L’Avent : un temps pour reprendre son souffle

C’est le dernier sprint avant Noël. On en voit les signes partout autour de nous: les maisons sont décorées, les centres d’achats sont bondées, et partout, même dans les Églises, les gens sont essoufflés. Cette année, je suis particulièrement touchée… et je dirais même troublée… par le nombre de personnes que j’entends dire, en poussant un grand soupir, « Je ne suis vraiment pas dans l’Esprit de Noël. » Certains étaient déjà à bout de souffle avant même que débutent le marathon des préparatifs du temps des fêtes. D’autres retiennent maintenant leur souffle, craignant une explosion lors d’une rencontre obligée. D’autres encore soupirent parce que Noël, c’est pour les enfants. Et comme ils n’ont pas… ou n’ont plus… d’enfants autour d’eux …ils se sentent coupés de la source de l’esprit de Noël. Pour d’autres, l’esprit de Noël, c’est l’esprit des fêtes. Mais comment être dans l’esprit de Noël quand, pour quelque raison que ce soit, on n’a pas le cœur à la fête ?

Les extraits de la Bible inspirant cette réflexion sont donnés à la toute fin de la prédication. Vous pouvez cliquer sur les liens pour lire les extraits.


La période avant Noël est
rushante pour bien du monde, je le sais. Voilà pourquoi j’hésite à leur dire que, personnellement, ça va super bien. Je ne veux pas écoeurer le monde, vous comprenez. Cette année, avec une seule charge pastorale et moins d’obligations familiales et autres, je respire comme j’ai rarement respiré avant Noël… ce qui me donne plus de temps et d’espace pour être présente à la souffrance, à la détresse et à la désolation dans le monde. Et en même temps… aussi paradoxale que cela puisse paraître… je suis aussi plus joyeuse. Et d’autres le voient et le reconnaissent. L’autre jour Denis me dit : « T’es vraiment dans l’Esprit de Noël cette année ». À en juger par les conversations que j’ai eues avec quelques uns d’entre vous récemment, je ne suis pas la seule à qui cela arrive.

Cela ne devrait pas me / nous surprendre. Si nos textes bibliques à cette période de l’année nous parlent de la joie, c’est la joie qui jaillit de la justice, c’est à dire lors que nous sommes justes… ou bien alignés sur la volonté de Dieu pour nos vies et pour le monde dans lequel nous vivons. L’Esprit de Noël, c’est l’Esprit du Christ qui accomplit tout ce que les prophètes avaient annoncé : « L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi. Le Seigneur, en effet, a fait de moi un messie, il m’a envoyé porter joyeux message aux humiliés, panser ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs l’évasion, aux prisonniers l’éblouissement, proclamer l’année de la faveur du Seigneur… réconforter tous les endeuillés… »

Dans l’Évangile de Luc, (Luc 4, 16-21) c’est ce passage que Jésus choisit de lire à haute voix dans la Synagogue au début de son ministère public. Ce passage résume l’Esprit de sa mission parmi nous. De toute évidence, l’Esprit de Noël, l’Esprit de la venue du Christ dans le monde, est autre chose que l’Esprit qui règne dans les partys de bureau… ou même dans la plus belle des réunions de famille. Et ce n’est pas une joie qui est réservée aux enfants. C’est la joie qu’on trouve dans le don de soi et le service au prochain. La vraie joie se trouve dans l’écoute qui panse un cœur brisé ; dans le partage qui libère quelqu’un d’un lourd fardeau ou d’une situation contraignante ; dans l’amour qui répare les dévastations du passé. Une telle joie ne masque ni ne cache le malheur et les souffrances dans le monde. Elle les vainc par la puissance de l’Esprit du Seigneur Dieu qui est sur nous… oui sur nous… tous et toutes… et qui nous éclaire peu importe les circonstances dans lesquelles on se trouve.

Les Chrétiens professent que c’est en Jésus que l’Esprit du Seigneur demeure en plénitude. Mais les Chrétiens professent aussi que Jésus est venu non seulement nous montrer le chemin – non seulement pour être un modèle à suivre – mais aussi pour nous donner le pouvoir de vivre sa vie. C’est ce que Jean Baptiste proclame depuis deux semaines. Jean a baptisé avec de l’eau mais celui qui l’a suivi nous baptise de l’Esprit Saint, ce qui veut dire que l’Esprit du Seigneur n’est pas uniquement sur Jésus mais aussi sur tous ses disciples.

Dans le livre du prophète Esaïe…le mot que nous traduisons par Esprit…ruah…est le même mot qu’on trouve au début de la Genèse où il est écrit qu’au commencement…le souffle…ou l’Esprit de Dieu…planait à la surface des eaux. C’est par ce souffle que, du chaos et du vide primordiaux, Dieu a créé tout ce qui existe. C’est ce même souffle qui animait la vie et le ministère de Jésus. Et à chaque semaine – ou presque – nous confessons que c’est ce même Esprit « qui travaille en nous et parmi nous pour réconcilier et renouveler le monde ».

Et là si vous sentez votre niveau de stress monter en pensant, qu’en plus du reste, je nous exhorte, au nom de la justice, à secourir tous nos frères et sœurs qui sont dans le besoin… respirez profondément… et relaxez ! Oui, il y a des injustices à combattre, pleins de captifs à libérer, et des gens dans des cachots obscurs qui ont besoin de lumière. Mais savez-vous ce qui afflige le plus nos contemporains de tous les âges, de toutes les origines et de toutes les classes sociales ? L’épuisement. L’essoufflement. Entreprises Québec estime que d’ici 2020, la dépression sera la principale cause d’incapacité – juste après les maladies cardio-vasculaires – dans le monde ! En 2016 un Québécois sur quatre a dit avoir vécu un épisode de détresse psychologique. Et nos Églises n’en sont pas à l’abri. Un quart du personnel ministériel aurait vécu un arrêt de travail pour épuisement et 70 % aurait déjà pensé quitté le ministère à cause de leur niveau de stress. Souvent les gens ne voient pas les signes avant qu’il ne soit pas trop tard. Ils sont captifs d’un système contre lequel ils se sentent complètement impuissants et, comme ils ne voient pas la lumière au bout du tunnel, la vie quotidienne semble être un cachot obscur.

Dans notre contexte actuel, less is more, comme disent les anglais. Un adage dit qu’un phare ne court pas partout à la recherche de gens à sauver, il se tient sur la rive et il brille. Nous n’avons pas à être la lumière pour nos contemporains mais à témoigner de la lumière que nous avons trouvée… en brillant par notre différence, comme c’était le cas pour les premiers chrétiens : les gens étaient attirées par la lumière qui distinguait la communauté chrétienne du milieu environnant. Et c’est encore le cas aujourd’hui. Il y a quelques semaines, j’ai participé à une activité intitulée Les heures de spiritualité où les gens étaient invités à partager leur cheminement spirituel. En écoutant les témoignages, une chose m’a frappée : presque tous les participants – toutes appartenances religieuses confondues – ce qui les à amenés à une pratique régulière, c’était le fait de rencontrer quelqu’un qui dégageait une lumière attirante alors que eux, ils traversaient une période de « grande noirceur ». Notre communauté de foi est lumineuse. En tout cas, du haut de mon lutrin, je vois la lumière qui brille en chacun et chacune de vous. Se pourrait-il que notre communauté de foi, fervente, rayonnante et trop petite se faire d’illusions sur sa capacité de courir à gauche et à droite pour sauver le monde soit exactement ce dont notre monde a besoin en ce moment ? Se pourrait-il qu’en faisant moins, nous fassions plus pour panser les cœurs blessés, libérer les captifs et éblouir ceux et celles pour qui tout est noir ? Se pourrait-il qu’en faisant moins, nous proclamions haut et fort que le Christ est venu pour nous donner le repos et non pas un burn-out, qu’un autre monde est non seulement possible mais aussi à la portée de toutes et de tous ?

Prenons le temps de méditer là-dessus en ces derniers jours avant Noël. Et peu importe les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons, que nous prenions tous et toutes du temps pour reprendre notre souffle : du temps pour nous rebrancher au ruah créateur de l’Éternel de sorte que notre âme exulte à cause de notre Dieu. Et que nous brillions de la différence que cela fait dans notre vie et dans monde. L’Esprit du Seigneur notre Dieu est sur nous. Comme la terre fait sortir ses germes et un jardin germer ces semences, ainsi le Seigneur fera germer la justice et la louange face à toutes les nations. Ainsi soit-il. Amen.

Par Darla Sloan

Le 17 décembre 2017 – 3 Avent B17 – Église Unie St-Pierre

 

LECTURES BIBLIQUES

Ésaïe 61, 1- 4 & 8-11

Jean 1, 1-8 & 19-28

 

L’Avent : un temps pour reprendre son souffle

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