Une communauté chrétienne protestante et inclusive

Préparons le chemin du Seigneur

LECTURES BIBLIQUES : Ésaïe 11, 1-10 ; Matthieu 3, 1-11

Qui entend la voix du Seigneur et choisit de marcher dans ses voies vivra des déplacements. Tout d’abord dans son cour cœur. « Convertissez-vous ! Le Règne des cieux s’est approché ! » (Matthieu 3, 2). Le mot grec traduit par le verbe se convertir en français signifie « changer son esprit, son cœur…se repentir ». Un mot qui signifie aussi un retour à Dieu et à sa volonté pour nos vies et pour le monde. Laisser Dieu, par sa grâce, changer nos cœurs, pour changer le monde. Se convertir, donc, c’est un changement qui s’opère de prime abord au niveau du cœur, le siège de nos décisions, de nos choix. D’abord, il faut choisir la foi, la confiance en Dieu. Dieu ne s’impose pas. Pas de manipulation, ni de coercition, ni d’intimidation… juste une invitation à avancer dans la confiance. « Convertissez-vous ! Le Règne des cieux s’est approché ! » Le règne des cieux n’est pas encore arrivé… du moins pas pleinement… mais il s’est approché… à distance de marche peut-être. Préparez le chemin du Seigneur, le chemin qui conduit à la vie au-delà de tout ce que nous avons connu jusqu’à présent.

Ça prend quand même du courage. Même quand on a la conviction de faire des choix qui conduiront à un avenir meilleur, tout changement est source de stresse, d’anxiété et d’incertitude. Voilà pourquoi il est toujours plus sécurisant d’être bien accompagné quand on est en déplacement. Avec l’aide de Dieu et de nos compagnons et compagnes de route, on peut arriver à faire le travail qui s’impose pour surmonter nos blocages, tout ce qui peut nous paralyser partiellement ou totalement chemin faisant : nos peurs, nos doutes, notre manque de confiance – en nous, en Dieu – notre cynisme, notre défaitisme… et j’en passe. Dieu soit loué pour cette voix persistante qui crie dans nos déserts : « Convertissez-vous ! Le Règne des cieux s’est approché ! » Ouvrons nos cœurs au changement ! Faisons les choix qui s’imposent pour avancer sur le chemin du Seigneur… qui ne déçoit jamais. Oui, il y a des situations où on a l’impression d’être plutôt… sinon totalement… impuissants. Mais même dans de telles situations, il y a souvent certains choix que nous pouvons faire pour mieux traverser les épreuves. « Convertissez-vous ! Le Règne des cieux s’est approché ! »

Si cette voix se fait d’abord sentir dans le cœur de chacun et chacune de nous, comme un appel très personnel à croire à la promesse d’un avenir meilleur, une vie nouvelle, au-delà de ce que nous pouvons demander ou même imaginer (Éphésiens 3, 20), elle ouvre sur le monde. La vie spirituelle n’est pas une affaire purement individuelle, privée. Elle n’est pas non plus pour un groupe sélect qui se considère comme les seuls héritiers légitimes des promesses faites à Abraham et à sa descendance. Après tout, Dieu a promis qu’à travers la descendance d’Abraham toutes les nations de la terre seraient bénies (Genèse 22, 18). Toutes les nations. Le règne des cieux s’est approché pour tous les peuples.

À quoi ressemble ce règne auquel on peut s’attendre et vers lequel on est appelés à marcher dans la confiance ? Ésaïe nous en a fait un dessin : Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. 7La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits, même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère, le jeune enfant étendra la main. Il ne se fera ni mal, ni destruction sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du SEIGNEUR, comme la mer que comblent les eaux. (Ésaïe 11, 6-9)

Un monde où toutes les créatures vivent en harmonie sans perdre leur identité propre, un monde où on ne se fait plus mal, un monde où les plus vulnérables n’ont pas à avoir peur. Ce monde nous est offert. Pas de manipulation, ni de coercition, ni d’intimidation… juste une invitation… à faire les choix qui s’imposent pour y accéder.

Pour que l’agneau choisisse de vivre avec le loup, le loup doit d’abord choisir d’être végétarien1. La bonne nouvelle, c’est que c’est peut-être plus facile pour nous les humains que pour les loups de ne pas agir selon nos instincts les plus primitifs de préservation – préservation de notre propre espèce, des gens de notre tribu, de notre culture, et de faire des choix en faveur du bien commun, du vivre ensemble… alors que toutes les créatures tentent d’avancer vers ce monde à-venir qui point à l’horizon.

Depuis la nuit des temps, les peuples se déplacent et sont déplacés. J’ai mentionné Abraham tantôt. Dieu a appelé Abram à tout laisser derrière lui pour aller s’installer dans un pays qu’il ne connaissait pas (Genèse 12, 1). Jacob et ses fils, pour survivre à une famine, se rendent en Égypte (Genèse 45-46). Ruth, la grand-mère de Jessé, était une immigrante moabite sans ressources quand elle est arrivée en Judée. Plus tard, sous les menaces du roi Hérode, Joseph et Marie, sont obligés de fuir en Égypte pour sauver la vie à et l’Enfant-Jésus – celui que la communauté chrétienne voit comme le rejeton sorti de la racine de Jessé dont parlait Ésaïe (à l’époque où les Assyriens avaient déporté une bonne partie de la population d’Israël). Dans toutes ces histoires, c’est l’accueil qu’on a fait – à une personne, à une famille – qui change tout… qui change le monde, en fait.

À bien des égards, ces figures bibliques ne sont pas si différentes de nos ancêtres qui sont arrivés au Québec et au Canada, fuyant souvent la famine, la précarité, la persécution (religieuse ou autre) en quête de justice, de paix, d’un avenir meilleur pour eux et pour leurs enfants. Et eux n’étaient pas si différents des gens qui sont arrivés plus récemment ou de ceux qui viendront un jour nous rejoindre sur le chemin dans l’espoir d’avancer à nos côtés vers ce royaume de paix et de vie abondante.

L’Institut de la statistique du Québec estime que d’ici 2050, la population de la région de la Capitale-Nationale accroitra de 21 pour cent, principalement par l’immigration de personnes en provenance de l’Afrique francophone. Des compatriotes de gens que nous connaissons déjà et qui sont de multiples façons une bénédiction pour notre Église et pour la société québécoise au sens large. Ce sont nos voisins, nos ami-e-s, nos collègues de travail, nos frères et sœurs dans la foi… qui ont parfois besoin un coup de main pour naviguer le sentier sur lequel ils avancent. Car qui lit ou écoute les nouvelles le constate : le chemin de l’immigration est tout sauf droit !

J’entends beaucoup d’histoires de personnes immigrantes depuis que je travaille Pour MCM (Montreal City Mission ) à Québec. Alors que beaucoup d’organismes communautaires diminuent leurs activités ou ferment carrément leurs portes, en octobre dernier, MCM a ouvert une succursale de sa clinique juridique Solutions justes à Québec, quelques mois à peine après la fermeture du bureau de l’aide juridique en immigration dans notre région. Depuis le premier jour, le téléphone ne dérougit pas. À tel point que, notre deuxième priorité, après l’accompagnement des individus et des familles, est de solliciter des dons afin d’engager d’autres intervenants juridiques. Beaucoup d’Églises et d’organismes communautaires offrent de l’aide (fournissant nourriture, vêtements, articles pour la maison, conseils et soutien de toutes sortes). Toutefois, tous ne sont pas outillées pour de l’accompagnement juridique. MCM offre un service essentiel et complémentaire à l’aide déjà disponible. Parallèlement, en ma capacité de liaison communautaire, je vais à la rencontre de partenaires potentiels afin de développer d’autres initiatives qui favoriseront le vivre ensemble, des initiatives qui permettront aux loups et aux agneaux, aux léopards et aux chevreaux, aux veaux et aux lionceaux de mieux se connaitre tout en avançant tous ensemble, un pas à la fois, vers le royaume à-venir qui point à l’horizon.

Comment ne pas penser à Saint-Pierre qui, par le passé a défendu la cause de Mohamed Cherfi jusqu’à son retour au Canada. De plus, en raison de son statut de paroisse officiellement inclusive, Saint-Pierre est bien placée pour devenir un lieu d’accueil et de soutien pour des réfugiés de la communauté LGBTQ2+ . Et pourquoi pas un lieu pour des cercles de parole et d’études bibliques sur des questions qui touchent l’immigration et le vivre ensemble ? Que choisirons-nous de faire ensemble ?

Il ne faut jamais sous-estimer l’impact de nos gestes sur nos vies et sur le monde. Il est vrai que nos efforts risquent de nous déplacer… mais par la grâce de Dieu, nous continueront toutes et tous ensemble à avancer vers le royaume qui s’est approché. Pas de manipulation, ni de coercition, ni d’intimidation… juste une invitation… à faire les choix qui s’imposent pour y accéder. Ouvrons nos cœurs, convertissons-nous ! Préparons le chemin du Seigneur. Amen.

1 Voir The Wolf Shall Lie Down with the Lamb, E. Law, Chalice Press, 1993

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