Des sarments hydroponiques

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

« Je ne vous appelle plus serviteurs; … je vous appelle amis » (v. 15). Amis-es de Jésus, que votre joie soit parfaite – c’est-à-dire, pleine, débordante. Soyez complètement dans la joie. Nous ne sommes pas des esclaves (une traduction plus proche du mot grec) d’un maître implacable mais les intimes d’un ami fidèle et tendre. Fondamentalement, la vie chrétienne n’est pas un ensemble de règles à suivre mais une relation à vivre. Une relation profonde et intime avec Celui qui nous a choisis. Méditons là-dessus un instant. Toi, tu as été choisi-e. Ici, rien à voir avec l’amitié des réseaux sociaux, ces amis qu’on peut se faire… ou se défaire… en un simple clic et qui ne nous obligent ni ne nous engagent pas à grand chose. Être choisi par Jésus, c’est être chéri de Jésus. Qui est chéri – qui se sait et se sent aimé profondément – sa joie est abondante, débordante même. Une telle amitié nous fait rayonner atour de nous, n’est-ce pas ? (À l’époque où je suis revenue à la foi, quand j’ai renoué mon amitié avec Jésus, je donnais des cours de conversation anglaise. À l’école où pour laquelle je travaillais, il y avait une règle explicite : dans nos cours, on pouvait parler de tout… sauf la politique et la religion. Donc, je ne parlais pas de ce que je vivais au plan spirituel. Mais un jour, dans un groupe auquel j’enseignais depuis plusieurs mois, l’un de mes étudiants me regarde et me dit, « Coudonc, es-tu amoureuse ou quoi ?!!) Qu’il en soit ainsi pour nous toutes et tous aujourd’hui. Que le fait d’être choisis de Jésus nous rende tellement joyeux que ça se lit dans notre face… à tel point que les gens autour de nous se demandent ce que avons… pour la gloire de Dieu et la transformation du monde.

« Ce qui glorifie mon Père, c’est que vous portiez du fruit en abondance et que vous soyez pour moi des disciples. » (v. 8) Voilà une verset biblique qui, pris hors contexte, pourrait provoquer une crise d’angoisse chez certains. Je veux être l’un des disciples de Jésus. Je veux que ma vie de disciple glorifie Dieu. Mais je ne suis pas certaine de porter du fruit en abondance. Je regarde autour de moi et il me semble qu’il y bien du monde dont la vie est beaucoup plus fructueuse que la mienne. Est-ce que je porte mon lot de fruit? Et en tant que communauté, portons-nous du fruit en abondance ?

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.

Amis-es de Jésus, n’ayons pas peur. Soyons dans la joie. Jésus nous dit : « tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il en porte davantage encore. Déjà vous êtes émondés par la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi comme je demeure en vous ! » (v. 2-4)

Et là, avant d’aller plus loin, laissez-moi faire quelques remarques avant que ce verset déclenche une crise de foi chez les gens qui, tout comme moi, refusent de croire que seuls les sarments rattachés à Jésus peuvent porter du fruit. Aujourd’hui les biblistes sont presque tous d’accord pour dire qu’ici Jean ne cherchait pas à mettre les non-chrétiens en garde. Il faisait parler Jésus à une communauté chrétienne, encore majoritairement juives, à une époque où elle subissait d’énormes pressions. La menace constante de l’oppression romaine ainsi que le risque grandissant de l’exclusion de la synagogue amenaient certains à se demander s’ils avaient fait le bon choix en adhérent aux Christ. Dans un tel contexte, ce « Je suis la vraie vigne, demeurez en moi » sonne différemment. Jean veut rassurer ses lecteurs : « Ne lâchez pas ! Accrochez-vous ! Votre choix n’a pas été en vain. Jésus est une véritable source de vie. Demeurez en lui et votre vie sera fructueuse. En Jésus, même vos douleurs, vos souffrances, votre mort (votre émondage) seront fécondes, porteuse de fruit, c’est à dire de vie nouvelle. Cette promesse, Jésus la scellera de sa propre vie, sa mort et sa résurrection. »

Revenons maintenant à nos fruits. Que dire de nos fruits justement ? D’abord, reconnaissons que le fruit, c’est ce qui vient naturellement, spontanément. On ne s’attend pas à ce que les sarments de la vigne portent des pommes ou des poires. Et naturellement, spontanément, sur le lot, il y aura des fruits « moches ». Les écarter d’emblée, c’est gaspiller une abondance de bons fruits. Ensuite, oui, Jésus nous dit qu’en demeurant en lui, nous produirons du fruit en abondance. Mais il ne nous dit pas qu’il s’attend à une croissance sans limite, sans répit, sans merci. (Dans notre cours nous avons un grand pommier qui produit énormément de pommes… une année sur deux). Un plant qui produit du fruit en abondance est un plant en santé. De même notre vie est féconde quand elle est saine et équilibrée, fortifiée et bien irriguée par l’amour qui, par la grâce de Dieu et dans l’Esprit, circule librement et abondamment entre le Père, le Fils et nous. « Demeurez en moi comme je demeure en vous. Comme le Père m’a aimé, moi aussi, je vous ai aimés. Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Demeurer en Jésus comme il est en nous, c’est s’imbiber de l’Amour de Dieu émanant du Christ.

Mais attention, Jésus parle d’un amour qui est plus qu’un sentiment. C’est un acte de don de soi, capable de dépasser les sentiments même les plus contradictoires qui peuvent nous assaillir. C’est un amour qui nous pousse à nous indigner de l’injustice, à gueuler contre l’iniquité et à monter aux barricades pour lutter contre l’exploitation des plus vulnérables, à choisir librement la simplicité, la solidarité et la mutualité volontaires comme Jésus lui-même l’a fait. Aimer à la manière de Jésus engage toute notre personne.

Le baptême est le signe de cet engagement. L’engagement de Dieu qui, en Jésus, nous aime et nous choisit le premier… et notre engagement à nous plonger pleinement dans cet amour de sorte que nos paroles et nos actes en soient empreints. On le voit dans l’extrait des Actes de ce matin, l’Esprit agit en nous avant notre baptême. Mais la communauté chrétienne est une culture hydroponique. Nous prospérons dans les eaux du baptême. Il y a quelque chose de fort, de structurant, d’édifiant dans le fait de célébrer publiquement l’amour de Dieu en nous et entre nous et, en réponse à cet amour, de s’engager publiquement à y demeurer… par la grâce de Dieu et avec le soutien de nos frères et sœurs. S’engager publiquement, c’est reconnaître que la relation que nous célébrons est à la fois don et responsabilité. Elle ne nous appartient pas. Elle est plus grande que nous. Elle nous dépasse. Les fruits sont si abondants qu’on ne peut que les partager…autant qu’on peut compter sur les autres pour nous soutenir dans notre croissance. La vie chrétienne n’est pas une affaire privée, c’est une affaire communautaire, des relations d’amour et de soutien mutuels. Rien de magique là-dedans. Cela ne crée pas ce qui n’existait pas. Non, pas de magie… mais plein de mystère, par contre. Le baptême, c’est moins une réalité à saisir, à comprendre avec sa tête et plus une expérience à vivre au niveau du cœur, en notre fort intérieur. Cela ne veut pourtant pas dire qu’il ne laisse pas de trace. Par pure grâce, non seulement l’amour de Dieu qui est nôtre en Jésus Christ se lit sur notre visage… il parfume une abondance de fruit pour la gloire de Dieu et la transformation du monde. Ainsi soit-il. Amen.

6 mai 2018 – 6 Pâques B18 – Église Unie Saint-Pierre

 

LECTURES BIBLIQUES

Actes 10, 44-48

Jean 15, 1-17

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