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LECTURES BIBLIQUES: Ésaïe 42, 1-10Matthieu 3, 13-17

Voilà une expression qu’on entend au théâtre, avant qu’un acteur entre sur scène. Un peu de la même manière, le texte d’Ésaïe que nous venons de lire met en scène le serviteur de Dieu. Toutefois, à la différence des acteurs de nos théâtres, le serviteur n’a pas besoin d’être éclairé parce que lui-même, dit Ésaïe, « est destiné à être la lumière des nations » (v. 6).

Et voilà que ce serviteur entre en scène au baptême de Jean-Baptiste, scène que nous pourrions résumer par le premier verset du passage d’Ésaïe que nous venons de lire: « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu que j’ai moi-même en faveur, j’ai mis mon Esprit sur lui ». Ce texte d’Ésaïe est le premier d’une série de quatre qui sont appelés « chants du Serviteur »i. Les commentaires notent que d’un chant à l’autre, le mépris à l’égard du Serviteur s’amplifieii, comme en fait foi cet extrait du dernier et du plus connu de ces quatre chants, en Ésaïe 53: «Il était méprisé, laissé de côté par les hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, tel celui devant qui l’on cache son visage; oui, méprisé, nous ne l’estimions nullement. En fait, ce sont nos souffrances qu’il a portées, ce sont nos douleurs qu’il a supportées, et nous, nous l’estimions touché, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il était déshonoré à cause de nos révoltes, broyé à cause de nos perversités : la sanction, gage de paix pour nous, était sur lui, et dans ses plaies se trouvait notre guérison. » (Isaïe 53, 3-5).

Revenons au premier chant du Serviteur, celui que nous avons lu. Si, dans le contexte immédiat du texte d’Ésaïe, ce serviteur est sans doute Cyrus qui a permis le retour d’exil et la reconstruction du Temple, ce Saint-Cyrus comme l’a déjà appelé Paul-André; si, pour les Hébreux, ce serviteur est une figure de la nation d’Israël; pour nous chrétiens, il s’agit bien évidemment de Jésus-Christ qui, en devenant homme va réaliser le jugement de Dieu, non pas en criant (v. 2) ou en brisant le faible (v.3), mais en apportant la lumière aux nations.

C’est dans cet esprit que les premiers versets d’Ésaïe 42 sont repris presque mot pour mot, au chap. 12 de l’évangile selon Matthieu: « Voici mon serviteur que j’ai élu, mon Bien-Aimé qu’il m’a plu de choisir, je mettrai mon Esprit sur lui, et il annoncera le droit aux nations. Il ne cherchera pas de querelles, il ne poussera pas de cris, on n’entendra pas sa voix sur les places. Il ne brisera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui fume encore, jusqu’à ce qu’il ait conduit le droit à la victoire. En son nom les nations mettront leur espérance » (Mt 12, 18-21).

Vous savez comme moi que les gens des nations en ont bien besoin de la lumière de Dieu, car beaucoup vivent dans « l’univers des ombres », pour emprunter le titre d’un beau film dressant un portrait de CS Lewis, écrivain anglican et grand ami de Tolkien, l’auteur du Seigneur des anneaux. Ce titre du film fait allusion à l’univers que Lewis a créé dans ses Chroniques de Narnia et où il s’inspire entre autres de l’allégorie de la caverne de Platoniii.

Je pense justement qu’il y a un rapprochement à faire entre le « chant du Serviteur » que nous avons lu et cette allégorie où règnent les ombres. Dans cette caverne, les humains, privés de la lumière du soleil, ne voient pas la réalité des choses, mais leurs ombres seulement. Ces ombres symbolisent les fausses valeurs chargées de prestige social auxquelles les gens s’enchaînent. Elles sont une image de l’emprise des idées reçues et des préjugés sur celles et ceux qui ne vivent que pour l’agréable, le plaisir et l’avantageux, sans se soucier de ce que nous appelons aujourd’hui le bien commun et le vivre-ensemble. Platon se sert de cette allégorie pour critiquer la corruption générale des riches et des puissants de son temps qui ont fini par pervertir la démocratie grecque. Malgré 2 400 ans d’écart entre cet écrit et nous, admettez qu’avec l’émergence de l’autoritarisme, même en démocratie, il y a de quoi se reconnaître!

Voilà pour l’état des choses. Mais où Platon veut-il en venir? Il utilise son allégorie pour ensuite dépeindre son Athènes idéale, gouvernée comme il fallait s’y attendre de sa part par un roi-philosophe. Mais que se passerait-il si cet être gouvernait? « Ne le tueront-ils pas ? », dit Platon. Nous voyons là une ressemblance frappante avec le sort du Serviteur d’Ésaïe.

Et voilà que dans notre texte de l’évangile de Matthieu, nous sommes pour une première fois en présence de Jésus adulte, « venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean pour se faire baptiser par lui ».

Décidément, je suis dû pour vous parler de Jean-Baptiste. Vous vous souvenez peut-être que lors du dernier culte que j’ai animé, on le retrouvait en prison et doutant que Jésus soit vraiment le Messie. Dans ce texte d’évangile d’aujourd’hui, on le retrouve ayant de la difficulté à obéir, parce qu’il ne comprend pas. Il faut dire qu’en cela, nous lui ressemblons pas mal. Ce qui trouble Jean-Baptiste, c’est que Celui dont il disait deux versets plus tôt « je ne suis pas digne de lui oter ses sandales : lui il vous baptisera dans l’Esprit Saint » vienne lui demander le baptême.

Ce qui me frappe dans ce passage, c’est d’abord la simplicité des mots. À Jésus qui dit à Jean-Baptiste « laisse faire maintenant », Matthieu dit de ce dernier « alors, il le laissa faire ». Dans cette scène du baptême de Jésus, qui est en quelque sorte le récit de son intronisation comme serviteur, nous sommes en présence de deux humbles.

D’abord, nous avons Jean-Baptiste qui en disant « c’est moi qui a besoin d’être baptisé par toi » affirme que, bien qu’il prêche le baptême de repentance, il a lui-même besoin de se repentir. C’est parce que Jésus décèle cette humilité chez son cousin qu’il vient à lui.

Et que dire de Jésus qui, comme le note Antoine Nouis, « malgré qu’Il soit sans péché, se propose comme humble candidat au baptême de Jean-Baptiste. Nous sommes devant un grand principe de l’Évangile, c’est le plus humble à qui l’héritage est promis ». Et il ajoute que « pour Jésus, se faire baptiser est une mort à toute prétention propre, à toute volonté autonome, pour n’être que serviteur ».

Devant ces portrraits de serviteurs de Dieu que nous venons de rencontrer en Ésaïe, chez Jean-Baptiste et chez Jésus, je crois bien que nous avons l’inspiration nécessaire pour mettre en pratique cette exhortation de Saint-Paul : « Soyez bien d’accord entre vous; n’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble » (Ro 12, 16)

AMEN

i 42:1-9, 49:1-7, 50:4-11 et 52:13 – 53:12

iii Clive Staples Lewis, Le Fauteuil d’argent, tome 6 du Monde de Narnia, 1953.

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