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Choisir, dans la foi, un autre chemin

LECTURES BIBLIQUES : Ésaïe 60,1-6; Éphésiens 3,1-12 ; Matthieu 2,1-12

Le récit de la visite de mages d’Orient auprès de l’enfant-Jésus fascine depuis des millénaires comme l’attestent tant d’œuvres d’art, de chants et d’écrits, autant religieux que profanes. Pendant des siècles on en a cherché les bases historiques sans vraiment en arriver à un résultat probant. Mais la méditation symbolique de cette narration nous ouvre leurs coffrets, présents d’or, d’encens et de myrrhe.1 Voici quelques pistes qui, bien sûr, ne sauraient épuiser la richesse de ces trésors.

Hier soir, vous aurez sûrement remarqué la pleine lune, la première de l’année, une
super lune, car elle semble plus grande et brillante qu’à l’habitude puisque de fait elle est plus près de notre planète, à son périgée, environ 350 000 km de la Terre.2 On se sent littéralement transporté face à une telle vision. L’observation attentive et documentée des cieux remonte à l’antiquité et l’astronomie a constitué les fondements de ce qui est devenu au fil des millénaires l’approche scientifique de la connaissance du monde physique. Mais c’est aussi en scrutant les étoiles que les anciens ont affiné leur sentiment d’être insérés dans le déploiement de l’univers, l’intuition que la durée de leur vie était intimement liée à l’organisation du monde, au déroulement de l’histoire, l’astrologie cherchant à établir des corrélations et débouchant sur l’expérience religieuse, ce qui relie les vivants avec l’origine et la destinée de l’existence, la rencontre sacrée.

En ce sens, le voyage des mages à la recherche du roi des Juifs qui vient de naître – car ces scientifiques et érudits de l’époque ont vu son astre à l’Orient et sont venus lui rendre hommage3 – suggère, en un seul verset, ce que Paul élaborera dans les extraits de la lettre aux Éphésiens entendus il y a quelques instants : mettre en lumière comment Dieu réalise le mystère tenu caché depuis toujours en lui, le créateur de l’univers4 En ce 21e siècle déjà bien entamé, ce récit fantastique d’il y a 2000 ans continue de résonner en nous et de proposer les éléments fondamentaux d’une quête sacrée à qui a le cœur disponible.

Comme bien de nos contemporains, les mages sont informés des spécificités culturelles et religieuses des pays qui les entourent; ils vont à Jérusalem, la capitale et centre religieux des Juifs, s’enquérir de ce roi nouveau-né, y cherchant la validation de ce qu’ils ont discerné dans l’astre en Orient. Matthieu, le seul évangéliste à mentionner ce récit, confirme ici la référence incontournable de la révélation du Dieu de l’alliance dans l’univers des religions du monde. Et du même coup, il décloisonne la tradition juive dont la vérité profonde coïncide avec l’expérience spirituelle authentique de ces mêmes religions : le roi recherché c’est le Messie5, le libérateur non seulement d’Israël mais du monde entier. Paul, dont la spiritualité est issue du judaïsme, deviendra disciple du Nazaréen, confessé comme Messie, et pourra déclarer : ainsi désormais les Autorités et Pouvoirs, dans les cieux, connaissent, grâce à l’Église, la sagesse multiple de Dieu.6

Autre aspect intéressant, les mages sont, comme nous, appelés à faire la part des choses entre les magouilles de l’État, les dires d’Hérode, mensongers et biaisés, et l’information qu’ils obtiennent par son entremise. L’interaction avec les autorités ne devrait jamais être servile mais être soucieuse de discernement. Le savoir véritable doit conduire à la sagesse, afin de vivre selon la volonté divine. Hier comme aujourd’hui, la responsabilité des mages, des savants et des intellectuels, est de se mettre au service du peuple pour montrer la voie de l’intégrité et ouvrir large le chemin du salut. Il y en aurait long à dire ici.

Enfin, chemin faisant, voici que l’astre, qu’ils avaient vu à l’Orient, avançait devant eux jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant.7 Les mages poursuivent leur marche et retrouvent leur repère, l’étoile, qui coïncide avec l’aboutissement de leur quête. A la vue de l’astre, ils éprouvèrent une très grande joie.8 Devant quoi/qui s’agenouille-t-on? À qui rendons-nous l’hommage (l’adoration)? Nous sommes invités, comme les mages, à reconnaître l’émergence du sacré là où elle se produit… les païens sont admis au même héritage, membres du même corps, associés à la même promesse, en Jésus Christ, par le moyen de l’Évangile.9 Forts de cette certitude, un pur cadeau de la grâce toujours imméritée, à leur exemple, à notre tour, poursuivons notre route par un autre chemin10, y consacrant tous nos trésors et nos efforts, en goûtant une très grande joie, l’entrée dans le règne de Dieu qui advient un peu plus chaque jour quoiqu’il en semble. Amen.

1 Matthieu 2, 11b

3 Matthieu 2, 2

4 Éphésiens 3, 9

5 Matthieu 2, 4

6 Éphésiens 3, 10

7 Matthieu 2, 9b

8 Matthieu 2, 10

9 Éphésiens 3, 6

10 Matthieu 2, 12b

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