Dans l’absence, discerner ta présence

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

Elles ont vécu une terrible épreuve : de la désinformation (fake news!) de fausses accusations, l’arrestation non-fondée, la torture et la mise au tombeau de celui en qui elles avaient mis leur confiance, leur espérance pour un monde de paix, de justice, de solidarité et de non-violence. Assurément, elles sont ébranlées, sonnées, complètement bouleversées.  Rien à faire. Mais elles veulent voir…

Arrivées au tombeau, la terre tremble… ce qui leur arrive ébranle non seulement leur vie, mais la terre entière. Un « ange du Seigneur », un messager, rayonnant de la lumière divine, roule la pierre et invitent les femmes à aller voir… qu’il n’y rien à voir. Le messager ne fait que révéler ce que Dieu a déjà accompli : Jésus n’est plus là !

La résurrection, c’est d’abord l’expérience du vide, du rien. C’est l’expérience de l’absence ! Résistons à la tentation de sauter des étapes. Restons près des deux Marie un instant. Demeurons avec elles, devant ce vide. C’est en fait, comme elles, face au vide que nous nous trouvons régulièrement dans nos vies, n’est-ce pas?  Devant l’absence… Si on est en recherche… c’est parce qu’il y a quelque chose qui nous manque, n’est-ce pas…

Je suis frappée par la réaction des deux Marie. Face à l’absence, elles sont remplies de crainte… et de joie. Leur crainte n’est pas celle des gardes qui sont comme morts… paralysés de peur. Ce n’est pas pareille chez les femmes. Le messager les rappelle la promesse de Jésus : « Il est ressuscité, comme il l’avait dit. » Cette parole est le prisme qui permet aux femmes de voir autrement leur expérience de l’absence. Elles sont remplies de crainte et de joie. N’est-pas souvent la crainte, qui monte en nous quand nous avons le sentiment de vivre quelque chose de très grand… de beaucoup plus grand que nous… quelque chose qui ne peut être que l’œuvre de Dieu ? Et la joie, c’est ce qui nous donne des ailes… nous propulse en avant… malgré toutes les raisons que nous avons d’être paralysés de peur. La crainte et la joie qui cohabitent. Voilà quelque chose qui m’oriente souvent dans le discernement.

Je me souviens de la première fois qu’on m’a demandé si j’aimerais prêcher un dimanche. Sans hésiter une seconde, j’ai répondu « OUI ! ». Et d’un même souffle…. dans mon cœur… je me disais… « Woah… que c’est que je viens de dire là! »  Le jour venu… j’étais remplie de joie… et de crainte. La terre tremblait tellement sous mes pieds que je m’agrippais au lutrin.  C’est comme ça quand Dieu commence à jouer avec les plaques tectoniques de notre vie pour refaire notre monde, n’est-ce pas ? En toute première instance, c’est au niveau des trippes que ça se joue.

C’était comme ça pour les deux Marie le premier dimanche de Pâques. Elles n’ont pas de preuves. Elles n’ont qu’un feeling : la crainte et une grande joie qui cohabitent. Pas de certitudes. C’est plus de l’ordre l’intuition, l’intuition que l’ange dit vrai, que Jésus avait dit vrai

Une intuition, un feeling, le sentiment qu’on est en train de vivre quelque chose de plus grand que nous. Ce n’est pas beaucoup. Mais c’est suffisant.

C’est suffisant pour transformer une vie… même celle des plus craintifs des disciples. Regardez Pierre, par exemple. Ou écoutez-le plutôt. Celui qui avait renié Jésus trois fois se transforme en prédicateur. Il proclame haut et fort la vérité qu’il discerne dans la vie, la mort et la résurrection du Christ. Sur le coup, cela ne devait pas avoir l’air si significatif. Pierre était certainement loin de se douter qu’un jour une Église à Québec porterait son nom. Tout a commencé par une prise de conscience qui, dans le discernement, a résonné comme une vérité indéniable.  Une intuition, un feeling… ce n’est pas beaucoup. Pourtant, c’est suffisant pour reprendre pied… même quand on est complètement ébranlés… même quand la terre tremble sous nos pieds.  C’est suffisant pour nous donner assez d’élan pour faire quelques pas de plus. Même si nous ne sommes pas certains de ce que nous allons trouver… ou plutôt qui va venir nous trouver chemin faisant.

Avez-vous remarqué? Les deux Marie ne cherchaient pas le Christ. C’est lui qui prend les devants et va à leur rencontre. C’est lui qui prend l’initiative, pas elles… pas nous. Et il ne dit pas : « Tout est sous contrôle. Pas de trouble! » Il dit tout simplement : « Je vous salue. Soyez sans crainte. Allez dire à mes frères de se rendre en Galilée, car c’est là où ils me verront. »  Point. Allez. Retournez chez vous, dans votre patelin. C’est dans votre quotidien que vous discernerez ma présence.

Cette rencontre et le message que Jésus leur donne à transmettre ne rajoutent rien à ce qu’elles savent déjà. C’est une confirmation. Peut-être un encouragement ? C’est l’occasion d’exprimer cette joie que la crainte ne peut pas taire, cette joie qui sera décuplée dans l’acte d’adoration.

C’est ça qui change tout. C’est dans l’adoration qu’on finit par discerner dans l’absence du Crucifié la Présence du Ressuscité. Qu’il en soit ainsi pour nous et pour nos frères et sœurs de par le monde qui sont rassemblés pour adorer le Ressuscité en ce jour de Pâques. Que la grande joie que nous éprouvons à nous retrouver ici l’emporte sur les craintes qui nous habitent. Et que cette grande joie nous donne un nouvel élan pour faire quelques pas de plus à la suite de celui qu’on adore, le Prince de paix. Amen.

 

LECTURES BIBLIQUES

Matthieu 28, 1-10

Actes 10, 34-43

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