LECTURES BIBLIQUES: Actes 2, 42-47 ; Jean 20, 19-31
Bien-aimés, chers frères et sœurs en Christ, la paix soit avec vous au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. En ce 1er dimanche après la résurrection du Seigneur Jésus, nous nous proposons de réfléchir sur la première apparition du ressuscité à ses disciples. Dans ce message, nous allons essayer de répondre à une question, Que s’est-il réellement passé ce jour-là et quel enseignement pouvons-nous en tirer?
En effet, après le récit de Marie annonçant le message de la résurrection de Jésus, l’évangéliste Jean nous conduit dans la maison des disciples, une maison remplie de crainte et de doute. Ces disciples apeurés qui se sont serrés les uns contre les autres, comme des animaux pendant l’orage, et qui ont encore tout à découvrir, ce sont ces disciples au soir de la résurrection selon le 4e Évangile. Les portes fermées, Jésus fit son apparition au milieu d’eux. Ces portes fermées, révèlent toute la crainte des disciples face aux autorités juives et le risque de subir le même sort que leur maître. Mais n’y a-t-il que cela ? Ces portes évoquent aussi celles du procès où Pierre se tenait près de la porte, dehors (18,16). La crainte des disciples rappelle ainsi le reniement de Pierre. Cet enferment des disciples fait pourtant suite à l’annonce de Marie de Magdala, de la victoire du Christ sur la mort et son élévation auprès du Père. Mais ces disciples demeurent dans la crainte, comme pétrifiés, incapables de se mouvoir, prisonniers d’eux-mêmes craignant tout aussi bien la croix des hommes, que le jugement de Dieu. Mais, si les portes de leur foi sont verrouillées, il y a une porte qui s’ouvre à eux. Voici le Maître qui se tient au milieu d’eux. Non pas à côté, non en face, mais au sein même de leur crainte. Jésus les rejoint sans bruits, sans éclairs, sans manifestation merveilleuse. Il se tient paisiblement au milieu d’eux et leur fait une annonce : « la paix soit avec vous » leur dit-il. Il ne s’agit pas seulement d’une simple salutation habituelle, c’est aussi un don. Cette parole de paix, est suivie d’un acte d’assurance, il leur montra ses mains et son côté. C’est bien celui qui a donné sa vie pour ses amis qui se manifeste à eux. Ainsi leur donne-t-il ce qui leur manquait : la paix, la paix de celui qui les a aimés jusqu’au bout et les aime encore. Cette paix est même redoublée. L’évangéliste Jean aime décrire cette surabondance d’amour depuis le vin à Cana, les pains multipliés de Galilée jusqu’à la myrrhe du tombeau. Ce faisant, le Ressuscité crée à nouveau les disciples comme au temps de la Genèse où Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol et insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. La communauté des disciples par ce don du souffle de l’Esprit Saint, devient un témoignage vivant de l’amour de Dieu. Aujourd’hui St-Pierre n’est-il pas un témoignage vivant de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Si Jésus n’est plus visible aux yeux des hommes, il le devient par la communauté créée à son image et à sa ressemblance. C’est ce que soulignent les paroles de Jésus : « Recevez l’Esprit Saint; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. »
Ce pouvoir de remettre les péchés n’appartenait qu’à Dieu et à son Messie. À Pâques, Jésus donne et se donne, livrant sa vie et confiant son autorité à ses disciples. Le pardon des péchés est remis dans les mains de la communauté. Bien-aimés en Christ, aujourd’hui en tant que chrétiens, baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, sommes-nous capables du pardon. Ce pouvoir de miséricorde, n’est pas un pouvoir de domination, mais un pouvoir de don manifesté par l’amour mutuel. Ce don nécessite ainsi un abandon. Thomas en fera l’expérience.
Alors que l’absent qu’est le Christ se rend présent, Thomas qui aurait dû être présent avec les autres disciples était absent. Et paradoxalement, c’est lui qui se plaint de ne pas avoir vu et touché le Seigneur présent au milieu des disciples. Frères et sœurs, dans l’évangile selon Jean, Thomas n’est pas tant la figure de celui qui doute que le personnage de l’Évangile qui, par ses questions soi-disant innocentes, oriente le croyant vers la foi en Christ. À l’instar des expériences scientifiques de notre époque, Thomas en son temps voulait voir de ses yeux le crucifié ressuscité, mais aussi le toucher. Le voir et le toucher, infirmeraient l’hypothèse d’un fantôme ou d’une hallucination. Mais bien plus, car le questionnement de Thomas ne concerne pas tant la réalité du ressuscité que la parole de ses compagnons. À l’inverse de ses frères dans la foi, Thomas n’a pas vu le Seigneur. Il ne met pas sa foi en ses compagnons. Il veut voir et rencontrer Jésus par lui-même, en dehors du témoignage de la communauté. Ce qu’on peut appeler aujourd’hui la foi de l’Église. Huit jours plus tard, un autre premier jour de la semaine, les disciples réunis au même lieu reçoivent la visite du ressuscité, cette fois-ci en présence de Thomas.
Cette indication est d’importance frères et sœurs, car elle donne à la manifestation du Ressuscité un cadre éminemment ecclésial. Le Seigneur se donne à voir, huit jours plus tard, un même premier jour de la semaine, un dimanche, jour commémoratif de la résurrection du Seigneur. La volonté personnelle « Je veux voir » de Thomas doit rejoindre le « nous avons vu » de la communauté. La scène se déroule suivant le même schéma que la première apparition aux disciples. Jésus se tient au milieu d’eux, et nous entendons une salutation de paix suivie d’un geste ou plutôt ici une invitation au geste dont on ne sait s’il sera effectif.
En définitif bien-aimés, Thomas n’a plus besoin de toucher, il croit comme les autres disciples parce qu’il a vu : « nous avons vu le Seigneur. » Cette présence du Seigneur au sein de l’assemblée des disciples a suscité en lui la foi qui reconnaît en Jésus bien plus que l’envoyé du Père, mais la figure même de Dieu et la présence de sa Seigneurie. « Mon Seigneur et mon Dieu. » Cette profession de foi clôture ainsi l’ensemble de l’Évangile qui, dans le prologue, affirmait cette même divinité et seigneurie du Christ Jésus : 1,1 Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. 2 Il était au commencement tourné vers Dieu. […] 1,18 Personne n’a jamais vu Dieu; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé.
Heureux ceux qui croient sans avoir vu. La foi de Thomas et des disciples n’aura plus besoin d’un « voir », la parole de Jésus rapporté par l’évangile du disciple bien-aimé suffit désormais à faire naître la foi. Ce verset fait écho aux paroles de Jésus à Nathanaël au début de l’évangile: « Voici vraiment un israélite dans lequel il n’y a point de fraude. »
Ce passage du « voir et croire » au « croire sans voir », destiné à tous les croyants, est un chemin que l’évangéliste fait faire à ses lecteurs depuis la découverte du tombeau vide. En effet le récit a comme point de départ Marie de Magdala qui cherche le corps de son Seigneur, elle ne le voit pas ou plutôt elle ne voit que l’absent et demeure dans l’incompréhension. Seul le disciple bien-aimé, celui-là seul qui fut aux côtés de Jésus à la Cène et au pied de la croix, peut voir et croire en contemplant le tombeau vide. Il vit et il crut. Mais il faut maintenant sur la parole de ce même disciple, sur le témoignage de son évangile, croire sans voir. Mes frères et sœurs, heureux sommes-nous aujourd’hui d’être les héritiers de la foi Apostolique. Nous croyons sans avoir vu Jésus. Qui de nous a vécu du temps de Jésus? La foi au Ressuscité naît de l’écoute du verbe fait chair donné à entendre et à contempler par le témoignage du disciple bien-aimé. Nous comptons parmi les bienheureux de Jésus-Christ. Allons dans cette joie et manifestons au monde entier au nom de Jésus. Amen!

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