Ça suffit ! C’est assez !

Église Unie St-Pierre et Pinguet https://www.stpierrepinguet.org/wp

La connaissez-vous, Hagar? Celle qu’on ne veut pas voir? Celle qu’on ne peut pas sentir? Celle qui représente une menace pour notre statut, notre sécurité? Hagar est une esclave et servante égyptienne dans la maison d’Abraham. Elle n’a ni statut, ni pouvoir. Elle est une travailleuse migrante agricole domestique, qui, pour des miettes fait le travail que d’autres ne veulent pas faire et qui est accusée par la suite de voler nos jobs. Elle est la mère monoparentale a qui on dit que si on augmentait le salaire minimum ce serait la catastrophe non seulement pour son employeur mais pour l’économie du pays entier. Elle est la handicapée qui se fait couper son aide sociale parce que ses parents veulent lui laisser un petit héritage pour assurer son avenir. Elle est le médecin venu d’ailleurs qui ne peut mettre à notre service son savoir et qui contribue à notre société en devant chauffeur de taxi. La femme voilée qui est perçue comme celle qui trahit la cause de toutes les féministes. Elle est l’adolescente tassée et intimidée qui préférerait mourir. C’est assez! Ça suffit!

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.

Elle n’est pas parfaite. Elle a ses défauts, ses insécurités, ses propres préjugés, ses oeillères. Son orgueil aussi. Quand elle apprend qu’elle aura ce que Sarah désire plus que tout, un fils, un héritier pour Abraham (ce qui améliora considérablement son statut social et son sort à elle) Hagar ne fait pas preuve de compassion ou de solidarité féminine. Le texte biblique nous dit que « quand elle se vit enceinte elle regarda sa maitresse avec mépris » (Genèse 16, 5). Bon d’accord, ça ne justifie pas que Sarah maltraite Hagar au point où celle-ci finit par s’enfuir (v. 6)… mais quand même…

Isaac est né et Sarah… qui un jour a ri d’incrédulité en entendant que Dieu lui donnerait un fils dans sa vieillesse… rit maintenant de joie. Elle se réjouit de la réalisation de la promesse. Mais tout de même… quand elle voit Ismaël, le fils de Hagar, s’amuser (ce qui pourrait aussi bien se traduire par rire ou se moquer) un jour de fête familiale Sarah ne rit plus! C’est assez! Ça suffit! Ismaël est l’aîné. Abraham l’aime. La fils de sa servante pourrait hériter de tout. Qu’est-ce qui resterait pour Isaac? N’est-ce pas vrai que la quasi-totalité des chicanes de ménages et des guerres ont, à leur source, une seule et même cause, la peur de ne pas en avoir assez… de jobs, de ressources, de respect, de pouvoir, d’amour ? Si d’autres en ont… il y en a moins pour moi et / ou pour les miens. Du moins, c’est souvent comme ça que les choses sont ressenties.

« Awaye! DEHORS! », ordonne Sarah. Abraham… et même Dieu la laisse faire! Hagar et Ismaël se ramassent donc dans la rue…euh… dans le dessert. Sans protection, sans ressources… À bout de forces, à bout d’espoir… Hagar ne veut pas regarder mourir son fils. Elle crie. Elle pleure. Elle supplie « Seigneur… NON! Fais pas ça! Assez! Ça suffit! On dirait que le psaume 86 a été écrit pour elle… comme pour tout parent impuissant devant la souffrance de son enfant… pour toute victime d’injustice sociale… sans autres ressources, sans autre recours. Et je cite : « Seigneur, tends l’oreille, réponds-moi, car je suis un malheureux et un pauvre. Seigneur, toi qui es bon et qui pardonnes, riche en fidélité pour tous ceux qui t’appellent, prête l’oreille à ma prière, SEIGNEUR ! […] Dieu! des orgueilleux m’ont attaqué et une ligue de tyrans en veut à ma vie ; […] Mais toi, Seigneur, Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté, tourne-toi vers moi ; aie pitié de moi, donne ta force à ton serviteur et sauve le fils de ta servante. Agis avec éclat en ma faveur, alors mes ennemis seront confondus en voyant que toi, SEIGNEUR, tu me secours et me consoles. » Fin de la citation.

Je relis cette histoire de Hagar pour la énième fois et comme à chaque fois, elle me laisse avec une tonne de questions. Comment ne pas être en colère contre Abraham qui est maître chez lui mais qui ne fait rien pour protéger sa compagne Hagar et même son propre fils, Ismaël ? Comment ne pas être en colère contre Dieu qui laisse aller les choses ? Pourquoi Dieu permet de telles injustices quand sa volonté, c’est que les deux fils d’Abraham et leurs enfants aient la vie en abondance? Et honnêtement, le texte ne fournit pas de réponses à mes questions. Ce qu’offre le texte, c’est une occasion à saisir à pleines mains : l’occasion de nous laisser toucher, de nous laisser émouvoir, de nous indigner; l’occasion d’être saisis de compassion – littéralement de « souffrir avec » tous ceux et celles qui souffrent autour de nous… l’immigré, la victime d’intimidation, les méprisés, les laissés pour compte. Parce qu’il n’y a rien comme la compassion pour apaiser nos peurs… ces peurs qui nous habitent et nous font douter de l’amour des autres et de l’amour de Dieu à notre égard. Ces peurs qui nous font, à notre tour, d’une manière ou d’une autre, manquer de respect sinon maltraiter nos frères et sœurs…. parce qu’en quelque part, au plus profond de nous, nous doutons de la promesse qu’il y en a assez… d’espace… de ressources… de respect… d’amour pour tout le monde.

C’est ce que ce récit nous offre de plus précieux me semble-t-il : une illustration de l’amour et de la providence sans bornes de notre Dieu envers nous… fils et filles tous descendants d’Abraham. Que Dieu établisse son alliance avec Isaac ne l’empêche pas de bénir Ismaël et de lui donner à lui et à sa descendance la vie en abondance. Que notre foi, notre confiance en cette promesse, nous aide à stopper la violence que nos peurs suscitent en nous. Et quand les circonstances de la vie font en sorte que nous errions comme dans un désert, sans ressources et sans recours; aveuglés par notre désarroi et notre détresse, que le Seigneur ouvre nos yeux, par sa grâce. Qu’il nous donne de voir qu’une source intarissable de bénédictions est à notre portée. Peu importe ce que nous avons fait ou omis de faire; quoi que ce soit que nous ayons subi ou dont nous ayons manqué, Dieu en a pour nous et pour tous. Sa générosité est bien plus que suffisante, elle est la vie en abondance. Grâces soient rendues à Dieu. Amen.

Par Darla Sloan

25 juin 2017 – 3 Pentecôte A17 – Église Unie Saint-Pierre et Pinguet

 

LECTURES BIBLIQUES

Genèse 21, 5-21

Psaume 86

 

Un commentaire

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *