Songe d’une nuit d’hiver

Église Unie St-Pierre et Pinguet http://www.stpierrepinguet.org/wp

On dirait que le monde est plongé dans un hiver sans fin. Les ténèbres couvrent la terre : conflits incessants, violence sans répit, corruption à perte de vue, des cités prises dans le brouillard des « faits alternatifs » propagés par des puissants. Une nuit… semblable à mille et une autres nuits… des sages d’horizons différents portent leurs regards sur les alentours et voient poindre une lumière comme nulle autre. Ils se frottent les yeux, regardent à deux fois. Non, ce n’est pas un songe. L’univers leur réserve encore des surprises. C’est souvent en contemplant le familier que se révèle l’extraordinaire, n’est-ce pas ? Avis aux peuples dans la nuit : une telle lumière déroute ! Si vous ne voulez pas être dérangés… si vous ne voulez pas sortir de vos sentiers battus, mieux vaut détournez vos regards car la lumière de cette étoile suscite la curiosité et met les sages de tous les horizons en marche.

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.


Savent-ils en partant où ils s’en vont exactement et ce qu’ils cherchent au juste? Où est-ce en convergeant vers Jérusalem et en échangeant avec d’autres chercheurs comme eux que les pièces du
puzzle commencent à tomber en place ? Certes, ils ont quelques repères. Ils ont quelques notions de cette ancienne tradition religieuse que pratiquent encore certains de leurs contemporains. Ils cherchent « le roi des juifs qui vient de naître » mais que veulent-ils voir au juste ? Qu’espèrent-ils trouver en lui ? Peut-être ne le savent-ils pas, eux-mêmes. Qui n’a jamais fait l’expérience de chercher quelqu’un ou quelque chose sans pouvoir l’identifier explicitement pour autant ?

Les sages reconnaissent qu’ils n’ont pas la science infuse, en vrais leaders, ils valorisent et mettent à contribution les connaissances et les compétences des autres. « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » demandent-ils « Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. » Les insensés, eux, ont peur des autres, de ce que l’autre, en s’ajoutant, pourrait leur soustraire. Pour en finir avec ce qui les trouble… ce qui pourrait menacer l’ordre établi… c’est à dire leurs empires et les privilèges dont eux et leurs proches jouissent… toutes les ruses sont bonnes : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant ; et, quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi, j’aille lui rendre hommage. » Ah oui, ben sûr..!

Les insensés ont tout de même raison : un enfant peut changer le monde, particulièrement cet enfant né à Bethléem une nuit qui, a bien des égards, était semblable à mille et une autres nuits… Mais n’allons pas plus vite que les sages qui se remettent en route, toujours à la lumière de cette Étoile mystérieuse : elle illumine le ciel de tous les humains mais éclaire de façon particulière les chemins et les cheminements de chacun, chacune. Nos sages, eux, venus de l’Orient, sont conduits jusqu’à la demeure de l’Enfant de Bethléem. Quand ils voient que l’astre s’immobilise dans le ciel, ils sont remplis de joie, l’euphorie des pèlerins au sommet de leurs aspirations ; l’extase des gens en recherche spirituelle – peut-être sans le savoir – surpris par une expérience de communion.

En entrant dans la maison, la curiosité qui avait amené les sages jusqu’ici cède la place à l’adoration. En voyant l’Enfant, ils reconnaissent que cet endroit n’est autre que la maison de Dieu : désormais le Très-Haut demeure ici-bas, avec les humains. Oui, un enfant peut faire toute la différence. Cet enfant virera le monde à l’endroit. À cause de lui, nul ne pourra se dire ni trop petit, ni trop faible pour choisir en toute circonstance la solidarité, la justice, la paix, la communion, la vie pour toutes et tous.

Les sages, plutôt que de craindre ce qu’un enfant pourrait leur ravir, lui offre de précieux présents en signe de leur dévotion : de l’or, de l’encens et de la myrrhe pour l’Enfant-Roi qui sera désormais leur seul Seigneur et leur Dieu; Celui dont même la mort ne pourra les séparer. La lumière qui les éclairera brillera désormais non pas d’en haut mais du dedans. Ils peuvent quitter l’Enfant car sa Lumière ne les quittera plus.

Cela ne veut pas dire qu’il ne fera plus jamais nuit, qu’ils n’auront plus de déserts à traverser, mais ils les traverseront autrement : à cette lumière qui les accompagnera désormais pas à pas, nuit et jour.

Une nuit, à bien des égards semblable à mille et une autres nuits… tout était pareil… mais rien n’était comme avant. Les sages, se fiant à ce qui leur avait été révélé en songe, saisissent qu’ils ne peuvent pas se fier aux grands. Et puisqu’ils sont sages, ils comprennent que prendre l’establishment de front, est rarement la manière la plus efficace de changer les choses. Mieux vaut choisir un autre chemin. Un autre chemin, moins balisé, moins familier peut-être… possiblement plus long, plus ardu ou même plus dangereux. (Sinon, pourquoi ne l’ont-ils pas pris en partant ? ) Mais qui sait ? Ce choix a peut-être fait toute la différence… ou du moins une petite différence… Puissions-nous être des sages à notre temps, nous qui, par la grâce de Dieu, sommes habités de la même lumière et continuons à rêver d’un monde où les ruses dans grands sont déjoués et ou l’Enfant est Roi à jamais.

Par Darla Sloan

Le 7 janvier 2018 – Épiphanie B18 – Église unie St-Pierre

LECTURES BIBLIQUES

Ésaïe 60, 1-6

Matthieu 2, 1-12

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