LECTURES BIBLIQUES : Psaume 103 ; Romains 14, 1-12 ; Matthieu 18, 21-35
Nous aurons des comptes à rendre, tous autant que nous sommes. Les Écritures de ce jour nous le rappellent explicitement : Ainsi, chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même […] Tous, en effet, nous comparaîtrons devant le tribunal de Dieu.1
Le jugement suscite l’inconfort, inévitablement. Le jugement divin peut être vécu comme une peur profonde, qui imprègne tout : à une époque, on s’en servait comme de carburant pour nous servir à marcher droit. Mais toujours avec des résultats très mitigés comme nous le savons d’expérience. Qui de nous dans sa vie personnelle est à la hauteur de ce qui est inscrit dans son cœur, formulés à l’intelligence dans les commandements de Dieu et les préceptes de sagesse transmis au fil des millénaires?
Face à ce malaise, on peut réagir par l’abattement, le découragement, la démission. À quoi bon puisque je ne serai jamais à la hauteur… Je ne suis pas capable. On peut aussi aller à l’autre extrême, dans le déni, minimiser l’idéal sacré, au nom du réalisme se construire une image de soi opportuniste, qui cherche à trouver sa sécurité en évaluant et invalidant les autres. Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère ? Et toi, pourquoi méprises-tu ton frère ?2
Notre attitude à l’égard du prochain est révélatrice de notre rapport à Dieu. L’évaluation mesquine des faiblesses d’autrui est une tentative de contrôle, en détournant le regard sur notre propre comportement fautif ou limité, une tentative de faire dévier la critique, et en pratique de s’auto-justifier. Qui es-tu pour juger un serviteur qui ne t’appartient pas ? Qu’il tienne bon ou qu’il tombe, cela regarde son propre maître. Et il tiendra bon, car le Seigneur a le pouvoir de le faire tenir.3
Ce dernier verset est une source immense de réconfort et nous ramène à la grâce de l’Évangile, qui est le contexte de tout jugement : Que chacun, en son jugement personnel, soit animé d’une pleine conviction… le fait pour le Seigneur, et il rend grâce à Dieu… En effet, aucun de nous ne vit pour soi-même et personne ne meurt pour soi-même. 8Car, si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur : soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. 4
Dieu se charge du salut de ses serviteurs. Jésus lui dit : « Je ne te dis pas [de lui pardonner] jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. »5 Pardonner à autrui comme à soi-même. La bienveillance divine est pour tous, et pour moi aussi. Nier notre valeur est aussi empoisonné que la démesure de la vanité. La vérité est que nous nous situons tous et toutes entre ces deux pôles. Ainsi, chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même.6
Par grâce nous sommes accueillis et invités à nous laisser guider par l’Esprit, pour faire épanouir nos dons et réaliser le meilleur de ce que nous sommes. Ça ne change pas tout d’un coup, mais ça transforme la vie autour de moi et en moi, un jour à la fois.
Car c’est pour être Seigneur des morts et des vivants que Christ est mort et qu’il a repris vie… Il est écrit: Aussi vrai que je vis, dit le Seigneur, tout genou fléchira devant moi et toute langue rendra gloire à Dieu… soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur7. Amen.
1 Romains 14,12.10b
2 Romains 14,10
3 Romains 14,4
4 Romains 14,5.6-8
5 Matthieu 18,22
6 Romains 14,12

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