Une communauté chrétienne protestante et inclusive

Recevoir pour mieux redistribuer

LECTURES BIBLIQUES: Matthieu 6, 27-34 ; Exode 16 1-3, 11-15Psaume 78

« Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui et qui demain sera jetée au feu, dit Jésus à ses disciples peut-être dubitatifs, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi? »

Quelqu’un du groupe de la Parole sur le pouce ce vendredi a fait un commentaire tout à fait légitime vis-à-vis de cette parole de Jésus. Il a souligné avec raison que celle-ci pouvait être bien plus difficile à recevoir qu’on ne le pense de prime abord. Difficile, en effet, de ne pas froncer les sourcils en entendant cette parole de Jésus alors que nos soucis ne cessent de s’accroître.

Voyez-vous, le Québec – tout comme l’Église et les autres collectivités – traverse une ère d’incertitude pouvant générer une anxiété généralisée. Une des angoisses les plus mentionnées en ce moment consiste en celle qui a trait à l’économie nous permettant de nous procurer ce dont nous avons de besoin pour vivre. Économie qui, d’ailleurs, se retrouve au cœur même des enjeux électoraux. Les soucis de l’économie québécoise sont sans cesse aux lèvres des aspirants chefs comme si elle déterminait entièrement notre devenir. Sans me prononcer sur cette obsession de l’argent, force est d’admettre que plusieurs s’inquiètent avec raison du lendemain et du surlendemain. Le stress, la peur, la précarité sous toutes ses formes font désormais partie de notre quotidien.

Nous pourrions, près de chez nous, donner l’exemple du stress occasionné par les états financiers de nos différentes communautés de foi.

Économie qui est, d’ailleurs, au coeur même de ce temps des élections au Québec. Les soucis financier sont sans cesse aux lèvres des aspirants leaders comme si l’économie déterminait entièrement de notre devenir. Vous n’êtes probablement pas sans savoir que le début du mois de septembre correspondait à la finalisation de la paperasse et de l’envoi de formulaires pour recevoir un support financier. Ce temps d’épreuve – car cela en est bien un – nous rappelle une fois de plus la fragilité de nos ministères qui comptent sur la générosité des autres.

Pourtant, malgré tous les signes et les prophéties de mauvais augures, le Seigneur n’en a pas fini avec nous. Pour s’en faire une idée, il importe peut-être de nous souvenir. Nous souvenir du passé et tirer des leçons de celui-ci, car la précarité et l’anxiété ne sont pas des faits nouveaux dans l’histoire de l’humanité ou de l’Église. Nous sommes tous et toutes fragilisées par la précarité tout comme le furent nos ancêtres dans le désert ou encore les premiers disciples qui marchaient sur les routes brûlantes, muni d’un seul bâton, d’une seule tunique.

Et pourtant! Et pourtant, tous ces récits, tous ces écrits prophétiques et épistolaires, les poèmes, les livres de sagesse tout comme les Évangiles et même… les rapports annuels de nos communautés font état de la grâce du Seigneur qui veille sur nous. La grâce qui est donnée dans la gratuité d’un moment aussi inattendu que merveilleux. Les bons soins du Seigneur se révèlent, voyez-vous, dans le pain qui nous est donné de manger quand on a faim, dans l’oreiller qui reçoit notre tête quand nous sommes fatigués, cette oreille qui écoute notre peine, la piécette déposée comme offrande quand tout semble perdu. Toutes ces expériences passées et actuelles me portent à croire que tout concourt au bien de ceux et celles qui s’attachent à leur rocher, leur maître et Seigneur.

Une telle sagesse biblique d’hier et d’aujourd’hui se révèle entre-autre dans l’invitation de Jésus à ses disciples. Une invitation, cela dit, aussi étonnante que mobilisatrice.

« Il sait bien, votre Père céleste, que vous avez besoin de toutes ces choses [comme les vêtements, le repos, la nourriture ou la sécurité], dit Jésus avant de renchérir. Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu et tout cela vous sera donné par surcroît. »

Voyez-vous, l’humanité, dans toute sa fragilité, a non-seulement été témoin des signes de la grâce au cours de son histoire, mais elle a aussi été invité à y participer. En recherchant le Royaume et la justice, en œuvrant dans le prisme de la foi, tous deviennent des agents actifs dans la réponse à leurs propres besoins et celui de son prochain.

À ce propos, Antoine Nouïs mentionnait dans son commentaire de l’Évangile que la foi s’inscrit avant toute chose dans le registre de la confiance. L’enjeu même de la vie chrétienne, selon-lui, consiste à apprendre à ouvrir ses deux mains, à passer de la logique de la conservation à celle de l’offrande pour le bien de tous et de toutes. Sage remarque que celle-ci et qui fait écho, par ailleurs, non seulement à l’expérience de la grâce de Dieu au cours de l’histoire sainte, mais aussi de notre appel comme disciples aujourd’hui.

En recherchant le Royaume et la justice, nous participons à l’élaboration de relations justes ainsi qu’une redistribution des biens dont nous avons tous et toutes besoin. Bien entendu, cela n’enlève pas notre angoisse présente qui est réelle et légitime. Pourtant, dans ce mouvement paradoxal de la grâce qui agit pour nous et à travers nous, nous participons à l’œuvre providentielle du Seigneur pour nous et pour l’ensemble du monde.

Frères et sœurs dans le Christ, l’Esprit nous invite à garder nos mains ouvertes pour non seulement être disposés à recevoir le pain du Seigneur, mais aussi le redistribuer dans un même geste de gratuité. Dieu nous couvre de bénédictions et il ne reste qu’à œuvrer dans la foi afin que le pain prenne forme et qu’il soit ensuite redistribué au monde et aux vivants.

Grâce soit rendu à Dieu pour cette offrande qui nous est donnée et que nous redistribuons dans un même geste d’amour et de gratuité.

Amen

Image : Par Leejoann de Pixabay

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