LECTURES BIBLIQUES: Psaumes 145 ; Luc 8, 1-3 ; 1 Corinthiens 12, 4-11
Vous savez, il y a une particularité de la vie chrétienne qu’il importe de dire et redire : être disciple, c’est avant tout s’inspirer du ministère du Christ. Un ministère qui en était un, principalement, de relations. Jésus est allé sur les routes non pas seuls, mais en étant accompagnés par de nombreuses personnes.
Des femmes – et des hommes – se joignirent à lui, faisant corps avec les autres disciples tout en partageant, dit-on, leurs ressources. La vie de disciple – et il importe de se le rappeler – évolue dans une dynamique de relation à l’autre. Je dirais même qu’elle émerge dans une relation non pas seulement avec le Seigneur, mais aussi notre prochain. À ce propos de l’émergence de la vie de disciple et de l’importance que peut avoir notre prochain dans la construction de notre foi, j’ai une anecdote de jeunesse à vous partager…
Quand j’étais adolescent, je faisais comme pas mal de jeunes de mon époque et je trainais sur internet pour clavarder. Quand on se connectait sur mon site préféré, on pouvait choisir une liste de salons qui correspondaient à des thématiques et des intérêts. Moi, j’étais un fidèle des salons gaming et de philosophie, mais il y en avait un qui attirait tout le temps mon œil de gothique avec les cheveux mauves et les gros spikes aux poignets. Ce salon-là s’appelait « Jésus t’aime ».
J’aimais ça aller faire un tour dans ce salon-là, mais pas pour les raisons que vous imaginez peut-être. Je présentais des questions, des dilemmes tous plus embarrassants les uns que les autres à la prédicatrice. Ah! si vous saviez comment elle en a bavé avec moi. C’est sûr, elle arrêtait de répondre à mes provocations un moment donné et ça arrivait qu’elle fermait le salon de discussion, mais elle prenait quand même un temps avec moi pour discuter. Je ne me souviens plus de son prénom, mais force est d’admettre que cette prédicatrice n’abandonnait jamais la partie avec moi.
Pourquoi prenait-elle ce temps-là avec un p’tit troll comme moi et comme les autres qui venaient l’embêter? Vous savez, on ne prend pas nécessairement conscience sur le coup des effets de notre relation aux autres. Comme adolescent, j’étais bien loin de m’imaginer que la prédicatrice sèmerait quelque chose en moi.
Imaginez-vous donc… Près de 20 ans plus tard, voici que des fruits firent leurs apparitions dans ma vie. Sa persévérance, pour ne souligner que ce don, m’a été transmis par son exemple, un don absolument essentiel à l’exercice de mon propre ministère. Des expériences comme celle-là peuvent nous être familières. Qui d’entre nous n’a pas rencontré un jour une personne qui changea le cours de sa vie de disciple en semant en nous certains dons qui se développeraient plus tard? C’est pour dire que la vie de disciple foisonne bien souvent à l’intérieur de notre relation à l’autre qui nous façonne de l’intérieur.
Peut-être pourrions-nous y voir dans cette dynamique une certaine parenté avec celle des premières communautés chrétiennes. Dès le début, les relations entre les membres étaient particulièrement soigné par la liturgie de l’époque. Les gens partageaient le pain quotidien et contribuaient ensemble à la vie de l’Église selon leurs ressources, selon leurs bien, selon leurs dons. Néanmoins, comme nous l’apprennent les épîtres de Paul, cela ne veut pas dire pour autant que la cohabitation était facile. Dès le début, les disciples ont dû apprendre à vivre ensemble dans une pluralité de cultures, d’expériences de vie et de points de vue. Il n’y a pas à dire : la communauté de Corinthe comme bien d’autres était le théâtre d’un foisonnement tantôt harmonieux, tantôt conflictuel.
Sans entrer dans les détails du conflit qui entravait la vie de l’Église à Corinthe, il semble que Paul ait eu à coeur de rapprocher les membres. Avec persévérance, il leur rappela l’oeuvre de l’Esprit en eux et parmi eux. Une œuvre se traduisant par des dons complémentaires qui viennent souder leurs relations. L’Esprit donne ce qu’il veut pour le bien de tous : dons de prophétie… pour discerner l’avenir de la communauté, dons de sagesse… pour soutenir l’assemblée et même le don de comprendre le parler en langue… pour ainsi traduire l’expression de l’Esprit chez les uns et les autres.
Au cours des dernières années, au fur et à mesure que j’accompagne des 18-35 ans en Église, je me suis aperçu que ce n’est pas la foi qui fait défaut chez eux, mais le manque de relation. Comme moi qui étais jadis adolescent, nombre d’entre eux redécouvrent en ce moment même la valeur de la vie communautaire. Voyez-vous, à l’intérieur d’une relation, la prédicatrice du salon « Jésus t’aime » a su mettre à disposition ses talents en vue de me permettre de faire communauté. Elle avait le don de la persévérance, de répondre aux provocations et d’essayer de rassembler tous les jeunes que nous étions et qui revenaient sans cesse. À bien y penser aujourd’hui, elle a participé à l’émergence d’un don qui, sans relation et vie communautaire, avait très peu de chance de germer dans ce terreau intérieur qui était le mien.
Frères et sœurs dans le Christ, nombre de dons accordés par l’Esprit prennent racine dans la relation à l’autre. Ces dons inattendus et donnés par la grâce du Seigneur peuvent nous faire réfléchir sur notre propre vie communautaire et comment nous désirons rejoindre les autres pour semer en vue de l’avenir. À travers nous, à travers nos talents qui s’imbriquent comme des pièces de casse-tête, Dieu souhaite nous voir persévérer dans notre ministère. Nous avons toutes les clefs en main pour assurer l’avenir de notre ministère collectif, mais aussi celui du monde et des vivants.
Grâce soit rendue à Dieu pour l’oeuvre de son Esprit.
Amen
Auteur de l’image : NoName_13 de Pixabay

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