LECTURES BIBLIQUES : 1 Corinthiens 1,10-15 ; Matthieu 4,12-18
La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens s’achève aujourd’hui. Un peu partout dans le monde, les différents Conseils des Églises ont organisé des tables rondes, des panels et des soirées de prière, et plusieurs Églises ont célébré des cultes en commun, comme nous avons pu le vivre dimanche dernier. Ce qui anime mouvement œcuménique, c’est le désir de combattre et de surmonter la division des Églises qui s’est accentuée au fil de l’histoire. Quand on pense division, on pense spontanément au grand schisme qui, au 11e siècle, a acté la rupture entre les Églises orientales et occidentales. On pense également, bien sûr, à la Réforme du 16e siècle en Europe qui a séparé, voire opposé jusqu’à la violence catholiques et protestants sur le continent et, en Angleterre, catholiques et anglicans. Durant les siècles qui ont suivi, ces grands mouvements eux-mêmes se sont émiettés. Les tentatives de réformer l’Église d’Angleterre ont donné naissance à l’Église méthodiste, à l’Église presbytérienne, à l’Église congrégationaliste. Sur le continent, luthériens et calvinistes se sont éloignés les uns des autres, et puis sont apparues les différentes communautés baptistes et évangéliques.
Et toutes ces Églises et mouvances se sont souvent violemment combattues.
Ceci dit, une chose me frappe : c’est que paradoxalement, ce processus de division semble avoir été généralement porté par un souci sans cesse renouvelé de purifier l’Église. On pense à la formule bien connue « l’Église réformée doit être toujours en processus de réforme ». Des raisons d’ordre géopolitique ont certes souvent joué ici un grand rôle, mais la motivation principale semble avoir été le rêve de ramener les Églises vers la pureté des origines dont elles s’éloignaient sur le plan de leur théologie, de leurs pratiques cultuelles ou de leur présence au monde.
Voilà pourquoi nous qui avons célébré l’an dernier le centenaire de la naissance de l’Église-Unie, nous qui avons témoins, en 2013, de la naissance de l’Église protestante unie de France après celle de l’Église protestante unie de Belgique en 1979, nous ne pouvons que nous réjouir de ce mouvement de convergence vers l’unité et en rendre grâce à Dieu. Ceci dit, j’observe qu’on ne parle pas, durant la Semaine de prière pour l’unité, de l’unité des Églises, mais de l’unité des chrétiens.
Il ne faudrait pas que ces grands mouvements macro institutionnels laissent dans l’ombre le principal défi des Églises : celui de l’unité au sein des communautés locales comme la nôtre. Cette unité se nourrit, bien sûr, de la sympathie que nous pouvons nous accorder les uns aux autres ou du soutien spirituel, voire du confort que nous procurent nos façons de croire et de célébrer. Mais à la base, l’unique centre d’unification et de cohésion d’une communauté locale comme la nôtre est notre commune référence au Christ et à son Évangile, et ce, quelque soit notre degré de conviction ou notre manière personnelle de vivre cette référence. Nous le proclamons au moment de la communion quand nous célébrons la Cène : « tous ceux et celles pour qui Jésus est un point de référence sont invités ». Même si nous pouvons avoir sur plusieurs plans des sensibilités et des options parfois divergentes, nous formons une unique famille de frères et de sœurs en raison de notre lien à Jésus symbolisé par notre baptême.
Les premiers chapitres des Actes de apôtres créent l’impression que la communauté primitive était une communauté idéale : « Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun », écrit Luc au chapitre 2 (verset 44) et au chapitre 4, il poursuit en disant : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme » (verset 32). Mais ce beau portrait se fragmente vite, alors qu’au chapitre 5 nous est relatée l’histoire du couple Ananias et Saphira qui fraudèrent la communauté, comme on dirait en langage d’aujourd’hui. Cette histoire est immédiatement suivie de la mention qu’au sein de la communauté de Jérusalem, les Hellénistes se plaignaient de ce que leurs veuves soient discriminées par les Hébreux dans le service quotidien (6,1).
C’est grâce à une femme, par ailleurs inconnue, Chloé, peut-être une chef d’entreprise d’import-export, que Paul a appris que la jeune communauté de Corinthe était, elle aussi, divisée. Des clans s’y étaient formés : les uns se réclamaient de Paul, qui avait jeté les bases de la communauté, d’autres se réclamaient d’Apollos qui, semble-t-il, cherchait à reformuler la foi pour qu’elle fasse écho à la culture locale, grecque, plutôt qu’avec la tradition venue du judaïsme, tradition dont se réclamaient les partisans de Céphas, c’est-à-dire Simon-Pierre. D’autres, enfin, prétendaient se tenir audessus de la mêlée en disant qu’ils ne voulaient rien savoir de ces rivalités de coqs de basse-cour et se réclamaient du Christ.
L’histoire révèle, et la sociologie explique, que ces tensions sont inévitables. La question n’est pas de savoir si on peut les combattre et les éviter, elle est de savoir comment harmoniser les différences légitimes. Car comme on le dit parfois de manière heureuse, dans une communauté, il ne s’agit pas de croire comme, mais de croire avec. Il n’y a pas qu’une manière de comprendre la foi et de la célébrer. L’unité des chrétiens ne signifie pas une Église une, mais une Église unie. C’est vrai aussi sur le plan local.
Permettez-moi de risquer ce matin de concrétiser ce défi. Au fil de son histoire, notre communauté a connu différents pasteurs. Il est inévitable que certaines et certains disent : moi, j’aime mieux le style de Darla, d’autres, je m’ennuie de ce que Gérald apportait, d’autres encore j’aime mieux les cultes présidés par Denis, que sais-je. Présentement, nous prions pour que l’Esprit nous donne une nouvelle ou un nouveau pasteur. Cette personne ne pourra plaire à tout le monde. Elle pourra nous bousculer par sa différence d’avec nos pasteurs précédents. Mais elle pourra assurer notre unité spirituelle en nous ramenant toujours à l’Évangile.
Dans le moment de méditation qui vient, prions les uns pour les autres afin que l’Esprit nous ramène sans cesse à l’essentiel, aussi bien dans nos vies personnelles que dans notre vie communautaire. Amen.
Photo : P.-A.G.

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