LECTURES BIBLIQUES: Actes 17,22-31 ; 1 Pierre 3,13-18 ; Jean 14,15-21
En ce dimanche de la fête des mères, convention sympathique bien que peu liturgique, il me revient à l’esprit une expression à la fois taquine et sérieuse dont ma mère précédait ses commentaires personnels à mon égard : « Mon fils, y’a juste ta mère qui peut te dire ceci… » Elle me connaissait bien maman, elle m’avait tricoté ! Et son intuition visait juste, la vaste majorité du temps. Ma mère me disait (pour reprendre le titre d’une chanson dont les plus vieux se souviendront), la vérité que d’autres n’auraient pas osé dire, par embarras pour ne pas endommager la relation, par indifférence aux conséquences, pour préserver une apparence de paix. Toute vérité n’est pas toujours bonne à dire, affirme l’adage.
L’Esprit, ruach en hébreu, est souvent perçu comme la dimension féminine de Dieu ; sophia, la sagesse en grec, de même. En écoutant l’exhortation de la lettre de Pierre, Sanctifiez dans vos cœurs le Christ qui est Seigneur. Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte. Mais que ce soit avec douceur et respect…1, il me semble y reconnaître ma mère. Se pourrait-il que l’Esprit de vérité, ne soit pas tant l’esprit du débat autour de « vérités » dogmatiques mais de la vérité du cœur des êtres, de l’authenticité vulnérable ? Un Esprit qui nous appelle à rendre témoignage avec humilité, dans le but d’affirmer une même réalité et une convergence essentielle.
« Dès son origine, l’homme est habité par une sorte d’intuition spirituelle de soi, au niveau de la plus grande profondeur, là où il est en unité avec Dieu et avec tout. Mais, pour réelle qu’elle soit, cette intuition est enfouie dans la conscience et doit être éveillée… Les types de langage (mythes, symboles, concepts…), les voies de purification (cultes, lois, service…), les stades de civilisation et les formes doctrinales, tout prend sens à partir de 1’éveil qui amène l’intuition primitive à sa perfection d’expérience totale — celle-ci défiant toute nomination, sinon peut-être le « Je suis », où se retrouvent, comme en leur cœur commun, les traditions religieuses, spécialement biblique et hindoue…2
Le paraclet fait connaître (vivre de l’intérieur, en résonance), l’intimité l’amour divin maternel/paternel à l’égard de Jésus. Par son humanité Jésus est Christ qui nous élève à la stature cosmique, par grâce seule. Ce qui se fait par Jésus est un processus constant depuis la création du monde jusqu’à son achèvement ultime… s’il y en a un… L’homme de Nazareth incarne ce que l’humanité est appelée par Dieu à devenir.
Après des siècles, que dis-je des millénaires, de discours patriarcaux se réclamant de Dieu, pour justifier tout et son contraire, il est plus que temps de laisser la ruach/sophia animer de son souffle nos vies individuelles et collectives. Car il y a toujours davantage que ce que j’en expérimente, bien plus que ce que j’en comprends…L’écart entre ce que je perçois et ce qui est, dans toute sa plénitude, est infranchissable pour un être humain.
Un certain type d’évangélisation, aussi bien intentionnée soit-il, a glissé dans la présomption et fait de son point de vue, toujours relatif, une donnée absolue. On peut annoncer mais jamais se prendre pour seigneur. La doctrine n’est pas une fin en soi, un point d’aboutissement, mais plutôt un mouvement perpétuel pour aller de l’intuition vers la conscience, la rencontre ultime.
C’est à partir de cette dynamique spirituelle et cosmique à la fois qu’il faut entendre et interpréter les paroles et les formes (namarupa) de la doctrine. Celles-ci trouvent leur signification dans leur dépassement, jusqu’au moment où DIEU (la déité pure de celui que nous appelons Père, dans une désignation limite qui ne peut être pensée directement, mais se dévoile au cœur) sera « tout en tous ».3
Paul prend la parole avec cœur et intelligence, au service de l’Esprit. Ce que vous vénérez sans le connaître, je viens vous l’annoncer… Dieu qui a créé l’univers et tout ce qui s’y trouve, donne à tous la vie et le souffle, et tout le reste… Il a créé tous les peuples pour qu’ils le cherchent, pour le découvrir en tâtonnant, lui qui, en réalité, n’est pas loin de chacun de nous. Car c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être, comme l’ont dit certains de vos poètes : “Car nous sommes de sa race.”4
Une telle annonce ne contrait en aucune façon, ni ne dénigre, menace ou condamne. Elle honore la sincérité des démarches et la valeur des approches diverses, en cherchant la convergence des pensées et des orientations, le dénominateur commun. Ce Dieu inconnu ou inconnaissable5 ne s’impose pas par le raisonnement mais se dévoile subtilement dans la relation, dans la douceur et l’intimité d’une rencontre personnelle. Si vous m’aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements ; le Père vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours, l’Esprit de vérité, qui demeure auprès de vous et qui est en vous. Vous connaîtrez que je suis en mon Père et que vous êtes en moi et moi en vous.6 Dieu le père nous aime comme une mère. C’est ce dont témoigne Jésus et à quoi il nous fait participer par l’Esprit. Nous en reparlerons bientôt à Pentecôte. Amen.
Image: Pixabay (MariCarmennd9)
1 1 Pierre 3,15-16a
2 Ghislain LAFONT, Dieu, le temps et l’être, Paris, Cerf, 1986, p. 302s. Cité dans :
https://www.nrt.be/fr/articles/eveil-a-soi-eveil-a-dieu-dans-l-experience-spirituelle-d-henri-le-saux-140
3 Ghislain LAFONT, Dieu, le temps et l’être, Paris, Cerf, 1986, p. 302s. Cité dans :
https://www.nrt.be/fr/articles/eveil-a-soi-eveil-a-dieu-dans-l-experience-spirituelle-d-henri-le-saux-140
4 Extraits d’Actes 17,23-28
5 Actes 17,23
6 Extraits de Jean 14,15-17.20

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