Toutes et tous des étoiles montantes : une bergère raconte le premier Noël

Église Unie St-Pierre et Pinguet http://www.stpierrepinguet.org/wp

Crédit photo : The Lumo Project www.freebibleimages.org

Ma mère me disait toujours que j’avais une voix d’ange. Moi, je rêvais d’être une star. Mais le jour où mon père et mes frères ont perdu la vie lors de représailles contre les civiles par l’armée d’occupation romaine, mes rêves se sont envolés en éclats. Je suis l’ainée des filles. Il fallait que quelqu’un s’occupe du troupeau pour subvenir aux besoins de la famille. C’est ainsi que, encore très jeune, j’ai dû me frayer un chemin dans un monde d’hommes. Et ce qui devait arriver… est arrivé. Et oui… #moi aussi. Moi aussi, j’ai subi de l’intimidation, du harcèlement, de la violence. Heureusement qu’il y a de bons bergers. Il y a, entre autres, ceux qui m’ont crue et ceux qui veillent de sorte que cela ne se reproduise plus. Mais le mal avait été fait. Et après tout ce par quoi j’étais déjà passé, ma voix s’est éteinte. Par la force des choses, les bergers ont la réputation – imméritée, à mon avis – d’être des marginaux : des sans abris, des itinérants, jamais bien mis, et donc jamais bien accueillis. Si, par mécanisme d’auto-défense, les bergers se font discrets, les bergères, elles, se font invisibles. Je me tenais toujours à l’écart, dans l’ombre. Une marginale parmi les marginaux. Au fil des semaines et des mois et des années, le silence a creusé un grand vide en moi, un vide que rien ne comblait.

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.


Vous comprenez donc peut-être pourquoi j’ai de la difficulté à trouver les mots pour vous expliquer comment, cette nuit-là, Dieu a pris naissance au creux de mon silence. Pourtant, à bien des égards, c’était une nuit comme tant d’autres. On s’était installés pour la nuit et on a allumé le feu. Il fallait se relayer pour veiller afin de protéger notre troupeau ainsi que nous-mêmes des prédateurs et des voleurs. Rien de neuf sous les étoiles : les brebis bêlaient, le gouverneur gouvernait. Ah oui, c’est vrai…en parlant du gouverneur… il y avait quand même quelque chose de neuf cette année-là : une recension. Quelle brillante idée pour qui cherche à augmenter les taxes pour les petits et les paradis -fiscaux et autres – pour les grands! Pas de justice pour les pauvres, peu d’espoir pour les faibles et les malheureux. Non, rien de neuf sous les étoiles… jusqu’à ce que, tout à coup, le ciel s’illumine, comme au grand jour! Nous étions enveloppés de lumière. Vous savez, j’avais entendu des histoires… comme celles dans les Écritures qui parlent de gens qui rayonnent après une rencontre avec Dieu… comme Moïse qui devait se voiler le visage tellement il brillait après ses tête-à-tête avec le Tout-Puissant sur le Mont Sinaï. Connaissez-vous des gens vraiment spirituels… des gens qui ont l’air non seulement de savoir des choses sur Dieu… mais qui ont l’air de connaitre Dieu personnellement ? À force de passer du temps en sa Présence, ils sont éclairés du dedans…. et ils illuminent le monde autour d’eux à leur tour. Cette nuit-là, mes compagnons étaient tellement rayonnants, ils étaient presque transparents. Et bien que je ne l’aie pas vu de mes propres yeux – il est rare qu’on aperçoive une telle lumière en soi-même – les autres bergers m’ont dit que j’étais rayonnante, moi aussi. Moi qui rêvais d’être une star, je brillais comme une étoile… Nous étions la lumière divine les uns pour les autres. C’était merveilleux… et terrifiant en même temps!

Ça aussi, ça devait se lire sur nos visages car une voix angélique nous a dit :

« Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur ; et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et là, une chorale céleste s’est mise chanter les louanges du Seigneur. Pis, aussi subitement que cela avait commencé… pouf… plus rien. Et nous les bergers, on se frottait les yeux comme si on venait de se réveiller d’un rêve. Était-ce une hallucination? Non, nous avons tous vu et entendu la même chose. Et c’est là que j’ai compris à quel point il est important d’avoir une communauté. J’ai toujours dit que je me sentais proche de Dieu dans la nature : entourée des bêtes et enveloppée de l’immense beauté de la voute étoilée. Pourtant les brebis et les étoiles ne peuvent pas répondre à mes questions ou m’encourager dans mes doutes. J’ai besoin de mes compagnons de route. Je me rends compte que c’est échangeant avec d’autres que se clarifient nos pensées et nos convictions, que se discerne le chemin à prendre. Sans compagnons ou compagnes pour nous encourager ou pour nous amener à voir autre chose…ou voir autrement, nous pouvons passer à côté de tant de merveilles. Nos doutes, nos peurs, peuvent nous paralyser. Souvent, ce sont les autres qui nous permettent d’élargir nos horizons ou de nous dépasser. C’est justement parce que nous n’étions pas seuls, que les autres bergers et moi, nous avons trouvé le courage de prendre la route pour Bethléem.

Tout était comme l’ange avait dit. Un nouveau-né dans une mangeoire. Il était radieux, éclairé du dedans… d’une lumière si pure, si divine et irrésistible, qu’elle nous attirait vers lui. Même moi qui préférais rester dans l’ombre, je me suis approchée. En le voyant, je vous jure, je contemplais la face de Dieu descendu sur terre… en chair et en os. Woooah… Ça c’est nouveau ! Dieu qui n’en peut plus d’être séparés de nous… et qui vient partager notre vie. Dieu avec nous en un petit enfant… couché sur de la paille comme un berger? Dieu qui me ressemble… ça veut-tu dire que je ressemble à Dieu? En tout cas, à sa lumière, une chose est devenue très claire pour moi : si Dieu vient à nous dans une étable, alors Dieu est avec nous … pas juste quand on se sent comblés de toutes les bénédictions du ciel… mais tout particulièrement quand nous sommes pauvres, vulnérables, dans le besoin. Cet enfant est le signe que Dieu est avec nous, partout… même lorsqu’on patauge dans la gadoue. Il est le signe qu’en choisissant les voies de l’Amour et de la solidarité, même le plus petit des enfants peut illuminer d’un éclat divin notre monde obscurci par la haine et la violence des jeux de pouvoir des grands. La voix angélique nous a dit que cet enfant est un sauveur. Évidemment, à ce moment-là, je n’avais aucune idée comment toute son histoire allait se jouer mais je sentais tout de suite, au plus profonde de moi, qu’il était venu combler tous mes vœux… en comblant le vide en moi par sa Présence. Sa lumière est venue éclairer tout en moi… même les chapitres les plus sombres de ma vie. Cela n’a rien changé aux évènements du passé. J’ai vécu des moments difficiles par la suite… et j’en connaitrai sûrement d’autres à l’avenir. Mais maintenant je les traverse autrement car tout est éclairé par sa lumière; cette lumière qui ne m’a jamais quittée. Je sais que ne serai plus jamais seule. Mais je sais aussi que cette lumière ne brille pas uniquement pour moi. Par la grâce de Dieu, moi, j’ai été « sauvée », librérée du grand trou noir dans lequel j’étais tombée. Je n’ai rien fait pour mériter ce don gratuit de Dieu. Mais puisque je l’ai reçu, je ressens la responsabilité de refléter dans toute ma vie cette lumière qui résiste et qui persiste même face aux ténèbres des pires violences et des injustices.

Cette nuit-là, mes compagnons et moi sommes retournés chez nous. Tout était pareil, les brebis ont continué à bêler, le gouverneur à gouverner. Mais tout avait changé. Moi, j’ai découvert le chemin de la Vie… et retrouvé ma voix. À sa lumière, je ne pouvais que chanter. Avec mes compagnons, je chante les louanges de Dieu comme je n’ai jamais chanté de ma vie. À bien vous regarder… vous aussi, vous savez que l’ange a dit vrai. Moi, je reconnais sa lumière en vous… même si vous ne la voyez pas en vous-mêmes. Et si on louait le Seigneur ensemble? Ça vous chante ? Soyons toutes et tous des « stars », des étoiles montantes, de sorte que la lumière qui nous habite éclaire la terre entière et que toutes les voix se lèvent pour chanter les louanges de Dieu qui nous sauve par la lumière de l’Enfant de Bethléem. Amen.

Par Darla Sloan

Veille de Noël B17 – Église Unie Saint-Pierre

 

TEXTES BIBLIQUES

Luc 2, 1-20

2 commentaires

  1. Josiane chevalier says: · ·Répondre

    Oui le Seigneur est parmi nous.Ta lumière qu’il a mis sur notre chemin grâce à votre présence est réjouissant.Merci Seigneur
    Bonne Année
    Josiane XXXX

    • Darla Sloan, pasteure says: · ·Répondre

      Merci Josiane. Sa lumière nous illumine à travers toi aussi. Rendons gloire à Dieu.

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