choses que nous retrouvons dans la maternité, si du moins nous comprenons la maternité comme Mata Amritanandamayi. Mata Amritanandamayi, la figure emblématique indienne plus couramment appelée Amma (c’est à dire mère en hindi) affirme en effet : Avec la puissance de la maternité qui réside en elle, une femme peut influencer le monde entier. L’amour qui caractérise la maternité conscientisée est un amour et une compassion que l’on éprouve non seulement envers ses propres enfants, mais envers tous les êtres humains, les animaux et les plantes, les rochers et les rivières : un amour qui s’étend à tous les êtres… La maternité ne se limite pas aux femmes ayant eu un enfant; c’est un principe inhérent tant à la femme qu’à l’homme. C’est un état d’esprit. C’est l’amour, et cet amour est le souffle même de la vie. Amma ajoute que l’amour et la compassion sont les deux principes majeurs de toutes les religions.

Voici l’image de la bergère-mère que j’aimerais que vous me dessiniez. Alors, me la dessineriez-vous pleine de compassion et d’amour, de clairvoyance et de ressources ?

Les moutons de son troupeau seraient comme ses propres enfants. Ils reconnaitraient mutuellement leurs voix, tout comme certaines mères reconnaissent le cri de leur bébé au milieu d’autres bébés criards, et que nous reconnaissions très précisément le timbre vocal maternel lorsqu’il commençait à se faire tard et qu’il fallait abandonner l’aire de jeu, pour rentrer à la maison.

La bergère-mère inculque les principes primordiaux de charité, de clémence et de patience. Elle se préoccupe de la sécurité et du bien-être de ceux qui dépendent d’elle; allant jusqu’à se déposséder, volontairement, de ses ambitions professionnelles et mourir à ses rêves de beauté, du moins pour un moment, espérons-le, afin de pourvoir aux besoins de la progéniture.

Il se peut que vous me dessiniez une bergère-mère qui commence à avoir des traits familiers, sauf que votre maman, la mère de vos enfants ou votre amie X, Y, Z n’était peut-être pas barbue.

Quoi? Il y aurait réellement des femmes barbues? Vraiment? Autres que Conchita Wurtz, celle qui vient de remporter l’Eurovision 2014 pour l’Autriche en renaissant, comme le Phénix, de ses cendres?

Moi, je pensais à une représentation picturale qui serait une combinaison de Jésus (que j’imagine barbu… peut-être comme la plupart d’entre vous) et de ma maman, Margot.

En cette Fête des Mères, dans cette église du Vieux-Québec, en ce dimanche 11 mai 2014, célébrons toutes les mères-bergères. Et particulièrement, celles qui, en ce moment même, vivent dans l’angoisse et adressent au monde entier un appel, un cri : une protestation pour la vie et une plaidoirie plus actuelles que jamais.

Michelle, Michelle Robinson Obama, vient d’ailleurs de s’en faire l’écho lorsqu’elle a remplacé son époux, le président, lors de la traditionnelle allocution radiophonique du samedi à la nation: Nous sommes tous et toutes les mères de ces adolescentes nigérianes enlevées par Boko Haram et nous réclamons avec indignation leur libération. Assez! Assez! Assez!

C’est peut-être un cri pathétique; comment peut-il en être autrement? Mais c’est aussi et surtout un cri de ralliement, un cri d’espoir, un cri constructeur.

C’est l’Appel qui nous vient de nos jeunes.

C’est la voix du Bon Berger qui nous invite à le suivre vers les berges paisibles, où nous pouvons partager sans peur du dénuement, sachant qu’il y en a assez pour tout le monde : assez d’amour, assez de compassion, assez de respect, assez de gratitude.

Bonne fête à toutes les bergères-mères!

 

Samuel Vauvert Dansokho

Eglise Unie St-Pierre & Pinguet

Québec le 11 mai 2014

 

 

TEXTES BIBLIQUES :

 

Psaume 23 

L’Eternel est mon berger : je ne manquerai de rien.

Il me fait reposer dans de verts pâturages,

Il me dirige près des eaux paisibles.

 

Il restaure mon âme,

Il me conduit dans les sentiers de la justice,

A cause de son nom.

 

Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort,

Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi:

Ta houlette et ton bâton me rassurent

 

Tu dresses devant moi une table,

En face de mes adversaires;

Tu oins d’huile ma tête,

Et ma coupe déborde.

 

Oui, le bonheur et la grâce m’accompagneront

Tous les jours de ma vie,

Et j’habiterai dans la maison de l’Eternel

Jusqu’à la fin de mes jours.

 

 

Jean 10 : 1-18

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre pas par la porte dans l’enclos des brebis mais qui escalade par un autre côté, celui-là est un voleur et un brigand. 2Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. 3Celui qui garde la porte lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix ; les brebis qui lui appartiennent, il les appelle, chacune par son nom, et il les emmène dehors. 4Lorsqu’il les a toutes fait sortir, il marche à leur tête, et elles le suivent parce qu’elles connaissent sa voix. 5Jamais elles ne suivront un étranger ; bien plus, elles le fuiront parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers. » 6Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas la portée de ce qu’il disait. 7Jésus reprit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. 8Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands, mais les brebis ne les ont pas écoutés. 9Je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, il ira et viendra et trouvera de quoi se nourrir. 10Le voleur ne se présente que pour voler, pour tuer et pour perdre ; moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance.   11« Je suis le bon berger : le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis. 12Le mercenaire, qui n’est pas vraiment un berger et à qui les brebis n’appartiennent pas, voit-il venir le loup, il abandonne les brebis et prend la fuite ; et le loup s’en empare et les disperse. 13C’est qu’il est mercenaire et que peu lui importent les brebis. 14Je suis le bon berger, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, 15comme mon Père me connaît et que je connais mon Père ; et je me dessaisis de ma vie pour les brebis. 16J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos et celles-là aussi, il faut que je les mène ; elles écouteront ma voix et il y aura un seul troupeau et un seul berger. 17Le Père m’aime parce que je donne ma vie, pour ensuite la recevoir à nouveau. 18Personne ne me l’enlève, mais je la donne de moi-même ; j’ai le pouvoir de la donner et j’ai le pouvoir de la recevoir à nouveau : tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père. »

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