Le Dieu Très-Bas

L’évangéliste Matthieu nous présente aujourd’hui quelle attitude animait Jésus dans sa relation avec les autres. C’est l’appel à l’aide de deux aveugles, puis la venue d’un possédé muet de même que sa réaction face aux foules qui le suivaient qui nous le révèle vraiment. Jésus se laisse toucher par la souffrance des autres. Selon les traductions, il en a pitié, il en a compassion, il est ému. Le plus souvent, nous l’avons entendu au verset 36 dans Matthieu 9, Jésus fut pris de pitié pour (les foules). Le mot «pitié» ne nous interpelle cependant pas positivement de nos jours ; nous percevons, en effet, dans la pitié un sentiment de supériorité ou de condescendance chez celui qui la ressent et une forme d’humiliation chez celui qui en est touché.

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.

En fait, le texte grec signifie que Jésus fut ému de compassion, le terme grec utilisé est dérivé du mot «entrailles», les entrailles étant perçues comme le siège des émotions et des sentiments. La pitié dans la Bible, écrira le théologien Sébastien Doane, est comme le lien viscéral entre une mère et l’enfant en elle. Cette image de l’amour plein de tendresse pour son fils traduit par pitié est utilisée à plusieurs endroits dans la Bible pour décrire le regard de Dieu sur son peuple. On parle donc ici de compassion, de tendresse et d’affection. Autant de mots qui laissent entendre que Jésus ne pouvait pas laisser en leur état les deux aveugles et le muet possédé, de même que les foules harassées et prostrées comme des brebis qui n’ont pas de berger. La compassion du Christ le pousse à faire quelque chose : donner la vue à deux aveugles et chasser le démon qui possédait un muet, prier aussi le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson, des ouvriers capables de communiquer un message d’espérance, prier pour que l’évangile soit annoncé, pour que la faim spirituelle des gens soit apaisée.

Voilà donc ce Très-Bas, le Dieu à hauteur d’enfance, la figure maternelle dans la relation de celle-ci avec l’enfant dont parle Christian Bobin. Dieu s’est fait très-bas, tout petit pour nous rejoindre là où nous sommes tous et toutes.

Et c’est dans notre épaisseur humaine qu’il nous rejoint, qu’il nous justifie par son sang et nous sauve de la colère, comme le déclare Paul (Rm. 5, 9) Nous sommes, en effet, tous et toutes, ces ouvriers pour lesquels Jésus prie puisque nous sommes invités à participer à son ministère car l’Église sera missionnaire ou ne sera pas et la prière est essentielle pour que nos actions ne soient pas de pâles copies des œuvres du Christ et la répétition sans âme de ses paroles.

Comme le Christ, nous rencontrerons, nous rencontrons tous les jours, devrais-je plutôt dire, les foules harassées et prostrées comme des brebis qui n’ont pas de berger. Le regard tourné vers Dieu, le Très-Bas, soyons disponibles à tous et à chacun, dans l’écoute attentive de leurs besoins les plus profonds, laissons-nous interpeller par leurs cris d’angoisse et surtout, surtout soyons assez émus de compassion pour leur offrir une parole d’espérance.

Par Pierre Nadeau
Église Unie Saint-Pierre, Prédication du 11e dimanche ordinaire (A), le 18 juin 2017

 

LECTURES BIBLIQUES

Romains 5, 1-11

Matthieu 9, 27-38

Le Dieu Très-Bas

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